Les Années d'apprentissage de Gérard Girard

L'on put distinguer dans l'existence de Gérard Girard, trois points essentiels qui constitueraient si l'on veut trois périodes, par certains aspects, semblables ; en somme, trois périodes comme les périodes de Picasso ; et Gérard Girard est un artiste. C'est assez jeune que Gérard Girard fut initié à la religion catholique, lorsqu'il se rendait aux fameux cours de catéchisme. Encore jeune et naïf, Gérard Girard se trouva vite fasciné par ces histoires romanesques que constituent la Création, Adam et Eve, le Sacrifice d'Abrahamn, l'histoire de Noé, de Moïse, la vie de Jésus, ses miracles, les Apôtres, etc, etc. Tout cela faisant d'abord naître en Gérard Girard un évident scepticisme et puis finalement, il voulu bien concéder à l'existence de Dieu bien qu'il ne savait trop quoi dire dans ses prières, aussi se contentait-il de faire le signe de croix, juste avant de se coucher. Assez timide et surement peureux, Gérard Girard avait besoin d'une divinité seulement pour que celle-ci le protégeât ; non seulement, de n'importe quelle épreuve de la journée, mais aussi de la mort ou du danger tel que l'orage, le vent soufflant trop fort, qu'il ne supportait pas et auquel il eut pu bien implorer tous les dieu jusqu'à Horus ou Zeus pour que cela voulu bien cesser. Il reconnut par la suite que cet instant où il fut un fervent catholique entachait quelque peu sa jeunesse et qu'il dut faire bien des efforts pour sortir de cette impasse qui le maintenait dans la faiblesse.
Mais Gérard Girard est un sulfureux. Il se souvint parfaitement du jour où il décidât de ne plus prier le soir, avant d'éteindre la lumière. Le lendemain, il eut un frémissement d'angoisse car, bien qu'assuré de l'absence de dieu, etc, cela ne laissait pas de le hanté. Quand il vit que sa journée se passa fort plaisamment, le soir, il avait définitivement rompu avec Dieu. Il commença à détester les sœurs qui lui faisait son enseignement religieux, il cessât d'aller à l'église et délaissa le prêtre dont il était devenu pourtant l'ami. Aussi se contentât-il d'être intéressé par les mythes judéo-chrétiens, mais il n'y accordait plus aucune autorité qui fut pieuse.
Ces années de catholicisme radical avaient donc changé Gérard Girard qui, déjà introverti et réservé, dut faire son entrée au monde, effarouché. On le moquait beaucoup, on le frappait aussi, et Gérard Girard résistait, non pas de façon chrétienne, en supportant, mais par son mépris intérieur et l'armure qu'il tentait de se forger instinctivement pour écraser ensuite cette médiocrité qui le harcelait sans cesse, cette bassesse dépourvue de force, en vérité. Ainsi commençait à peine une période longue de méditations, presque de dix années qui consistèrent en une formation qui laissait peu de place à la pratique car Gérard Girard n'avait pas trouvé ses aises dans l'expérience où il se sentait si impuissant. Mais tous ces échecs le rendirent finalement de plus en plus fort, et au bout d'une décennie, il se lançait dans le monde, chevaleresquement, comme dans un duel où il allait devoir s'épanouir ou périr. Ce fut donc ici le début du troisième moment de la vie de Gérard Girard où après avoir écarté Dieu, et derechef, s'être formé à l'école de Guerre de la vie, il allait se livrer corps et âme à ce qu'il appelait déjà une « mission sacré » : son existence qu'il voulait désormais ériger en un édifice insubmersible, et en un destin, le plus grand jamais vécu.
C'est ainsi qu'aujourd'hui, devenu grand, Gérard Girard est le détenteur méritoire d'une librairie spécialisée dans la bande dessinée, et qu'il n'a pas fini d'étonner le monde.