Louis Vidal, nous voilà ! - Le songe (2/2)
9.
Forêt de colonnes et de vitraux, faite de pierre et de couleurs ; amas de bigoteries, à genoux, mains jointes vers le ciel ; clocher aux poumons d’or massif, chevrotant les chants papalins du dimanche matin : c’était bien là une église, toute entière chrétienne, qui se tenait, fière et farouche, devant Louis Vidal ! C’était bien cette église, qui ombrageait l’illustre monument aux Morts, où naguère, Louis Vidal avait trouvé le sens de son existence. Son doux rêve sombra alors dans les affres du cauchemar, et tous les paysages printaniers d’alentour disparurent comme s’en va le jour à l’approche de la nuit, et la crainte et la peur hantèrent dès lors la profonde nuit de Louis Vidal…
LE SONGE DE LOUIS VIDAL
Seconde partie
Tout n’était plus que désolation dès lors ; cendre et poussière recouvraient tout, comme si le feu avait remplacé l’air ambiant. Debout, il n’y avait plus que l’église. Louis Vidal s’en éloignait, à reculons, terrifié autant que fasciné ; et plus la silhouette lugubre de l’édifice s’éloignait dans la brume épaisse, plus Louis Vidal reculait vite, perdu dans sa fuite sans fin ni sens… Mais voilà qu’il buttait sur quelque chose, dans son dos. Il se retourne, il regarde : c’est un objet, en ferraille… une statue, en forme de coq !… Louis Vidal comprend, soudainement, avec cette curieuse certitude qu’on a quand on rêve, qu’il s’agit du coq qu’ont les églises en leur clocher. Il était par terre, comme si l’aurore ne devait jamais plus revenir… Alors Louis Vidal pleura la dépouille de ce coq de bronze, car il avait toujours aimé les coqs, qu’ils soient français, ou chrétien... Et tandis qu’il se voyait débordé d’émotion et de peur et de crainte, voici qu’une nuée couleur de feu apparut devant ses yeux noyés de larmes. Cela s’approchait, et à l’intérieur, Louis Vidal distingua un terrifiant seigneur, énorme et terrible, nimbé tout entier d’une joie si grande que s’en était chose admirable. De sa voix forte et inhabituelle, ce seigneur majestueux disait forces choses, mais Louis Vidal n’en comprit clairement qu’une seule : « Ego dominus tuus. » Et de là il comprit la vérité : ce seigneur qui se présentait son maître, c’était l’amour de la patrie : le Patriotisme lui-même qui s’avançait, et tout cela sous les traits du général de Gaulle ! Louis Vidal croyait être au bout de ses surprises, quand il vit que ce seigneur tenait dans ses bras le corps nue d’une femme, d’une femme plongée dans un sommeil si grand qu’on l’aurait dit faite pour un autre monde. Cette femme, Louis Vidal ne tarda pas de la reconnaître : c’était France, légèrement enveloppée dans un drapeau de soie aux couleurs de la République. Là, le Seigneur gaullien leva haute sa main droite, dans lequel se tenait quelque chose de brûlant : « Vide cor tuum » disait-il. « Mon cœur ? » se dit Louis Vidal – qui, après son long séjour passé auprès de l’Eglise, connaissait bien le latin. Le seigneur réveillât celle qui dormait, et il lui fit manger cette chose brûlante. Elle le fit avec crainte, et se rendormit aussitôt. Là, le seigneur immense voyait sa joie mourir, et son visage immense sombrait dans l’amertume et les pleurs. Alors, sans dire un mot de plus, sinon celui de ses gémissements, il recueillit de nouveau France dans ses longs bras, et se retournant, il s’en allât vers le ciel. Dans son sillage fusaient comme de petits papillons noirs, en forme de croix de Lorraine. Et bientôt, Louis Vidal ne vit plus que la silhouette noire de ces deux êtres qui s’éloignait… et plus les « trois couleurs » du drapeau s’estompaient derrière la distance, plus Louis Vidal sentait monter en lui le désespoir ; alors il saisit le coq de bronze tombé du clocher de l’église, et le brandissant au bout de son bras, il se mit à chanter la Marseillaise : il le fit avec tellement de puissance, de force et d’émotion que son sommeil ne pu y tenir et qu’il se brisa. Louis Vidal se trouvait ainsi réveiller...