Journal d'un homme épris d'un papillon et d'une fleur

Publié le par Jovialovitch


 

     J'ai rencontré consécutivement, une fleur et un papillon. La fleur était fort jolie, elle était d'une gaieté étonnante ; le papillon était sauvage et insaisissable. La fleur était excessivement douce et elle semblait retenir volontairement, bien qu'avec maladresse, sa beauté et l'essentiel de ses parfums. Même dans sa couleur, pourpre, noire, il y avait comme un manque d'éclat qui n'était pas naturel et qui faisait que cette fleur semblait toujours dans l'ombre. Or, lorsque ses pétales se refermaient, peut-être rayonnait-il à l'intérieur une lumière sublime que seule la solitude parvenait à faire éclore et que la timidité atténuait toujours. Le papillon était pâle aussi, et il portait sur lui une teinte de blanc qui attirait toute suite l'attention mais qui parfois rougissait légèrement et perdait de son flamboiement et de sa pureté. Seulement, ce papillon virevoltait tant qu'il était absolument impossible de le saisir au vol, et si on l'eut attrapé, il aurait perdu toutes ses couleurs et sa froideur ; il serait devenu d'un gris maussade.

     Cette fleur que je vis, elle souriait et elle était émue. Il y avait d'ailleurs au bout du déploiement de ses pétales, d'infimes gouttelettes de la rosée qui faisait croire qu'elle avait pleuré. Mais elle riait quand même ; toujours cet air sympathique et joyeux. Le lépidoptère, lui, ne riait pas du tout. Son air, lorsqu'il était immobile, était un calme indifférent, un aspect flegmatique et concentré. Il n'y avait de chagrin dans aucune de ces deux créations de la nature, et seulement une sensibilité, d'un côté faible mais affichée (la fleur) et de l'autre, une sensibilité extrême, mais dissimulée (le papillon). Ainsi allait la nature, et ce que l'on appellerait la complémentarité des choses. Qu'est-ce qu'une fleur sans papillon ? Ou un papillon sans fleur ? Rien totalement rien ; l'un dépendait de l'autre et c'est ainsi qu'est la beauté.

     A vrai dire, je n'éprouvais pas d'attachement amoureux pour la fleur qui certes revêtait une apparence des plus magnifiques, mais semblait tout à fait superficielle. Le papillon, lui, m'avait frappé par sa singularité et l'extrême timidité de son allure qui semblait de la crainte, et qui non plus, ne développait pas toute l'étendue de ses charmes. On pouvait toutefois les deviner car toutes maladresses – et la timidité est bien souvent maladresse – laisse entrapercevoir la profondeur des choses. Il demeure bien entendu un problème dans cela, c'est que, insaisissable, il m'eut fallut force puissance et grande opiniâtreté pour capturer cette fleur-volante définitivement rare. La fleur, elle, devait être ma consolation ; mais qui eut pu, qu'elle cœur humain, eut été suffisamment inhumain pour arracher ce nénuphar à son milieu et le ternir davantage en prolongeant son sourire de bon aloi, mais en laissant sous sa corolle, la tristesse et la mélancolie. Épris de cette fleur, je dus la quitter et je l'ai laissé seule ; je suis rentré chez moi, et alors j'ai sombré dans les pleurs et les tourments, après quoi ai-je décidé, d'écrire ce texte ; à l'eau-de-rose.

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Publié dans Journaux intimes

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