Un destin : Gilles Artigues - Lyon vous appartient ?

Publié le par Jovialovitch

 

     « Lyon vous appartient ? - Pas tout à fait encore. » Gilles Artigues contemplait sa ville adoptive du haut de la basilique qu'il admirait, et il était certain que maintenant, le plus dur était fait. Il était entré en campagne, et la philosophie était loin de lui à présent. Quand on lui demandait quel était son but, il répondait qu'il désirait faire entrer la ville en vibration. Mais lui, de son côté, n'avait qu'un but : Paris. Siéger à l'Assemblée et ceci suffirait bien. Du moins le croyait-on. Évidemment le parlement ne brillait plus par son pouvoir ; voilà longtemps que l'Europe s'était interposée, et le président était M.Sarkozy, lequel se représentait et allait sans aucun doute être élu, c'était vide partout autour de lui, personne, rien, le néant. Gilles Artigues avait par conséquent bien choisi son camp et à Lyon, tout le monde le connaissait déjà, ce qui était incroyable car il était à peine âgé de vingt-trois ans. On le surnommait le Mozart de la politique ; d'aucuns étaient sûrs de son destin que l'on pensait tracé impeccablement – c'est cela un destin - et cependant, la singularité heureuse de ce jeune homme était qu'il avait de véritables idées sur les choses touchant la France, et puis l'Europe, dont il riait abondamment ; il n'était pas seulement une construction médiatique, etc ; il n'était pas américain, etc. Pour une raison insondable, Gilles Artigues souhaitait vivement que le président sortant soit réélu mais ceci ne faisait point de doute.

     Le jour des élections législatives, tout était déjà fait. Le président Sarkozy avait été réélu triomphalement quelques jours auparavant, et Gilles Artigues ne doutait plus de sa réussite. Avec espièglerie, il avait d'ailleurs écrit à M.Sarkozy afin de le féliciter, en ajoutant après sa signature, « votre tout prochain député admiratif. » Cette assurance témoignait en outre de la joie avec laquelle les gens prenaient plaisir à ne pas s'ennuyer, et Gilles Artigues n'ennuyait personne. Ainsi, il fut élu solennellement, ce qui lui fit exprimer toute son excitation, au cours d'un discours de remerciements mémorable. Les gens pleuraient, ils chantaient avec l'émotion la plus grande ; ce spectacle irréel surpris Gilles Artigues lui-même qui à cet instant ignorait tout de la suite, bien que ses pensées étaient en direction de Paris, toujours.

     Quand tout ceci fut fini, Gilles Artigues pu enfin monter à Paris, avec ses collègues députés qui avaient été élus aussi, et qui tous partageaient l'euphorie de leur jeune compagnon quoique ce dernier semblait beaucoup plus malicieux ; son regard ne trompait pas, il avait cet éclair supplémentaire dont était dépourvu les autres qui vivaient tous au premier degré. Il y eut une réception au palais Bourbon afin d'accueillir les nouveaux députés, et on fit visiter son bureau à Gilles Artigues. Avant cela, le tout jeune homme marcha dans Paris avec délectation. Il pleurait de toucher cette ville à laquelle il avait si souvent songé, c'était pour lui la plus belle chose qui pouvait être. Même Lyon lui paraissait être peu de choses ; par hasard, il tomba sur l'Élysée, et s'arrêta longuement devant, scrutant comme un touriste s'il ne voyait pas au loin le président ou la première dame de France, mais il n'en fut naturellement rien. Il remarqua enfin le soleil diaphane qui logeait en-haut, surplombant le bâtiment présidentiel, et qui touchait presque le drapeau tricolore, ce qui ému Gilles Artigues qui songea au déclin. Vision de déclin, pensa-t-il. Mais son destin était justement de bousculer le soleil diaphane de la mélancolie, et d'y substituer celui de la clarté, de l'amour, de la puissance, de la France ! (Quoique).

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phlaurian 31/05/2009 15:28

Je·m'ennuie·!(-STOP-)·hey·!·(-STOP-)·J'ai·une·idée,·(-STOP-)·si·je·passe·à·saint-Étienne·le·week-end·prochain·(-STOP-)·on·pourrait·se·croiser.·(-STOP-)·Non·?·(-STOP·ET·FIN)