Les Carnets du dictateur, les victoires du printemps III

Publié le par Jovialovitch


24 de mai

 

            Et mon périple printanier se poursuit au bras de madame, émerveillée par la nature inviolée qui se déploie au gré des forêts et des ruisseaux auprès desquels nous clopinons dans l’irrévérence, de l’aube au crépuscule jusqu’à ce que nous étendions sur les prairies ornées de froid, nos corps chauds et suants, alors sous les doux effleurements las des étoiles et des lunes noctambules ; délits qui nous accoutumes à notre vie alpestre, la seule vie qui soit digne d’être vécue, dans le vagabondage et aux vents glacials des saisons bouillantes.

            Avec madame, nous suivons les torrents et toujours espérons dénicher une de ces sublimes cascades, fracassantes et brumeuses qui n’ajoutent qu’un peu plus d’allégresse à notre joie ; et précisément au bruit même de l’eau ravalant les pans rocailleux et abruptes de sous les glaciers. Nos corps célestes, prostrés sur des pierres alentours écoutent le lyrisme des flots et les mélodies gaies d’une tristesse infinie qui en émanent. Alors nous nous laissons subrepticement envoûter par l'approche du torrent, sa chute immédiate et chaotique et par l’indolence qu’il recouvre, incrédule. Les nuages qui s’évaporent du cratère magmatique, nous embrasent les chevilles d’un pianotage paresseux et nous embaument dans un songe unique liant nos cœurs chavirant dans les vagues et l’écume. De la forêt dense, derrière nos silhouettes-rébus sortent des cris intenses et enchanteurs qui rencontrent les tonalités contrapuntiques des dégringolades aquatiques dans un absolu d’harmonie. Et un peu sur la gauche de ce spectacle délicieux, s’annonce l’entrée d’une grotte sculptée par les eaux dans la finesse et l’esquisse labyrinthique. Nous y entrâmes mais voilà deux jours que nous nous y pressions sans pouvoir en sortir. Le spectacle intérieur était toutefois prodigieux et j’écrivis auprès d’un lac éphémère foule de compositions prosodiques, lac dans lequel se reflétait les rayons sélénites d’une pâleur extrême que nous concédaient l’astre lunaire à travers une brèche élégiaque. Ce soir nous avons enfin pu émerger du temple caverneux et nous nous sommes en allé coucher sous un sapin exhalant, près d’une cascade rutilante qui murmure au loin, proche de la forêt et de ses chants d’arcanes…

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