Mon stage avec Michel Onfray

Publié le par Jovialovitch

Dans le cadre de l’Opération « Regard sur la Vie », tous les étudiants de première année inscrits en licence de Philosophie, devront faire un stage d’observation dans le milieu intellectuel contemporain. Organisée par l’université, cette opération a pour but de sensibiliser les futures philosophes à la réalité de la vie active et aux modalités pratiques de leur futur métier de penseur nobélisable. Chaque étudiant en philosophie devra trouver un stage ayant de près ou de loin un rapport avec le monde philosophique ; il s’étalera du 17 au 22 septembre, et s’articulera autour d’un « maître de stage ». Un rapport sera rendu le 2 octobre.

 

Rapport du stage effectué en compagnie de Michel Onfray du 17 au 22 décembre


        
J’ai longuement cogité. Je ne savais pas où faire ce stage. Et puis finalement, j’eus l’idée d’appeler Michel Onfray. Cela me paraissait bien. Certes, je ne suis pas hédoniste, ni franchement matérialiste, Nietzsche me laisse perplexe, l’athéisme ne me convainc pas, et pour finir, je ne me situerais pas politiquement du côté de la « gauche libertaire » ; cependant, l’hypothèse Michel Onfray me tentait sérieusement. Je l’appelais. Il acceptait. Le 17 septembre, j’arrivais en Normandie, à Argentan,  le village natal et actuel lieu de résidence de mon maître de stage. Ce dernier m’attendait à la gare ; de sa grosse voix grave et suave, il m’accueillait chaleureusement ; un courant de sympathie passait immédiatement entre nous deux. Dans la froide brume normande, il me conduisait jusque chez lui, dans une petite maison qu’il disait malicieusement avoir acheté « avec les droits d’auteur d’un certain traité d’athéologie ». Je riais chaleureusement à cette boutade, tout en la notant dans un de mes cahiers, avec une petite note selon laquelle : les philosophes peuvent être drôles. Nous rentrâmes à l’intérieur. La maison était pleine de livres : elle était une bibliothèque géante où le moindre espace servait de rayon ; des piles incroyables de bouquins se formaient de toutes parts ; une douce odeur de papier poussiéreux m’enivrait les narines. Comme le veux la tradition séculaire devant une telle profusion de livre, je lui demandais s’il les avait tous lu ; il me répondait vaguement que oui. Dans la cuisine, des merguez nous attendaient.

           Les premiers jours furent consacrés à la lecture. Michel Onfray passe près de huit heures par jour à lire. Je le regarde et je note. Il renifle en moyenne quinze fois par heure, ce qui est une bonne moyenne, me semble-t-il. Il lit de tout : des grandes cathédrales philosophiques aux nouveautés, des romans fondateurs aux magazines. Ces longues séances de lecture sont interrompues par sa cuisine ; Michel Onfray aime cuisiner, et en effet, il cuisine très bien. La nourriture fait partie intégrante de sa vie hédoniste, surtout la merguez. Les jours suivants, il m’emmena à son université populaire de Caen ; j’ai assisté à l’un de ses cours sur les radicalités existentielles ; c’était très intéressent. De retour à Argentan, je le regardais travailler à sa fameuse « Contre-histoire de la philosophie ». Après, le nuit tombée, on se promène autour d’un lac ; on récite des passages d’Ainsi parlait Zarathoustra. Au début, j’avais du mal, mais il m’expliquait ; comme je comprenais certain concept, il s’exaltait, et on se mettait à courir tous les deux, sous la voie lactée, en hurlant au ciel que « Dieu est mort ! ». Une fois rentré chez lui, on allait au lit. Onfray tient à être schopenhauerien dans le domaine du sommeil ; aussi, dort-il beaucoup. Comme dimanche approchait, il m’a réveillé un matin, et avant le levé du soleil, on est allé chier devant l’église. C’était jubilatoire. Puis il voulait uriner sur le perron de la mairie, parce que le maire était de droite ; mais je l’en empêchais, on ne peut pas non plus chier sur tout le monde.

       Le stage se terminait déjà. Nos adieux furent émouvants ; Michel Onfray est quelqu’un de vraiment sympathique. Je garderai un très bon souvenir de lui. En plus, il a écrit une bonne appréciation dans mon formulaire ; et quand je m’éloignais, il m’a lancé, tout sourire : « Allé !... Au plaisir de te revoir ! »

Publicité

Publié dans Journaux intimes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
<br /> C'est bien ce que je pensais. Ca crève les yeux.<br /> <br /> <br />
Répondre
J
<br /> <br /> Hélas.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Si ce qui est raconté là est aussi correcte que l'orthographe utilisée...
Répondre
J
<br /> <br /> Je ne conteste malheureusement pas que ce stage soit une pure invention...<br /> Et croyez bien froide Carol, que j'en suis tout honteux...<br /> <br /> Cordialement, Jovialovitch...<br /> <br /> <br /> <br />