Dans le vacarme frêle et pâmé

Publié le par Jovialovitch


   J’ai vu de ces fourbus silences, frappants de lenteur et d’immobilité, fiers concentrés dans l’atmosphère mélancolique des astres pluvieux, arrêtés. Mais celui-là me toucha d’autant plus durement qu’il surgissait soudain, pensif et taciturne, de ce magma festoyant, où les bruits et les senteurs inondent les sens d’une crue sans pareil. Dans le mouvement, brun et blond, où se meuvent les rauques vagues du monde créole et bariolé, émergeait, toutes brûlantes d’immobilité, les prunelles perdues et découragées d’une belle donzelle, claire et rose, enivrée. Et je les voyais d’autant plus que ces yeux, ces larges yeux, muets comme la cire dans l’azur bavard, me regardaient moi, au profond, cloués comme l’éternel sur mon être mortel. Oui. C’était bien moi, vers qui voguait les clartés bleuissantes de ces mirettes perlées comme des agates féminines. Ce regard, long de silence, qui étouffait pour moi le vacarme frêle et pâmé d’alentour, semblait m’envoyer, par le masque des expressions, la marque langoureuse d’un hadal désir. Je voyais dans l’amer posture de cette vivante statue, la tentation, et je sentais fondre sur moi, gêné, malhabile, l’ombre effronté de l’envie ; oui, de l’envie !

       Aussi, jouai-je à celui qui ne remarquait rien, et, détournant le regard, je singeai le songeur ; celui qui, perdu dans l’indécis, emprunt tout entier d’un charme mélancolique et désabusé, reste prostré dans l’amertume d’un malheur mystérieux qu’il ne sait dissimuler. Vaste pantomime que tout cela. Je voulais qu’elle ne cesse de me regarder, qu’elle soit par moi fascinée, comme envoûtée par la grâce blessée d’un cœur qui s’oublie à son spleen morose. Je regardai mes mains, peut-être pour lui signifier mon côté artiste, je passai avec délice mes doigts dans mes cheveux élagués, histoire de lui montrer les luisances arquées de ma noble toison capillaire, et puis, je restai le regard perdu dans le vide, pensif, pour accentuer encore un peu plus la sourde curiosité que me vouai mon étonnante contemplatrice. Je faisais tout pour l’intéresser. Car quelle jouissance que d’être regardé, avec des yeux brillants comme des diamants constellés ! Mais voilà que soudainement, dans le flot flou d’idées diverses, l’absurdité blafarde de ma démarche m’apparut soudain : si elle n’en distinguait pas le persifleuses fausseté, celle qui m’observait ne pouvait qu’être ennuyée par mon stratagème stendhalien. Aussi, sans espoir regardai-je de nouveau dans sa direction. Surprise noire et réjouissante : elle me regardait encore, et de yeux qui débordaient d’un désir livide et grandissant, comme rarement j’en vis chez une fille… 

        Je choisissais (insane audace) de plonger mon regard dans le sien, et dès lors, je vis son visage s’illuminer. Elle avait un charme fou… elle me semblait pleine d’espoir et de vaillance… l’incolore frimousse empourprée des saveurs amers que nous confère autrui… le sourire mignon et confus… les cheveux châtains bouclés comme les rances volutes d’un fumeur de gitane au clair de lune. Instantanément, j’avais du désir pour elle. Je sentais qu’elle en avait pour moi. Elle me fixait, sans coup férir, avec un plaisir luxuriant et enfantin. J’ignore ce qui se lisait dans mon regard… de l’étonnement, bien sûr, mais de celui qui se fait dans le silence, comme une braise discrète et torride à la fois. Je sentais qu’elle allait se lever, me parler, m’embrasser, enfin, faire quelque chose. Et là, avant qu’elle n’eut le temps d’agir, un ami, fêtard invétéré me demandait : « Eh, vient par là un peu ! » Il fallait que je distribue des amuse-gueule. Une fois cette tâche ingrate docilement accomplie, je revenais dans mon coin. J’y retrouvai cette extraordinaire fille de tout à l’heure. Bizarrement, elle avait pris ma place, un bon fauteuil, et avais laissée la sienne, un vieux tabouret. Bizarrement, elle ne me regarda plus une seule fois de la soirée (et ne bougea plus de son fauteuil). « La Vérité, l’âpre Vérité »… J’allai dehors à l’air libre, et sous la voie lactée parsemant la voûte céleste du bleu firmament des étoiles étiolées, j’hurlai : « Bordel de merde, ça me troue le cul ces putains de putasseries à chier ! »

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Publié dans Nouvelles enivrées

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M
un blog ma foi, bien original.<br /> Bonne journée
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