Louis Vidal, nous voilà ! - De Clovis à Sarkozy (10/10)

Publié le par Jovialovitch


13.

 

NEKUIA – 10/10

Nos gouvernements mélancoliques

 

     Et les larmes tombaient, comme des démissions ; empires et vases s’effondraient, et la France se faisait plus petite à chaque fois. Louis Vidal restait coi, happé de douleur et de tristesse. Ainsi, la France était condamnée depuis longtemps ; depuis Waterloo !... Et le général s’en allait, avec sa bombe atomique et sa solitude, il n’avait rien que son 18 juin, geste sublime animé de l’énergie du désespoir, où luisaient la folie, la grandeur et l’échec, aussi. Et voici que des entrailles de la terre sortait une musique, une musique vibrante et joyeuse : et que de nulle part surgissait plus vite que toutes les lumières, le dernier de ces illustres âmes : le président Sarkozy, ce cavalier français qui partait d’un si bon pas : « Louis Vidal !... Mon ami, voilà longtemps que je trépigne de te voir !... Tu me plaît, le sais-tu ?... Cette flamme que tu vois là-bas, cette flamme qui s’appelle la France, et qui n’était plus que braises endormies, cette flamme que tu as rallumé de toutes tes forces, avec ta sueur, ton sang et tes tripes, avec la volonté de la refaire la plus belle du monde : et bien saches que je l’ai rencontré aussi, et que de même, j’ai voulu la ranimer ! Tout comme toi, mon bon Louis Vidal, plus français de tous les hommes. Tout comme toi !... Vois-tu, Louis Vidal, j’ai compris un jour qu’impossible était devenu français. Et je ne l’ai pas supporté !... Impossible n’est pas français ! En France tout doit être possible… tout doit le redevenir !... Alors je me suis battu, sur tous les fronts, j’ai fait des tours du monde à ne plus savoir qu’en faire, je me suis épuisé à la tâche, et… j’ai échoué !... Lamentable échec que le mien, voué à l’oubli, à l’opprobre et aux railleries des siècles à venir. Vois-tu, mon bon Louis Vidal, la France, c’est une idée, c’est universel !...  La France ne s’adresse pas qu’aux français : elle s’adresse à L’Europe, dont elle est la mère ; elle s’adresse à l’humanité, dont elle le phare ; elle s’adresse à l’histoire, dont elle est le chef-d’œuvre !... Ah ! La France, c’est avant tout un mythe, un mythe au-delà de ce monde !... Or voici le drame : l’Etat français n’est plus à la hauteur de mythe. Il n’en a plus la force, ni la carrure, ni rien. Je suis arrivé à la tête de cet Etat avec des illusions, plein de fougue et d’espoir, plein de haine aussi, et débordant d’amour et d’ambition. J’étais fou, fou !... Et je me suis débattu avec cette torpeur où était tombé mon Etat, j’ai voulus le sortir de son sommeil ignoble, et je lui ai dit : « Remets-toi debout, vieillard ! » Et je suis allé de coup d’Eclat en coup d’Eclat, sans rhétorique, sans logique, sans rien : juste pour faire du bruit, briller, fulminer, et ranimer, enfin, cette flamme, plongée dans sa sombre agonie depuis 1815 et la plaine atroce où tout a basculer !... Mais tous mes efforts se sont révélés être vains. Pire : la plupart étaient désastreux. Oui Louis Vidal : moi qui voulait imposer la France à l’Europe, je n’ai fait qu’imposer l’Europe à la France !... Moi qui voulait m’unir au nouveau monde pour être plus fort avec lui, je n’ai fait que m’en asservir !... Et il en va ainsi de tous mes choix. La grandeur et la France ne sont plus sous le même drapeau. J’ai mis trop de temps à la comprendre. Il est fini le temps jadis, où Paris était la Capitale du monde !... j’ai cru, à un certain moment être redevenu la taulier du monde, comme mes prédécesseurs royaux ou impériaux. C’était alors un temps de doute et d’horreur extrême pour l’humanité. Mais ma gloire, en plus d’être éphémère, n’était qu’un mirage. Car la vérité est bien triste. Et quand je l’ai compris : voici que la mélancolie à étreint mon action. La France est morte ! Elle est plongée dans un sommeil dont elle ne sortira jamais. Et moi, comme le Général, je n’ai fait que remuer ce grand cadavre à la renverse. Mais contrairement au Général, le monde n’a même pas cru que la France vivait encore. Le monde a deviné la supercherie. Et il serait temps que tu en prennes toi aussi conscience, Louis Vidal : c’en est fini de la France. Cela n’est plus qu’un petit pays, un rien, une chose mignonne à la pointe de l’Europe. Cette flamme que tu vois brûler, elle ne brûle pas vraiment, c’est un feu de joie. Un rien, une illusion. Et se débattre pour que ce feu ne s’éteigne pas, c’est inutile absurde et imbécile. Se débattre pour ce feu brûle encore, et retrouve l’éclat de jadis, cela s’appelle le sarkozysme, et cela est une abomination. Maintenant part, Louis Vidal : casses-toi, pauvre ami, et ne reviens jamais !... Souviens-toi : la France n’est plus que l’ombre d’elle-même, et les ombres, on ne se bat pas pour elles ! » 

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