Aïdigalayou sous la neige

Publié le par Jovialovitch


 

     Il y avait un paysage enneigé, et des flocons étaient venus se poser délicatement, puis encore d'autres, par épisode, avaient recouverts les précédents ; et cela de façon répétitive, recommençait, indéfiniment de manière parfois plus lourde, parfois plus négligente. Cela constituait un cadre de douceur, poétique, etc, et dont le cliché faisait qu'on ne songeait nullement au froid diabolique qui devait régner dans cette image fort mielleuse. Voyons à présent que cette neige qui venait là, tomber, par rafales, s'était mise à venir du ciel rosé, qu'elle était éclairée par les réverbères, et qu'elle était comme un lent son de cloche, tout à fait identique et séparée du même intervalle de temps entre chaque entrechoque. Cette neige dégringolante, faisait ainsi : ...Poum ! ...Poum ! ...Poum ! etc. Et soudain, cela s'accélérait et ressemblait davantage alors à un battement de cœur (Poum ! Poum ! Poum !) ; en crescendo cela allait et lorsque le tempo arrivait à un degré des plus élevés, des chœurs apparaissaient et retentissaient derrière ; apaisaient enfin les déroulements floconneux qui retrouvaient alors, bercés, leur vitesse originelle accompagnés par ces chœurs duvetés qui s'effaçaient ensuite. Il y avait donc cette alternance répétée d'empressements et d'adoucissements qui provoquait l'émoi d'Aïdigalayou qui avait vu naître en lui une passion profonde pour les chœurs. L'ensemble vocal le remplissait de joie en le faisant frémir de tressaillement, comme la neige d'ailleurs à laquelle toutefois il éprouvait une grand fascination notamment lors des saisons d'été.

     Les voix multipliées jusqu'à l'unité l'enveloppaient miraculeusement et prodiguait sur lui une exaltation contenue. Une même exaltation que celles qu'on peut avoir en public mais dont la décence et le sur-moi interdisent de montrer, sinon un petit frémissement de puissance échappé. Ce qui surtout le faisait frémir dans la musique des voix, c'est lorsque celle-ci monte subitement et acquiert de la gravité et une tension sublime qu'Aïdigalayou retrouvait dans la musicalité des choses. Ce pouvoir de rester en lévitation au-dessus du temps ; le fait d'être en apesanteur, Aïdigalayou le retrouvait dans le chant de voix mêlées, et dans les flocons s'entremêlant durant une chute interminable et secouée par le vent, source de vigueur et de musique. Aïdigalayou était donc bien rêveur que de voir des étoiles blanches se projeter si lyriquement et d'entendre des refrains séduisants s'édifier en volutes devant sa pauvre personne brûlante et malade, sous un amas de couvertures blanches, insuffisantes à conserver en vie Aïdigalayou tremblotant d'émoi et d'effroi, à l'agonie, plongé dans ses souffrances, incapable de s'endormir. Aïdigalayou voyait malgré sa fièvre, sa famille venir le voir dans ce lit d'hôpital d'où il ne sortirait plus sans doute, car si sa famille n'était pas déjà convaincue, Aïdigalayou lui, était certain, qu'il ne passerait pas l'hiver !

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Publié dans Nouvelles enivrées

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