Un destin : Gilles Artigues - L'affaire

Publié le par Jovialovitch


     Le destin de Gilles Artigues allait maintenant se gâter, et ce que l'on eût pris pour une ascension ne fût en fait qu'une déchéance, mais voilà que nous anticipons sur ce qui ensuite, advint. Après la rencontre qui mit face à face un homme sans expérience, et un autre qui s'apprêtait déjà à céder son trône, dans cinq années, Gilles Artigues, le premier, fut disait-on souvent réintroduit à l'Élysée, signe peut-être que le second croyait fermement en l'avenir de ce jeune homme quoique la première entrevue n'avait été que fort peu convaincante. En outre, Gilles Artigues était au palais Bourbon épisodiquement, et à Lyon, il n'allait presque plus, ce qui faisait évidemment scandale ; on l'accusait d'imposture et de tartufferie, tandis que les admirateurs affirmaient pathétiquement que c'était au contraire pour s'occuper plus sérieusement des problèmes des citoyens, qu'il demeurait à Paris, ce à quoi on rétorquait que cela faisait longtemps que les députés ne s'occupaient plus des citoyens, non qu'ils fissent preuve d'inaction et de paresse, c'est que leur pouvoir eût considérablement diminué. Il y avait donc un mystère autour du singulier personnage qui allait bientôt faire parler de lui, bien davantage encore.

     Au mois d'août de l'année des élections, alors que les gens s'étaient tous comme à leur habitude réfugiés sur les côtes de la chaude Méditerranée, l'affaire éclata. Les visites entre temps, de Gilles Artigues au palais présidentiel étaient de plus en plus nombreuses et bien entendu personne ne savait trop ce qui se passait, tant ceci se faisait dans le plus grand secret et dans la plus grande délicatesse. Il nous faut cependant revenir un mois en arrière pour bien saisir se qui se passait, loin des affaires banales du pays. Il y avait eut, peut avant les vacances d'été, une nouvelle réception chez le président qui avait daigné organiser une petite cérémonie en l'honneur, cette fois-ci de tous les députés de la majorité. Gilles Artigues qui avait été reçu peut de temps auparavant, en tant que le plus jeune de tous, avait cesser de comprendre le caractère exceptionnel de son invitation précédente, mais c'est qu'il n'avait pas encore bien conçu ce qui se tramait au loin.

     Parmi les trois-cents députés, auxquels il faut en soustraire cependant une centaine qui avaient eu l'audace extrême de ne point visiter le président, on comptait bien entendu Gilles Artigues qui avait toutefois hésité à venir, n'acceptant guère d'être mêlé à une foule de collègues importuns qu'il méprisait entièrement. Pourtant il s'y rendit, et c'eût été malheureux, s'il en eût décidé autrement. Maintenant il nous faut passer sur les détails de la cérémonie bien qu'elle fut fort plaisante, et se fit sur un ton de franche camaraderie, ce qui n'exaspérât que davantage l'hautain Gilles Artigues, consterné par la bêtise insondable de ses piètres collègues. Là cependant un député fit preuve de moins de sottise que les autres gros et gras, qui se palpaient la panse frénétiquement, parce qu'il épiait attentivement Gilles Artigues, non pour le compromettre d'une façon ou d'une autre, ce qui était en soi absurde, mais simplement par fascination, ce qui est concevable, car le jeune député jouissait d'une certaine réputation déjà et nourrissait par ailleurs bien des jalousies. Le député en question notât alors que Gilles Artigues s'éclipsât, et ceci avec grand tact. Il décidait alors de se rendre aux toilettes afin d'épier toujours. Sa stupéfaction l'arrêta net, quand au détour d'une fenêtre qui donnait sur les jardins du palais, il aperçut à nouveau Gilles Artigues, en compagnie d'une jeune femme qui était un peu dissimulée par quelques arbustes, et par la nuit tombante, ce qui rendait la vue à notre homme confuse, et si confuse, qu'il crût voir des femmes qui se trouvaient cependant dans le salon où l'on mangeait. Comme les deux personnages indistincts batifolaient follement, ils cherchèrent à se dissimuler plus encore, et s'éclipsèrent définitivement, là-bas, derrière d'autres arbustes au loin, dans l'obscurité. Le député sursauta quand il sentit sur son épaule droite une main velue, qui n'était autre que celle du président lui-même, lequel était affublé d'un sourire angélique, demandant en outre si tout se passait bien. Embarrassé par le spectacle auquel il venait d'assister le député maladroit dit qu'il projetait de se rendre aux toilettes lorsqu'il s'était mis à contempler les carreaux de la fenêtre qu'il avait cru un instant sales, ce qui se révéla faux, quoique ceci ne soit pas si sûr finalement. Le président qui faisait mine de n'avoir rien suivit aux paroles de son député, le raccompagna avec un sourire de plus en plus céleste, ce qui effraya le pauvre homme qui s'assit dans un coin de la pièce, et qui n'en bougeât plus de toute la soirée.

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Hazel 07/06/2009 17:50

Bonjour,

Le Hangar (notre blog littéraire) organise un CONCOURS, avec un lot à la clef. Il suffit de nous envoyer via le blog (ou à cette adresse : http://le-hangar.cowblog.fr/contact.html ) votre œuvre, qui peut être une poésie, une courte nouvelle ou un passage de théâtre sans (trop) dépasser les trente lignes; vous avez jusqu’au jeudi 18 juin. Cependant il y a un thème obligatoire: le CORPS. Il est possible d’exploiter tous les sens du mot. A vous de faire preuve d’imagination.
Le samedi 20 juin, seront publiés dans un article sur le blog les cinq meilleurs textes choisis par notre jury, et à partir de cette date les lecteurs du Hangar pourront voter pour le texte qu’ils préfèrent jusqu’au 4 juillet minuit. Les résultats seront connus le 5 juillet, et le gagnant recevra un prix : un livre de Franz KAFKA - Lettres à Milena.

Nous espérons te voir participer, tu as jusqu’au 18 juin pour nous faire parvenir ton texte sur « le CORPS ».

A bientôt, sur le Hangar, http://le-hangar.cowblog.fr [copier/coller le lien dans la barre d’adresse]

Hazel.