Comme il était le plus jeune député de la majorité, le président cru qu'il était de bon
ton d'inviter à l'Élysée Gilles Artigues qui ne pouvait imaginer que tout irait si bien pour lui. Il fut je crois réellement stupéfait de cette invitation, mais il se reprit très vite quoique le
soir avant l'entrevue, le jeune homme ne tenait plus en place, il était bouleversé comme une jeune fille ; il est vrai que rencontrer le président de son pays, procure sans doute une émotion
intense, et cependant dans le cas de Gilles Artigues, les choses étaient plus curieuses, mais enfin il est vrai aussi qu'il n'y avait pas cinq années, cet homme ignorait qu'il se lancerait dans
la politique, etc. Gilles Artigues fut pourtant extrêmement digne quand le président français vint lui serrer amicalement la main sur le parvis du palais, et que ce dernier l'invitât à entrer
afin qu'ils discutassent autour d'une coupe de champagne, dans un salon. Le président français était tout à fait au courant de l'incroyable et fulgurante ascension de son hôte, et il fit part à
Gilles Artigues de sa sincère et profonde admiration, ce à quoi le député répondit que c'était peu de choses finalement, et que le niveau qu'avait atteint la politique ces dernières années
étaient tout à fait consternant. Par là, Gilles Artigues ne voulût point bien sûr flétrir l'amour-propre, le mérite du président qui fut en outre tout à fait d'accord avec cette analyse âpre.
Sans doute voulez-vous faire un tour dans l'Élysée argua alors M.Sarkozy qui voyait que son hôte balayait depuis qu'il était entré, la salle avec une sorte d'attente inquiète. Gilles Artigues
n'eut garde de dire non, et ils se promenèrent un peu dans les lieux.
Alors j'ai voulu vous amener ici, commençait le président français tandis qu'ils
pénétraient dans le salon des ambassadeurs, avant de partir dans de longs détails sur les endroits qu'il montrait à Gilles Artigues, lequel n'écoutait rien et persistait à regarder partout, comme
s'il guettait des fantômes ou des prédateurs. Agacé par l'agitation de son hôte, le président lui proposa d'aller s'asseoir un instant dans les jardins où il fait si bon. Gilles Artigues
acquiesça sans vigueur, et les deux hommes s'en allèrent dans la verdure et le crépuscule.
Maintenant dites-moi quels sont vos projets, votre vision de la France, vos intérêts,
interrogea le président. Oh, je ne sais pas ; je vais faire mon mandat et ensuite je verrais ce qu'il adviendra, répondit de façon évasive le jeune talent qui paraissait presque ennuyé de
converser avec le premier homme de la nation, tandis qu'il n'avait pas dormi la nuit précédente à cause de son excitation. M.Sarkozy demanda ce qu'il y avait, si son invité était souffrant, s'il
y avait moyen de remédier à son malaise apparent. Gilles Artigues répondit que non, et qu'il était très heureux de rencontrer le président, que c'était même un honneur auquel il n'eut jamais pu
songer avant. Eh bien, parlez-moi de vous, repartit le président avec vitalité. Oh, je ne sais pas si j'ai du mérite, disons que j'ai saisis l'opportunité, et que par conséquent j'ai été élu ; je
ne sais pas si je veux faire cela toute ma vie, mais enfin pour le moment cela me va, enfin je l'ignore... Le président le coupa et reprit la parole ainsi : j'ai pourtant entendu dire que vous
mettiez tant d'ardeur et de génie dans vos discours, que vous seriez un jour, sans aucun doute, notre prochain président ! Gilles Artigues dit qu'il ne pensait pas à cela et que la politique
n'était peut être pas la chose qui lui convenait le mieux. Et l'époque est suffisamment ennuyeuse pour qu'on s'en détourne, le niveau est bas, les français s'en foutent, et l'Europe décide de
tout, enfin nous sommes là en plein Moyen-Age, nous sommes dans des âges obscurs, et si cela dure des siècles encore, je préfère encore aller dans des choses plus exaltantes, etc, même si vous
parvenez, vous de votre côté, à dynamiser un peu vos mandats. Le président ne répondit pas mais paraissait intéressé par ce que lui disait son jeune ami qui se remit subitement à surveiller en
direction du palais, avec une extrême nervosité.
Comme enfin le président raccompagnait son hôte vers la cour de l'Élysée, quand ils
furent à la porte, Gilles Artigues demanda « Mais où est Carla Bruni ? » Le président sembla déconcerté par la question du jeune homme qui était dans un émoi juvénile, et il se mit
finalement à rire avec fracas. Il lui dit qu'elle était sortie, et il laissa partir Gilles Artigues qui était tellement troublé, qu'il ne monta pas dans la voiture qu'on lui destinait, et il
s'effaça au loin, dans le Faubourg-Saint-Honoré qu'il traversait comme un fantôme, dans la nuit tombante...tout honteux de sa prestation.
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