Journal d'une Chleuh du Crépuscule

Publié le par Jovialovitch

    Corne de Bœuf ! Je veux être ventru comme un pape si je me trompe ! C’est tout de même là une chose formidable ! Mon peuple ! Mon noble peuple ! Où vas-tu, teuton ? Tu divagues ! Tu t’enfonces ! Tu sombres ! Je te le dis ! Gutte ! Mais jusqu’où ? Tu vas disparaître ! Déchéance impure ! Déliquescence infâme ! Décrépitude fatale ! C’est la fin ! Allemands ! Qu’allons-nous devenir ? Ignominieuse génération ! Nous sommes les derniers des Boches ! Nuls ! Minables ! Mufles utérins que nous sommes ! Regardons-nous ! Fritz ! Ah ! Certes, pour fabriquer des cylindrées, des laves-linge et des baskets, nous sommes les meilleurs du monde ! Des machines, des machines et encore des machines ! Elles sont belles, elles sont indépassables nos machines gutturales ! Et le monde entier est bien d’accord : « c’est du solide ! »  Et on va s’en satisfaire ?! Mais les amis, nous sommes le peuple de décadence par excellence ! Bing ! De Bach à Bosch, de Nietzsche à Blaupunkt, de Kant à Wolkswagen, de Goethe à Haribo, de Beethoven à Siemens, de Schiller à Adidas, de Mozart à Tokio Hotel !  

      Je dois réagir, il le faut ! Je refuse que ma Germanie tombe si bas ! Mon peuple, puissant, fier et droit, se tenant tel un colosse de fer et de sang au milieu de l’Europe millénaire, ne peut ainsi s’embourber dans les sables mouvants de sa terre ancestrale ! Les brumes de la Forêt-noire, les monts de Bavière, les plateaux de la Saxe, les plaines de Westphalie et les vestiges de Lotharingie refleuriront sous le soleil de Berlin ! Le glaive et la couronne de Prusse couvriront de nouveau mon fier pays dressé devant l’histoire ! Et les cheveux blonds de Germania reviendront flotter dans le ciel de Königsberg, de Düsseldorf et de Nuremberg ! L’Allemagne est endormie, pâteuse, elle se repose sur sa puissance chiffrée, calculée : PIB sans queue ni tête ! Bigre attitude ! Le Deutschland d’aujourd’hui est une petite fourmi, frisée fridolin, une navrante chauve-souris piteusement recroquevillée dans ses insignifiantes frontières à la monégasque ! Puante, suffocante sous sa puissance de pacotille, fardée sous le craquements européens de ses réformes écolos sans chaleur !

       Je veux, oui, j’exige que cette catastrophe cesse ! Que revienne le génie de la philosophie ! Hegel, revenez-nous parler ! A bas l’électroménager pour tous ! Oui ! De retour : l’Allemagne !... Germanie ! Grande et belle ! Puissante, armée, grondante et dorée de sa cuirasse de fer ! Ce peuple ! Que dis-je ? Cette race ! Oui ! Cette race allemande qui vogue sur l’écume écumante des siècles ! Je veux revoir ton sabre et ton canon de fierté, de bruit et de fureur ! Germania ! Reviens caresser de ta main maternelle de walkyrie ce peuple qui se perd ! Reviens sous les chants gutturaux de colères wagnériennes nous embrasser de tes baisers d’éternité ! Reviens, fille noire des fjords, galvaniser les agnats gâteux que nous sommes ! Remets-nous sur l’escarcelle de l’histoire ! Remporte-nous au bout de nous-mêmes ! Que nos tudesques frontières de jadis refassent surface sous les yeux ébahis du monde ! Que notre aigle noir reprenne son envol, et que ses plumes d’ardoise ombragent le monde ! Nous avons une mission à accomplir ! Que la langue qui est la nôtre repeuple tous les gosiers d’Europe ! Que les bruits des tambours rebattent la chamade sur les routes d’Alsace ! Que le Saint Empire Romain Germanique se redresse aux vents du nord ! Que notre flotte se redéploie avec la rapidité de l’éclair ! Et enfin, que tous ceux qui parlent la langue de Goethe, que tous ceux qui vivent entre le Rhin, le Danube et le Vistule, que tous ces bons allemands ne soient plus séparés !... j’apporte la guerre ! Il est l’heure former, mes frères, la grande, l’unique, l’éternelle : Magma Germania !

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Publié dans Journaux intimes

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