Les vicissitudes du temps (ou La pendule)

Publié le par Jovialovitch

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Deux personnages sont sur scène. Face à face. Une pendule est accrochée au fond.

 

LE PREMIER, montrant la pendule.

Vous voyez cette pendule, elle avance de vingt-cinq ans !

 

LE SECOND, regardant la pendule interrogateur, puis sa montre non moins interrogateur.

Silence.

Mais…..elle est à l’heure !

 

LE PREMIER

Certes, oui, elle est effectivement à l’heure, mais à l’heure dans vingt-cinq ans.

 

LE SECOND

Je ne comprends pas. Il est vingt heures trente là-haut, et sur ma montre, il est, tenez-vous bien, vingt heures trente.

 

LE PREMIER

Ce n’est pas cela. Il est effectivement vingt heures trente, à ma montre aussi, mais dans vingt cinq ans, je vous dis.

 

LE SECOND

Je ne comprends pas.

 

LE PREMIER, haussant un peu le ton.

Ce n’est pourtant pas compliqué. Ecoutez, tout simplement cette pendule avance…….

 

LE SECOND

Je ne comprends pas.

 

LE PREMIER, élevant plus le ton.

Mais vous comprenez bien que dans vingt-cinq ans, à cette heure-ci, il sera la même heure que maintenant ! A vingt heures trente, dans vingt-cinq ans, il sera vingt heures trente !

 

LE SECOND, niais.

Mais comment pouvez-vous le savoir ?

 

LE PREMIER

Je viens de vous dire que cette pendule avançait de vingt-cinq ans, il n’est donc guère difficile de le savoir. Il suffit de regarder ! Il montre la pendule.

 

LE SECOND, regardant la pendule puis sa montre.

Eh ben, en voilà une bien bonne !

 

LE PREMIER

C’est normal.

 

LE SECOND

Mais c’est fou !

 

LE PREMIER

C’est normal ! N’est-ce pas l’idée d’être confronté au futur qui vous effraie, et d’être face à votre destin.

 

LE SECOND

Oui.

Silence.

N’empêche que j’ai du mal à me faire que cette pendule avance de vingt cinq ans.

 

LE PREMIER

Bon, sinon, vous le prenez cette appartement ?

Long silence.

 

LE SECOND, perdu dans ses pensées, retrouvant petit à petit son entrain.

Mais enfin cette pendule ne peut avancer, elle ne retarde pas non plus. Il regarde sa montre. D’ailleurs elle est à l’heure.

 

LE PREMIER, agacé.

Faut-il que vous soyez fort sot, ma parole ! Ceci n’est-il point clair, fieffée filouterie ! Ce truc avance de vingt-cinq ans ! Et alors, dans vingt-cinq ans, savez-vous quelle heure il sera à vingt heures trente ?

 

LE SECOND, n’ayant pas le temps de dire non.

 

LE PREMIER, exalté, s’efforçant d’être convaincant.

Oui, vingt heures trente ! Vite. Enfin à quelqu’ chose près bien sur.

Silence.

Eh bien, vous le prenez ? L’apertement, vous le prenez ?

 

LE SECOND

Comprenez mon trouble, cette histoire de pendule est fort déconcertante…..

 

LE PREMIER, après un souffle d’agacement profond. Vite.

Mais pas du tout ! Vous pouvez bien faire comme si cette pendule donnait l’heure d’aujourd’hui, bordel de merde ! C’est exactement pareil ! Vous comprenez ça ?

 

LE SECOND

Oui…..cependant….je….je…..je crois que je ne pourrais jamais faire confiance à une pendule qui avance de vingt-cinq ans !

 

LE PREMIER, ferme.

Vous le prenez ?

De plus en plus vite.

 

LE SECOND, se parlant à lui-même. En fond.

Parce que faut quand même pas déconner….

 

LE PREMIER, fort.

 Vous le prenez ?

 

LE SECOND, toujours en fond.

Non mais c’est pas pour dire mais moi faut que se soit clair…….

 

LE PREMIER, hurlant.

Vous le prenez ?

Silence.

 

LE SECOND

Attendez ! Cela signifie-t-il que dans vingt-cinq elle avancera encore de vingt-cinq ans ?

 

LE PREMIER

Oui !

 

LE SECOND

Alors on ne la rattrapera jamais ?!

 

LE PREMEIR

 Oui !

 

LE SECOND, effrayé.

Mais c’est terriblement angoissant ! Je veux pas courir toute la vie auprès de cette pendule sans jamais pouvoir la rattraper !

 

LE PREMIER

Pourquoi voulez-vous la rattraper ?

 

LE SECOND

Pourquoi ? C’est que je veux que tout soit à l’heure, moi. Et correctement. Comment je pourrais être heureux sur cette Terre, moi ?

 

LE PREMIER

Je vous ai dis que cela n’était pas important puisque dans vingt-cinq, il fera exactement la même heure qu’actuellement.

 

LE SECOND

Oui, mais quand même, vingt-cinq ans c’est beaucoup, quand même, c’est pas un an. C’est vingt-cinq ans quand même.

 

LE PREMIER, s’efforçant d’être clair et ferme.

Ca ne change rien. Et puis ne vous inquiétez pas, moi-même qui est vécu ici, je n’ai jamais eu le moindre problème. Et puis on s’habitue vite, vous savez. Bon, moi aussi au début ça m’a fait bizarre mais voilà, ça a passé. On s’habitue, hein.

Silence.

Vous le prenez ?

 

LE SECOND, réfléchissant.

Bon d’accord….

 

LE PREMIER, réjoui. Son visage se détend hâtivement.

...

 

LE SECOND

mais dans vingt-cinq ans alors !

 

 

RIDEAU

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