Journal du Parisien
Paris, Paname, je t’aime ! Comme il est beau ton fleuve, fier et courbé comme un sourire, bleu verdet comme une foliole devant les cieux d’été ! Et tes quais, tous gais, mignons de tendresse et de rive gauche ! J’aime tes musées, qui renferment des trésors et de profondeurs ! J’aime tes grands, sublimes et longs boulevards ; tes longs trottoirs où l’on flâne en marchant, sous les arbres citadins ! J’aime tes immeubles, haussmanniens tous pleins, qui s’élancent vers le ciel, puissants et solides ; mansardes en œil-de-bœuf s’il en est, toits de cuivre en aubade ! J’aime tes places, larges étendues, sublimes et vivantes, telles ton rayonnement, millénaire et mondial ! J’aime tes ministères par dizaines, tes cinémas par centaines, tes théâtres par milliers ! Paris ! Culte ardent où transpire ta mythologie ! Ton marbre, tes arbres, tes avenues ! Ville par-delà les villes ! Immense bâtisse, unique, faite d’axes infinis, aux symétries gigantesques ! Capitale du monde, des arts et des femmes ! Que de sublime dans tes îles, tes rives, tes universités, tes parcs ; ô symphonie de pierre, debout ! Je voudrai t’embrasser, te voir toute entière ! Danser sur tes pavés avec ta dame de fer, enjamber tout tes ponts en respirant tes palais, chanter la vie et ton amour sur tes toits, te voir de nuit et de jour, simultanément ! Ah, Paris, ville unique, comme tu es ample ! Oui, ample ! Amour ample et sublime ! Tu es renversante ! Grandiose cité ! Tu m’inspires la crainte et le respect ! Incommensurable cité, suspendue dans l’azur bleuté de l’éternité ! Chez toi, en toi, on voit toujours le ciel ! Toujours ! Ce ciel pensant et large, qui couronne ces fastueux immeubles éloignés les uns des autres ! Tu es une ville qui respire, qui nous donne mesure de ce que nous sommes ! Nous sommes petits en toi ! Nous ne sommes rien, en toi, et c’est pour ça que tu nous donnes l’extase de vivre ! Paname !
Ah ! Quel plaisir que de vivre à Paris ! Dans cette énormité superbe, qui parait sans fin, qui s’élève et qui dort, sereine. Paris. Incroyable, stupéfiant Paname. Je me demandai justement un truc ; y’a quoi en dehors du périphérique ? A part Versailles et la Défense ? Je me demande. On me dit que c’est la « province »… Que c’est le reste de la France, en fait. Moi ça me fait un peu peur. Je suis bien dedans Paris. Et pour tout dire, je n’en suis jamais sorti. Sauf quand j’étais petit ; une fois. On est allé à la « campagne ». C’est drôle comme nom. Ils sont bêtes les provinciaux. Le bois de Boulogne, c’est largement suffisant. Et je ne compte même pas le bois de Vincennes ! Non, faut être sérieux, une fois qu’on est en dehors du périphérique, c’est l’enfer. Le désert. Une sorte de néant dangereux, sordide, sans vie, fait pour des vieux mourants sans force ni argent, et pour des jeunes désoeuvrés qui périssent tous dans des guerres de gang abominables. Paris, je le crois, est une ville cernée ! Assiégé par la misère, par la méchanceté, par l’inconnu terrifiant d’une jalousie sans borne. Le périphérique est notre salut. Une ligne de démarcation qui nous sépare du reste du monde. J’en parlai d’ailleurs avec Marie-Chantal, elle était bien de mon avis. Faut dire, c’est normal : tout est à Paris ! La culture, le pouvoir, l’intelligence, l’argent, le luxe, la beauté ; tout. Le reste, c’est juste une campagne qu’est là pour rendre service à Paris. Souvent, j’ai peur de me faire enlever. On me prend, et on me jette ne dehors du périphérique. L’horreur. L’enfer. La mort. Je ne sais pas si je le supporterai. J’ai peur des gens qui ne sont pas de Paris. Ils sont méchants. Et bêtes. Je suis sûr qu’ils ne savent même pas qui est Christine Angot. Les nuls. Je ne crois pas avoir rencontré une personne comme ça. De la province, quoi. Mais il me semble que ma passion pour Paris se transforme en une sorte de fascination pour le reste…. du monde, je veux dire. Il faudrait que je prenne sur moi, un jour, et que je sorte. Mais je ne me sens pas prêt. Bah ! j’ai encore le temps ! Paris ne s’est pas fait en un jour !