La dialectique du maître et de l'esclave (d'après Hegel)

PERSONNAGES : Le maître et l'esclave.
L’esclave
Monsieur, vous êtes intolérant, eh bien moi, je vous tolère quand même !
Le maître
C’est intolérable !
Vous, vous êtes tolérant, et bien je ne vous tolère pas !
L’esclave
C’est profondément injuste.
Le maître
Intolérant.
L’esclave
Très bien. Mais je ne peux que tolérer.
Le maître
Non, vous ne pouvez tolérer cela ! Car vous faites dès lors preuve d’une insupportable tolérance qui me pousse d’ailleurs à ne tolérer de vous, pas même une éventuelle intolérance.
L’esclave
Vous vous réclamez intolérant, et vous ne toléreriez pas même une intolérance de ma part !
Le maître
Ce serait tolérant.
L’esclave
Quant à moi, soyez tolérant ou intolérant, je vous tolérerai.
Le maître
C’est intolérable !
L’esclave
Intolérable dites-vous ?! Moi ?
Le maître
Oui monsieur. Je viens de vous le dire.
L’esclave
Je le tolère. Bien que je n’y entende rien.
Le maître
Quand allez-vous donc cesser d’être intolérable ?
L’esclave
Mais je ne suis pas intolérable, je suis tolérant.
Le maître
Je n’y vois qu’une similitude.
L’esclave
Plait-il.
Le maître
Parfaitement ! Car la tolérance, c’est la porte ouverte à toutes les intolérances !
L’esclave
Alors il faut que je cesse d’être tolérant ?
Le maître
Je ne le tolérerais pas.
L’esclave
Eh bien je m’en branle, monsieur ! Car vous n’êtes qu’une vermine ! Une salissure à l’âme humaine ! Une guenille ! Un despote ! Une vraie merde ! Un gueux ! Voilà !
Le maître, hilare.
Perdu !
L’esclave, révulsé.
Tricheur !
RIDEAU