De l'Audace d'être digne

L'audace d'être digne.
Qu'est-ce qui manque le plus à l'humanité ? L'audace d'être digne ! Quelle audace ? Quelle dignité ? Mais je parle de la dignité de vivre ; de l'ardeur qu'il faut pour vivre dignement. Qui aujourd'hui n'a pas l'audace d'être digne ? La jeunesse, oui. Est bien fou celui qui voit en elle un espoir tandis que je la qualifie fort justement de désespoir. Elle n'a plus le goût à vivre. Or chaque génération perd un peu plus de cette volonté, de cette audace. Il y a comme un manque de confiance que l'on déguise dans les plus grandes absurdités. Il n'y a pas lieu d'être jeune seulement, pour sombrer dans la déraison. Le souci est tellement à accroissement de la durée de la vie, que l'on en vient à ne plus vivre ou à vouloir rester jeune éternellement. Voyez la chirurgie esthétique, les crèmes cosmétiques, les cheveux que l'on teint, le viagra, le parfum, le maquillage, le rouge à lèvre ! Autant d'artifices que de hontes qui se dissimulent derrière. L'on veut rester jeune alors qu'on n'a plus même la puissance, la force, l'âge pour le demeurer. Et dans la prudence, dans la peur de vieillir, qu'à t-on fait ? L'on a perdu de l'intensité vitale. On a perdu l'habitude de vivre par lâcheté. Au moins, si l'on a de l'audace, c'est bien de l'audace d'être indigne.
D'une lucidité foudroyante.
« Je suis d'une lucidité foudroyante » disait-il fièrement après avoir énoncer autant de vérités, croyait-il, que d'atrocités. Mais saisir les choses comme elles sont, est-ce bien ce que fait l'homme lucide, fut-il foudroyant ? Ne veut-il pas montrer à voir qu'il n'attend rien, qu'il a un avis sur les choses et que cela ne pourrait changer puisque, lui, tout lucide qu'il est, détient la vérité, la sombre et méchante vérité, la cruelle, la terrible vérité. Or, la lucidité ne doit être que la perception du réel, et chacun sait que le réel est idiot, qu'il est simple, qu'il n'est ni le mal, ni le bien. Les gens lucides sont idiots aussi, à fuir. L'animal, lui, est lucide.
La complémentarité des choses.
Existe-t-il en ce monde, une complémentarité, une harmonie des choses ? En amour par exemple, faut-il absolument être deux dans un couple pour que celui-ci tienne ? soit concordant. Et pourquoi pas être trois ? L'un incarnant la stabilité. L'autre l'instabilité. Le troisième, rétablissant l'union des deux.
Dans la littérature, il y a une harmonie. Une harmonie de livres médiocres qui se complètent mutuellement, jusqu'à ce qu'un ouvrage singulier, inattendu, vienne rompre cette alchimie où l'on réduisait chaque auteur à être similaire. On en faisait une généralité, une caste, un groupe (la littérature) ; jusqu'à ce qu'une individualité adroite détruise cela. Il devient harmonieux à lui tout seul (il devient la littérature).
Enfin, si il existe une complémentarité des choses, qui pourrait bien venir la rompre à part l'enfant ? L'enfant est l'incarnation même de la nuisance, de l'austérité, de l'ennui ; il attire l'attention, il veut être le seul qui existe au monde. Il n'y a que les enfants qui soient véritablement sérieux. Et certains, dit-on, restent des enfants. Il rompent l'harmonie. (Définition du génie).