Un destin : Gilles Artigues - L'amour fou

Publié le par Jovialovitch


     Et voici comment finit l'affaire « Gilles Artigues », et par occasion toute cette histoire singulière. Après la réception présidentielle, on sut davantage de choses sur l'énigmatique jeune député séduisant, et l'on ne tarda point à comprendre le génie incomparable de cet homme. Ceci eut lieu donc en août, à la fin du mois en vérité, quand tout le monde rentre de vacance, et que chacun se prépare au recommencement automnal des choses telles qu'elles vont. J'ai dit que Gilles Artigues allait de plus en plus à l'Élysée, et il y alla en effet durant tout l'été. Il eut été à coup sûr intéressant de narrer tout ce qui s'y passait, mais laissons cela aux esprits romanesques qui sauront concevoir tant et tant de beauté, d'amour et de délicatesse. Ainsi donc, quand Gilles Artigues fut bien connu de tous, et que le président était d'une popularité indiscutable, accomplissant avec grandeur son second mandat, on apprit que sa femme cependant, Mme.Bruni s'était laissée séduire par ce député de vingt ans, et que tous deux avaient quittés Paris pour la fameuse villa de la première dame de France, au bord de la méditerranée. L'annonce de ceci eut un éclat retentissant dans le pays, et tout le monde ne parlait que de ça ; et quoique l'Élysée ait tout fait pour étouffer l'affaire, cela se sût évidemment. Le président dit-on, entra dans une rage folle et il ne pouvait supporter l'idée qu'une telle histoire entachât ses mandats, mais ceci est inexact. Par ailleurs, si l'on aimait beaucoup la première dame, on ne moqua point le président, et au contraire, celui-ci était soutenu comme jamais il ne le fut, et sa popularité atteignit des sommets, ce qu'il prit très mal croyant à un cynisme odieux de la part de ses compatriotes, quoique ceux-ci étaient sincèrement touchés. De son côté Gilles Artigues avait signé son acte de mort en affichant cette audace qui fit aussi qu'on méprisa de plus en plus Carla.

     L'amour toutefois, entre la première dame et Gilles Artigues était total. C'était en fait une amitié si forte qu'ils vécurent dans la plus grande gaieté, il n'étaient pas du tout préoccupés par le bruit que l'on faisait autour d'eux, du moins avant que les choses ne se gâtassent. Cette histoire qui réveilla les français était au fond très jolie et cela empêchait qu'on ne s'ennuyât trop. Le président de son côté aimait aussi beaucoup sa femme, et se fut pour lui une chose terrible que de se retrouver seul, le pauvre homme, bien que tous les français étaient derrières lui, ce qui fut aussi la chose extraordinaire de cette époque baroque.

     Plus précisément, avant qu'ait lieu l'événement qui bouleversa tout ; le président, à l'Élysée, avait remarqué que sa femme admirait Gilles Artigues, ce qui faisait qu'il l'invitait pour satisfaire son épouse. Ils avaient tous trois des discussions le soir, d'une véritable profondeur, et la première dame était toute émue de voir le jeune homme parler si parfaitement, avec une gestuelle tout à fait élégante, etc. Comme le président était en ce temps-là bien fatigué les soirs, à cause qu'il faisait trois fois le tour du monde en une après-midi, il ne traînait point, et par conséquent, Gilles Artigues se retrouvait seul avec cette femme d'une beauté parfaite. Ils se donnaient des baisers, et l'on ne pouvait s'empêcher de voir ici Fabrice et la Sanseverina dans ce beau tableau tout plein d'émotion. Le président se doutait-il de ce qui se tramait dans le salon à côté, tandis que lui était tout nu dedans son lit ; et cependant, on dit que quand il sut que sa compagne était partie avec son amant, il ne l'aima que davantage car il reconnu une sublime audace de sa femme à la beauté parfaite. Après l'événement, le président entra dans une immense dépression et décida de ne plus bouger de sa chambre tant que sa femme ne serait pas rentrée. Il tentait de l'appeler sans cesse, mais elle vivait de son côté l'amour fou avec ce jeune prince charmant, insolent, détestable, et en outre magnifique, qui n'eut qu'à se faire élire député pour ravir à l'homme le plus puissant de France, sa douce femme.

     On envoyait la police pour qu'ils s'emparent de Gilles Artigues, tout ceci dans le secret, mais la forteresse méditerranéenne résistait à toute ses attaques d'une grande faiblesse, il faut bien le dire. Le président lui-même, voyant que sa femme ne revenait plus, décida de se rendre là-bas, et on ne le laissa jamais entrer. Gilles Artigues était-il en train d'embrasser la première dame ; cette tragédie ne durât cependant point. Gilles Artigues qui était soumis à toutes les pressions possibles, de plus en plus, se jeta dans la grande mer, et il y mourut. Carla retourna à Paris, auprès de son mari qui ne l'aima jamais autant, il avait renoncé à tout son pouvoir, et il n'apparaissait que rarement à la télévision. Pourtant un an plus tard, la première dame mourra, accablée de chagrin ; on disait qu'elle n'avait jamais pu se remettre de la mort de son amant. C'est ainsi que le président français termina son mandat, seul et malheureux, dans un mutisme total, enfermé dans son palais d'où on le fit sortir quand son mandat prit fin, et qu'un autre lui succédait, un autre qui allait ennuyer tout le monde pendant dix ans.

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