Philosophie de Robert A. V

Publié le par Jovialovitch


 

     Robert A. avait-il véritablement connu le Jovial ? Était-il parvenu à penser le Jovial permanent ou cela devait-il rester transitoire, éphémère et en même temps comme quelque chose qui cesse et qui revient toujours, infiniment. En vérité, il y a deux points qui sont remarquables ; d'abord, si Jovial est une maîtrise du monde comme il semble que cela soit, qu'arrive-t-il lorsque l'ivresse Jovial s'efface ? Le second point serait : quel enseignement devons-nous tirer de l'existence tourmentée de Robert A., et de sa quête insatiable, qui, atteignant le Jovial, n'a certes rien créé, mais a atteint un niveau d'excellence dont il est difficile de le bien cerner. On pourrait ajouter, dans un élan de zèle et de fureur lié au désir de connaître, on pourrait ajouter en sus, une troisième interrogation afin au moins de rester fort didactique ; qu'est-ce qui différencie fondamentalement le Dionysos grec, ou plutôt nietzschéen, du Jovial carpatiste de Robert A. Autant de questions qui demeurent sans réponses.

     L'homme Jovial est un homme chaos ; le Jovial est le stade par lequel il faut passer car le Jovial est l'expression idiote et simple par un sujet du réel qui, insupportable dans son état si simple et si idiot, est « chaotisé » par le sujet qui dans le même temps développe un puissant désir de créer. Cela, Robert A. en a fait l'expérience pourtant il n'a guère créer. D'après ce que nous avons vu, on peut conclure que le Jovial est une mimesis en plus d'être catharsis. Le Jovial serait mimesis de lui-même, et cela part d'un besoin de se vider de son inconscient, contenu de façon si lourde, si intérieur, que cela ne tient plus dans le seul calice qu'est le cerveau et se doit de se déverser dans une joie qui va jusqu'à s'épuiser comme l'homme aspire au fond à assainir sa vessie qu'il sent pleine, débordante, et qui le fait, en se déversant, jouir d'un bonheur qu'on n'oublie trop souvent de décrire. Pour user encore de métaphore, le besoin de vider son inconscient, ce que fait l'artiste, le Jovial, serait comme le besoin d'éjaculation d'une volonté toute aussi inconsciente contenue dans les parties les moins vertueuses de l'homme, mais laissons cela je vous prie.

     Ce qui suit directement la phase Jovial est la solitude, c'est à dire, le moment durant lequel on se remplit à nouveau de la force primitive Jovial qu'on fera alors revivre, contrairement à Robert A. qui est mort. Mais si l'on doit vraiment tirer un enseignement de ce dernier, éducateur, c'est que le Jovial, il nous appartient à nous de le faire revivre, et renaître encore.

     Le Jovial, s'il n'est pas l'éjaculation de l'artiste, il est une musique forte dont le mystère est tout entier en Robert A., mort peu de temps après la saisie de l'intuition Jovial, mort dans une joie quand même perplexe. Car au fond, Robert A. avait-il compris le Jovial ? et précisément sa distinction d'avec la Grèce et le Dionysos ? ou au fond, était-ce chose similaire ?

     On sait pratiquement rien de la fin de Robert A. qui vivait seul au crépuscule de sa vie, et qui s'était passionné pour le cinéma. Sans doute repensait-il à son existence, à ses exils, à ses femmes, peut-être pas à son fils qu'il méprisait, ou qu'il avait tout simplement oublié ; enfin Robert A. avait voué sa vie, plus qu'à la philosophie, à Jovial, prélude à notre philosophie. Maintenant, il faut imaginer que Robert A. est mort ayant compris le Jovial ; il emporte son secret, hélas, avec lui, dedans sa tombe.

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