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Je est un autre...

  • : Jovialovitch
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  • : 28/06/1990
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  • : La flétrissure de l'Echec... La Volonté d'Agir... L'Audace d'être Digne... Le Jovial !... Amis, voici la Carpatisme !
  • : Célibataire
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Ephémeride

Novembre 2009
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Archéologies

Guy l'éclair !

Les questions se bousculent dans ta tête ?...
Et personne pour y répondre ?!

Non pas !

A ton intention, lecteur inexpérimenté...
Le Moindre :
Mode d'emploi
 

 

Ami lecteur, souviens t’en : comme toute grande œuvre, le Moindre se mérite. Il ne s’agit pas de le lire ; il s’agit de la conquérir – car le Moindre est une conquête. Ami lecteur, tu dois être digne du Moindre pour espérer en apprécier toute la sophistication ; oui, tu dois avoir l’audace d’être digne de lire le Moindre ! Pour cela, voici quelque clef, lecteur, qui te permettront de déchirer le voile de la complexité, et de pénétrer enfin toute la puissance du Moindre.

 

1) Le Moindre est un quotidien ; chaque jour a son texte, chaque texte à son jour. Lecteur, nous te conseillons de ne pas remonter trop loin dans le temps ; erreur de jeunesse que ce qui à été écrit en  2007...

 

2) Le gros de la production moindresque est initialement réparti par genre, avec : les Nouvelles, les Journaux intimes, le Théâtre et les Poésies. Simplicité extrême s’il en est.  

 

3) Cependant, les propos conséquents de certain texte nous amènent à découper l’ensemble sur plusieurs épisodes, étalés en quelque jour : il s’agit des feuilletons dits : Suites of This – qu’il faudra suivre avec pugnacité (et impatience).

 

4) Les choses se compliquent singulièrement avec certaines catégories de textes qui n’existent que par elle-même : c’est le cas des Fafouette (ensemble de cours magistraux à hautes valeurs ajoutées sur des sujets aussi divers que variés) et des "Oeuvres complètes " du grand philosophe franco-allemand Ernst Suzelmayer, théorien de l'Echec, et de sa flétrissure.

 

5) La situation devient véritablement obscure aux néophytes avec l’existence d’un « roman » à l’intérieur du blog : il s’agit des Carnets du dictateurs, commencés il y a fort longtemps et loin d’être terminés. Qui voudra en comprendre les enjeux actuels devra en revenir au moins à l’incipit ; telle est la dure loi du Moindre.

 

6) Les choses atteignent des degrés insondables de complexité avec les Fragments de Jovialovitch, où se trouvent classés tous les textes qui ont de près ou de loin un rapports avec le Carpatisme, nouvelle philosophie dont le Moindre se fait le prophète. On y trouve actuellement (et dans les années à venir) des « Chants », qui racontent le voyage philosophique d’Aïdigalayou, voyage qui débouchera sur rien de moins que la connaissance absolue du Carpatisme !

 

Lecteur, te voilà initié ; il ne te reste plus qu’à lire. N’oublie pas : le Moindre se mérite, et se conquiert. Nombreuses seront tes souffrances. Mais grande est la récompense : être familier au Moindre, et le comprendre, c’est atteindre à coup sûr : la Béatitude Suprême !

« En ture vers de
nouvelles avenroutes ! »

Jubilatorium





 

 

 

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Nulla dies sine linea

Bienvenue à toi, lecteur, sur Le Moindre, blog épistolaire de qualité qui te fera pénétrer chaque jour plus avant dans le champ de la civilisation, à force de Nouvelle enivrées, de Journaux intimes chimériques, d’épisodes feuiltonesques, de Poèmes glacés, de Cours magistraux, de Théâtralités dramaturgiques ou de Fragmets philosophiques quotidiens ; le tout avec la verve des grands jours et l’humour du feu Blog Lukaleo...

Mardi 16 juin 2009

     En ce temps-là, Thierry Vaysse n’était qu’un vulgaire chef d’orchestre de province : sans grâce, sans style, d’une gestuelle aussi nerveuse que maladroite. Il dirigeait avec acharnement et lassitude quelques-uns de ces orchestres amateurs abreuvés des subventions de l’Etat. Il donnait pour le compte du Rotary Club d'insignifiants concerts, où s’enchaînaient devant un parterre néophyte et bruyant, les morceaux les plus affreusement connus du répertoire, tels l’Arlésienne de Bizet, les Danses polovtsiennes de Borodine ou pire encore, le Beau Danube bleu de Strauss fils. De temps en temps, quand un soliste désœuvré rejoignait par miracle ses basses formations, il ne pouvait s’empêcher de monter un petit concerto pour piano de Mozart, ou bien sûr, le célèbre et non moins sublime concerto pour violon de Mendelssohn... Hélas, la médiocrité de ses interprétations ne lui échappait point, ni d’ailleurs celle de son public, qui applaudissait au moindre silence, et prenait pour des « entractes » la fin de chaque mouvement. Souvent, Thierry Vaysse se disait qu’il dirigeait moins ses musiciens que ses auditeurs, et rien ne le faisait plus souffrir que les ovations enthousiastes qu’il recevait à la fin de tous ses concerts ; elles n’avaient pas leur place après de si piètres performances, et sonnaient comme l’emphatique signature d’un public incapable de discerner le bon du mauvais. « Mais taisez-vous dont ! » disait-il jaunement à ceux qui scandaient dans un climat d’euphorie générale : « Thierry Vaysse ! Thierry Vaysse ! »

      Thierry Vaysse était au bord de la dépression, et songeait sérieusement à reprendre sa carrière de clarinettiste. Aussi, pour se remonter le moral, il ouvrit l’un de ses livres favoris : une très belle Histoire de la Musique et des chefs d’orchestre, pleine de remarquables photographies en noir et blanc de Toscanini, Karajan, Bernstein, Böhm, Abbado, Furtwängler, etc. Tous étaient en pleine action. Dans ces étranges poses de chef d’orchestre au travail. Les yeux clos, écarquillés, tristes ou plissés. Les visages couverts de douleur ou de joie, fermés par la concentration, transpirants sous l’émotion ou submergés par le plaisir. Tous avaient des bras immenses, élancés vers le ciel, floués par d’indicibles mouvements. Tous avaient de sublimes mains, qui caressaient l’air empli de musique ou se crispaient soudainement, formants des grimaces, pour raffermir les sons. Thierry Vaysse regardait les baguettes : étrange objet, se disait-il, où tout se tient, où tout se joue… Dans la main de ces grands chefs, elles m’ont l’air si différentes que dans les miennes… Qu’ont-elles, ces baguettes ? Que savent ceux qui les tiennent ? Qu’ont-ils compris et que moi j’ignore ? D’où vient la singulière puissance de ces photographies ?... quel pouvoir magnétique suinte dans ces attitudes, de ces gestuelles, de ces corps immortalisés le temps d’un battement de seconde ?... Que ressentent donc ces génies de l’orchestration, que savent-il de plus sur leur métier, sur leur rôle ? Quel secret les porte si haut dans la beauté ?  N’ont-ils pas comme moi, qu’une simple baguette ?... Pourquoi donc sont-ils si bons ?... Pourquoi diable suis-je si mauvais ?...  

        Thierry Vaysse sentait monter en lui l’amère sensation d’un sanglot. Il était cependant plus ému que triste. Comme ils étaient beaux, tous ces chefs ! Soudain, le sanglot disparaissait de la gorge de Thierry Vaysse – une intuition l’en avait chassé. et se levant, heureux, il prit sa baguette et l’agitant en air, il s’exclama : « C’est ça !... Ma baguette est muette !... C’est ça !... Moi, chef d’orchestre : je ne produis aucun son, pas le moindre ! Oui, c'est ça : Rien que du silence !... Ah ! mon métier est ailleurs !... voilà ce qu’il me fallait comprendre !... mon métier est ailleurs… Je ne suis que silence ! » Frénétique et bouleversé,  il mit en marche le plus savant CD de sa vaste discothèque : la Symphonie « Sympathique » de Karl Schtroumpf par Lorin Maazel : sans nul doute le plus remarquable enregistrement de cette œuvre majeure – pour le moment !

Par Jovialovitch - Publié dans : Nouvelles enivrées
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Dimanche 14 juin 2009

Dans le cadre de l’Opération « Regard sur la Vie », tous les étudiants de première année inscrits en licence de Philosophie, devront faire un stage d’observation dans le milieu intellectuel contemporain. Organisée par l’université, cette opération a pour but de sensibiliser les futures philosophes à la réalité de la vie active et aux modalités pratiques de leur futur métier de penseur nobélisable. Chaque étudiant en philosophie devra trouver un stage ayant de près ou de loin un rapport avec le monde philosophique ; il s’étalera du 17 au 22 mai, et s’articulera autour d’un « maître de stage ». Un rapport sera rendu le 14 juin.

 

Rapport du stage effectué avec Claude Lévi-Strauss du 17 au 22 mai


   
  Certes, Michel Onfray avait été un maître de stage tout à fait sympathique ; et aujourd’hui encore, je ne puis me ressouvenir de ces quelques jours passés dans son village normand sans un brin de nostalgie, tout humecté déjà, du nectar de l’amitié. Cependant, je m’en rends compte à présent, sa pensée est bien médiocre : ne consiste-t-elle pas, finalement, à resservir les vieilles soupes surannées d’Epicure et de Lucrèce, en les rehaussant d’un peu d’extrême gauche et de nietzschéisme ?... Je le crois. Aussi, pour mon second stage, ai-je résolu de fuir comme la peste tous ces prétendus philosophes qui enfoncent des portes ouvertes avec le sentiment grisant de prendre l’assaut de la Bastille. Il m’a semblé que Lévi-Strauss ne faisait pas partie de ceux-là.

       Ma lettre de motivation, que je voulais brève et un tant soit peu littéraire, m’a demandé près de deux semaines de travail ; ce n’est certes pas sans une certaine appréhension – pour ne pas dire une certaine panique  que l’on écrit au dernier géant de la pensée universelle ! Je dois dire que la réponse favorable de celui-ci m’a profondément surpris ; ensuite, après une heure ou deux d’hébétement satisfait, je rentrai dans une intense exaltation, et décidai subitement de lire tous ses livres. Je n’eus le temps que de lire « Tristes Tropiques », mais enfin : quelle lecture !... Quel style, quelle profondeur : quel génie !... Mon exaltation soudain, laissait la place au vertige – à ce vertige, précisément, qui nous vient au pied de ce qui est haut, démesurément haut, de ce dont on ne peut voir la sommet sans perdre l’équilibre. Je relisais sa réponse pour bien y croire. Mon impatience n’était plus qu’effroi. Qu’était-ce donc, quatre jours, en face d’un tel esprit – si vaste et si profond ? Il me semblait que ce n’était rien, désespérément rien : ce continent, que je venais à peine de découvrir, comment, en si peu de temps, aurais-je pu l’explorer ? Et puis parfois, le jour ou la nuit, confusément, une obscure intuition parlait en moi, qui me disait que quatre jours en face de Lévi-Strauss, c’était une éternité.

       L’appartement parisien du fondateur de la pensée structuraliste est assez grand. Sombre, abondamment décoré, fastueusement meublé, haut de plafond, il présente un dédale de pièce et de couloir, remplis de livres, de masques africains et de vieilles vieilleries. Une grand-mère, taiseuse au possible, me conduisit vers le bureau du maître, c’est-à-dire dans sa chambre. Rarement mes pieds foulèrent plancher aussi grinçant. Je crois avoir tremblé durant tout le trajet ; le doyen de l’Académie française n’était plus très loin. Le centenaire. Le géant.

       « Je hais les voyages et les explorateurs » m’a-t-il dit au moment où j’entrais dans sa chambre. Il était assis sur un splendide fauteuil cabriolet ; en face, pour moi, un Louis XV. Je m’asseyais. Il régnait dans la pièce une odeur étrange, atrocement aigre-douce, mélange de lavande, de poussière et de vieillesse. D’une voix très forte, et néanmoins timide, je lui demandais : « Ah bon ?... et pourquoi ?! » Il dormait. Je n’osais le réveiller, et immobile, je le contemplais. Vieux. Sa main tremblait sur un pilulier. Des tubes partout. Et surtout, des livres. Les siens : Tristes Tropiques, bien sûr, mais aussi les quatre Mythologiques, et tous les autres, des dizaines de volumes, immenses, décisifs, infinis, et tout au bout, dans son coffret blanc, avec sa côte havane aux filets dorés, l’exemplaire de son « Œuvres », chez la Pléiade... la Pléiade !... Parfois il se réveillait, subitement, et me parlait du Boléro de Ravel, ou du cru et du cuit. Et puis il se rendormait. J’attendais, je pensais. De longues heures de paix défilaient sans que je n’en susse rien. J’étais comme suspendu ; j’étais étrangement bien. Contre un mur, je voyais cette photo de lui, jeune et barbu, tout étonné, au Brésil, parmi les sauvages. Les plus belles années de sa longue vie.

       Les quatre jours passèrent bien vite. Ils furent sublimes ; jamais je ne les oublierais, je ne sais pourquoi. Une admiration absolue m’habite désormais quand je pense à cet homme, à ce siècle nommé Lévi-Strauss. L’aurais-je lu ? Quand je partais pour la dernière fois en lui serrant tendrement la main, je vis ses deux vieilles lèvres trembler, et ses grands yeux ridés s’écarquiller de fatigue et de surprise. Le vieillard semblait se dire : « Mais quel est donc ce singulier Nambikwara que je vois là ? »

Par Jovialovitch - Publié dans : Journaux intimes
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Samedi 13 juin 2009

 

        Et soudain la voici !... l’immense actrice, la sublime créature : la « Divine » !... Elsa Renn – la plus grande actrice pornographique de tous les temps, trônant lascivement dans l’azur rosacé d’une beauté au sommet de sa puissance. Elle s’avance avec grâce, toute auréolée de gloire, mordillant sa lèvre inférieur, enivrée déjà de ce plaisir intense qu’elle sait ne plus tarder… Nous sommes alors dans sa fameuse Période Rose, juste avant la Maturité, en ces temps de splendeur et de réussite où elle tournait entre trois et cinq films par semaine et dormait dix heures par jour, en dissimulant les ultimes approximations de sa technique dans l’éclat de ses légendaires talons hauts, culottes fendues, jupes à ras le bonbon et autres superbes bustiers de soies de chez Pierre Cardin.

        Tandis qu’un l’homme au torse de dieu grec s’installe sur le canapé, fébrile et concentré, les caméramans s’activent ; le tournage peut commencer. Scène d’ouverture : seule, langoureuse, scélératement  impudique, Elsa Renn traverse dans un silence monacale quelques pièces de la grande maison vide ; on filme frontalement les formes solaires de son admirable fondement – vision de rêve ! Moment décisif pour l’équilibre du film que cette scène d’ouverture, où le spectateur doit ressentir en lui l’exquise angoisse qui envahit l’âme du mâle en ces instants salvateurs d’ « avant  l’amour » ! Mais voici qu’Elsa Renn arrive enfin dans le salon…

       Avec une candeur très étudiée, elle s’assoit sur le canapé, voracement tournée vers son partenaire, Stefano Bimbenetto, professionnel de grande envergure dont le talent n’est plus à prouver. Elsa Renn lui dit quelques mots, spirituels sans être obscures, puis elle se met à rire – moment sublime !... quelle grâce, quelle pureté dans ce rire aux indexions de jeunes filles, et à l’éclat de libertine… A peine le rire dissipé, qu’elle et Stefano s’embrassent, emphatiques, comme font les couples quand ils se forment. Elsa sait embrasser ; dans la bouche de son partenaire, sa langue est comme un doigt d’Horowitz sur un piano.

       Mais aussi virtuoses soient-ils, les baisers d’Elsa Renn ne sont qu’une bien minime facette du génie de cette actrice supérieure ; la voici d’ailleurs qui s’approche de la braguette frissonnante de son partenaire galant, et qui, dans un geste suprême, teinté d’autant de dédain que d’avidité, aussi lent que fascinant, fait surgir au ciel le vigoureux Priape de Stefano, dont elle se saisit avec la rapacité, à la fois si féline et si noble, qui la caractérise. S’en suit l’une de ces légendaires fellations, longues et juteuses, maîtrisées du gland sucé jusqu’au périnée pourléché, modèles reconnus de grâce et d’élégance, fruits exceptionnels d’un peu de talent et de beaucoup de travail, chef-d’œuvres charnels enseignés dans toutes les bonnes écoles de Pornographie, et qui assurent à leur créatrice une place éternelle dans le Panthéon des grandes Pompes, aux côtés de Marguerite Steinheil, Monica Lewinsky ou Clara Schumann. Mais déjà, virile, exaltée : la suite.

        Stefano Bimbenetto se soulève et entreprend de faire éclore à son tour chez sa partenaire les râles du plaisir. Elsa Renn se laisse bien faire ; elle aime autant se montrer soumise que farouche, et jubile de voir ce puissant bellâtre qui lui monte dessus, et la prend comme une bête. Aussi s’empresse-t-elle de révéler dans la volupté des sens, ses formes et sa souplesse, engageant les plus intimes parties de son corps à la conquête de sensations inouïes, de jouissance ultime, de béatitude suprême. Et ainsi, abandonnée de toute pudeur, transpirant et suffocant de tous ses membres, hurlant de toute son âme, la voici Panthère, qui s’enroule grisée autour de son mâle, le dévore, l’égratigne sauvagement, bondissant de toute part, emportée dans une si furieuse et si hennissante ardeur qu’elle semble s’engouffrer dans des Abymes de rage et de jouissance plus profonds que ceux de l’amour et de la mort !... Et soudain, après des quarts d’heure intenses d’extase absolue, sonne le tocsin de la jouissance ultime : et Stefano, épuisé, harassé, sucé de son âme, dévoré de l’intérieur, brandissant l’ultime endroit de sa virilité, fait jaillir de son Prépuce Turgescent l’ultime souffle de vie qui lui restait encore : une giclure de six milles volts de semence spermatique, qui vient alunir sur le visage angélique et souriant d’Elsa Renn – fondatrice d’un ordre religieux, appelé pornographie.

Par Jovialovitch - Publié dans : Nouvelles enivrées
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Vendredi 12 juin 2009

12 de juin

     Que suis-je devenu. Ma grande épopée me fait oublier qui je suis, et ce que je fais. C'est encore la perdition sans doute. Suis-je au moins quelqu'un ? Ou alors suis-je personne.

     J'ai quitté il y a trois jours a Rochelle, La Rochelle qui me rend triste ; je sens quelqu'un derrière moi, une présence, une ombre, une chose quoiqu'incertaine, mais une chose cependant imposante, monumentale, effroyable, et toutefois il me semble qu'à chaque instant, elle va être détruite, elle va mourir. La Rochelle ne m'inspire que de la fragilité, comme si elle était extrêmement vieille, et seule, comme un vieux chêne enraciné depuis des siècles mais mort depuis trois décennies. Ressentant cela, je ne pouvais m'astreindre pourtant à mon désir fougueux de baiser une ultime fois La Rochelle ; c'est que la combat faisait rage ici, à l'Est. Tous étaient contre nous, et il ne s'agissait pas d'être mélancolique, malheureux que nous sommes.

     Ce matin eut lieu en outre le drame absolu. Lorsque j'ouvrais les yeux, tout s'était dissipé, la guerre n'existait plus, l'Est n'était plus là, Célestine était loin de moi. Je fus confronté au vide le plus insensé ; et comme je ne pouvais me rendre compte de tout ce qui s'ôtait, et s'était ôté de devant moi, je crus à une vaste pantalonnade de mon esprit, or celui-ci n'était point dans l'erreur, et tout était bien réel ; plus rien n'était. Je n'avais été, et n'étais pas empereur ; mon action belliqueuse que je menais depuis des mois avec l'ardeur la plus aboutie n'étais rien dont on puisse dire que cela fut. Par conséquent tout ce que j'avais vécu jusqu'ici était faux, et à cette idée je ne pus m'empêcher de partir à rire inextinguiblement.

     Tout ceci fut cependant adventice car ma première pensée fut pour La Rochelle : avait-elle été une fiction elle aussi, une simple et insignifiante fiction. Ceci je ne pourrais jamais le savoir car l'état dans lequel je me trouve m'interdit tout déplacement. Je suis un homme seul, et l'échec est ma solitude. Et la banalité que je voulais combattre allait à présent se répandre à travers le monde. C'était d'ailleurs moi, en premier qui se voyait immergé dans la subsomption paradoxale de la médiocrité, moi qui avait été pendant trois mois Alexandre et Jules César, Napoléon et de Gaulle. Comme je m'étais aperçu jadis que le présent était vain, et que le passé était impasse, je constatais aujourd'hui que l'avenir était non avenu. Il ne demeure plus que le vent qui souffle. Et La Rochelle est morte.

     Ces textes-ci ne sont plus les mémoires illustres d'un chef de guerre héroïque, ce ne sont que des erreurs, des imbroglii, et j'en ai honte maintenant. J'ai voulu me tenir, moi humble dictateur sans prétention, qui faisait son métier en artisan, j'ai voulu me tenir en un endroit, quoique je fusse toujours ailleurs. Je procède du néant dirons sans doute en se riant de moi les historiens qui jugent l'histoire ; mais non, je vis sans vie. Et La Rochelle est morte.

     Ma honte se poursuit encore davantage car j'ai été sincère jusqu'à ce jour, je croyais construire méthodiquement l'histoire tandis que je ne faisais qu'aggraver ma folie. Aussi n'ai-je été qu'un étant, et je n'ai jamais été capable d'atteindre l'être, ô malheureux que je suis.

     Qui pouvait se douter que je m'engageai dans une crevasse ; que suis-je devenu. Et qu'est La Rochelle devenue ? Je viens moi de sombrer dans ma nouvelle prison, bien que celle-ci fût sans barreau, mais le résultat est le même, je suis fini, et j'ai raté. Il ne me reste plus qu'à souffrir d'être né, et à tenter de me retirer, tout doucement, sur la pointe des pieds, sans me faire voir, sans faire de bruit ; il faut me faire oublier, je vais tenter de partir, à quelque lieu loin d'ici, et hop, ainsi on m'aura oublié, plus personne ne se souviendra du dictateur, de ce type qui fut le plus grand échec de tous les temps. Heureusement que l'histoire ne retient que les génies ; je n'ai qu'à tout brûler, je n'ai qu'à m'en aller, ahah ! Et je triompherais de n'avoir laisser aucune trace sur cette terre, ce sera ma plus grande victoire, mon triomphe le plus insolent. Rien que pour cela je mériterais le nom de génie, et peut être le retiendra-t-on. Dictateur à cette terre, Salut !
     Mais.....mais : La Rochelle est morte.

Par Jovialovitch - Publié dans : Les Carnets du dictateur
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Jeudi 11 juin 2009

      Il est vrai que je suis un dentiste compétent ; je l’affirme, je le proclame – j’en suis fier. La vérité est là : je suis le meilleur dentiste du quartier – bien meilleur, oh oui, que ce minable de Leconte : je l’écrase, le bougre, je le putréfie de honte, le veule ingrat, et avec délectation en sus ! Cependant, je le concède avec grande humilité, c’est loin d’être dans l’art de soigner des dents lépreuses que mes talents de visionnaires s’expriment le mieux. Et cela pour deux raisons : d’abord, il faut bien le dire, la dentisterie est loin d’être la plus noble des activités humaines ; aussi, par rapport aux majestueux cardiologues, aux bienfaisants cancérologues, ou même à ces vulgaires urgentistes, qui brillent par leurs incroyables courage et la dévotion exceptionnelle avec laquelle ils soignent les estropiés de la nation, nous autres, dentistes, successeurs diffamés des arracheurs de dents, nous croulons sous le mépris de nos patients, qui ont fort mauvaisement substitué à l’honneur d’être nos malades, la peur d’être nos victimes. Je dis : les rustres, les ignares, les inqualifiables mufles. Pire que Leconte !

        Donc, si je ne suis pas reconnu et admiré en tant que dentiste, c’est d’abord parce que ce métier-là est ingrat, et qu’il ne se pourrait être le fermant d’aucun génie. Par ailleurs, je ne suis pas fait du tout pour être dentiste ; je le suis devenu par pur snobisme. Mon vrai métier à moi : c’est la métaphysique. Oui, je l’affirme, je le proclame – j’en suis fier : je suis métaphysicien. J’ai mis de nombreuses années à le devenir. Mais aujourd’hui, je le suis. Et j’ai plaisir à dire que c’est par les chemins de la dent et de la bouche ouverte que je suis parvenu aux considérations supérieures de cette noble discipline ! Ce n’est pas Leconte qui peut en dire autant…

        J’ai passé l’essentiel de ma vie les yeux dans les bouches ; j’ai contemplé des milliers de mâchoire et vu défiler devant moi des cohortes infinies de dents et de chicots. La mâchoire : symphonie masticatoire étrange et sublime, vallée sculpturale aussi sombre que profonde : lieu de guerre et de perfections où se tient, j’en suis sûr, le sens de la vie. Longtemps, il m’a semblé avoir tout au plus « exploré » ce continent immergé de la physionomie humaine ; je croyais l’avoir sillonné plus profondément et avec plus de sagacité que mes confrères. En vérité il n’en est rien : je ne suis pas, comme l’est à peine ce minable de Leconte, un vulgaire explorateur de la mâchoire – non, en vérité : j’en suis le Christophe Colomb !

      Que la postérité m’écoute !... Qu’elle se rende compte enfin de l’achèvement de la mâchoire, de l'ordonnance  magistrale qui y règne, du génie de ses formes et de l’intelligence de sa fonction : discrète, ignorée, mais ô combien puissante et massive arme de guerre !... Voilà l’outil le plus imperfectible qui se puisse être !... voici le détenteur de la vérité, le support de la perfection, le vecteur suprême de l’être et de son interaction d’avec le monde : la mâchoire !... Ne le voyez-vous pas ? Songez un peu que le monde n’est pas notre représentation ; songez que l’être, jeté dans le monde, se doit avant tout de le manger, de le dévorer !... Car le monde est une belle table, et la vie n’est qu’appétit !... Comprenez-vous ? Que m’importe la perception !... Je veux une phénoménologie de l’appétit, de la morsure !... La vie se croque, elle n’est que masticage ! Tout n’est que mâchage, rencontre et réciproque !... Amis, voyez dans toute sa grâce, le souffle puissant de l’haleine du monde : le loup et l’agneau ne sont qu’un seul et même être !... Ne le sentez-vous pas ? Ne le voyez-vous pas ?  Peut-on prouver l’existence de l’eau autrement qu’en invoquant la soif ? Suis-je le seul à entendre cette mélodie si légère et si merveilleuse, dont les échos s’élèvent de la mâchoire, et m’enserrent dans leurs soyeuses sonorités ?... Tendre chair, fortes dents, quelle harmonie de l’être total ! Quelles nuées de senteurs délicieuses ! Elles s’enflent et mâchent autour de moi ! Me faut-il respirer ? Me faut-il écouter ? Me faut-il savourer, me noyer, me laisser mâcher à mon tour par l’inaltérable marche de la mâchoire ? En brises broyées doucement me détruire dans le souffle absolu où s’exhale le monde ? Ah ! Voici le métaphysique !... La métaphysique de la mâchoire !... J’écrase ce minable de Leconte, et avec lui la Glande Pinéale !

Par Jovialovitch - Publié dans : Journaux intimes
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