La Nuit du Calembour

Publié le par Jovialovitch


 

FAUST.

Où m'emmènes-tu ?


AÏDIGALAYOU.

En un lieu où les passions et les drames des hommes te sembleront soudain bien petits.

Les blessures de ton cœur guériront vite.


FAUST.

Balivernes que tout cela. Et qui parle de guérir ?


AÏDIGALAYOU.

Ecoute !


FAUST.

Je n'entends que le vent.


AÏDIGALAYOU.

Le vent n'est pas le seul à rejoindre notre rendez-vous. N'entends-tu pas cette rumeur qui enfle ?


FAUST.

Je n'ai que faire de tout cela !


AÏDIGALAYOU.

Regarde le ciel d'encre et de sang ! Cette nuit même les éléments se révoltent, même les agneaux vont mordre et hurler parmi les loups !

Ne te sens-tu pas voler dans les nuages ? Vois ce soleil timide qui éclaire fébrilement le monde ; vois l'air terni des aurores et des crépuscules. Laisse toi porter par la seule violence du vent, elle possède et détruit, elle efface les sourires figés et renverse les masques. C'est mon maître qui le prodigue.


FAUST.

Mais où sommes-nous ?


AÏDIGALAYOU.

Sens la joie et le chaos du monde pénétrer ton âme délivrée ! Regarde les volutes brumeuses qui s'élèvent de ce monde diabolique enfin plongé dans le souffre, qui hurlent à l'infinie dans les ténèbres !

Entrons dans la ronde qui mène à l'univers ! Car ici nous ne sommes nulle part et partout ! Bidonnez-vous, poilez-vous, esclaffez-vous, raillez-vous ! Faites-vous pisser dessus les uns les autres, car je vous le dis : c'est la seule loi !

Sache que cela dure depuis la nuit des temps !


FAUST.

Depuis la nuit des temps !?


AÏDIGALAYOU.

Oui mon cher ! La Nuit du Calembour !

Qui dure depuis le commencement du monde et elle n'est pas près de finir !


FAUST.

La Nuit du Calembour ?


AÏDIGALAYOU.

La Nuit du Calembour ! Ce monde nous appartient Johan ! Tachons de le faire mourir de rire et ne reculons plus devant le fou rire et le rictus hilare !

Regarde comme le rite s'accomplit ! Riez ! Riez ! Succubes de néant et d'éternité ! Décrochez-vous la mâchoire, que diable ! Mutilez-vous les zygomatiques ! Foutez-vous à poil bon dieu !

Voyez Docteur, la Nuit du Calembour, voilà le sens de la terre !

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