Des humiliations narcissiques de l'humanité

Publié le par Jovialovitch

       En 1453, à Nuremberg, un astronome polonais nommé Nicolas Copernic publie, peu de temps avant ce qu’il conviendrait d’appeler sa mort, une œuvre magistrale intitulée : « Des révolutions des sphères célestes ». La théorie présentée dans ces pages cruciales est à l’origine de l’un des plus grands bouleversements scientifiques, théologiques, philosophiques et sociologiques de l’histoire de l’humanité : la Révolution Copernicienne. S’opposant à la vision ptoléméenne et non moins aristotélique d’un univers fonctionnant de manière « géocentrique » (c’est-à-dire où la terre est plantée, immobile, au centre du Cosmos tandis que tous les autres astres de la création lui tournent autour en d’immuables cercles spatiaux), Copernic a la génie d’affirmer l’héliocentrisme, représentation du monde dans laquelle, c’est la terre et les autres planètes qui tournent autour du soleil, véritable centre de l’univers. Coup de tonnerre, éclair foudroyant, la polémique copernicienne s’étale sur plusieurs siècle, et oblige l’humanité à changer le rapport qu’elle entretient avec elle-même : elle n’est plus au centre de tout, au contraire ; elle n’est qu’un des vulgaires éléments de ce long cortège cosmologique qui virevolte, tournoyant et perpétuel, autour d’un autre centre ; un autre centre, qui comble de désolation, n’est pas elle...
      En 1859, le 29 novembre, la naturaliste anglais Charles Darwin publie « De l’origine des espèces ». Œuvre décisive dans l’histoire de la pensée, elle affirme la « théorie de l’évolution », hypothèse selon laquelle toutes les espèces vivantes (y compris l’Homme) ont évolué au cours du temps à partir d'un ancêtre commun ou d'un petit nombre d'ancêtres communs, grâce au processus de sélection naturelle. Rapidement acceptée par toute la communauté scientifique, cette théorie majeure s’oppose cependant avec retentissements à toutes les croyances religieuses et philosophiques de cette fin de siècle, selon lesquelles l’homme est création de Dieu. Dès lors, l’humanité est obligé de changer le rapport qu’elle entretient avec elle-même : loin d’être une création divine ou le fruit d’un prétendu « Dessin Intelligent », elle comprend qu’elle obéit au mêmes lois que toutes les autres espèces, et qu’elle n’est en rien supérieure aux animaux qui l’entoure. C’est ainsi que, miné, laminé, ruiné de l'intérieur, l'âme en deuil et la larme à l'oeil,  l'homme se rend compte que, comble de honte : il descend du singe…
        Au début du vingtième siècle, aux thermes de plusieurs années de recherches, le médecin neurologiste autrichien Sigmund Freud découvre ce qui se trouve être l’Inconscient. Bien qu’inspirée de Leibniz (avec ses « petites perceptions »), de Schopenhauer ou de Nietzsche, cette découverte constitue une véritable révolution philosophique et (nouvellement) psychanalytique. L’Inconscient, force sombre et mystérieuse, constituerai une part importante et prédominante du psychisme humain, dont précisément, l’homme n’aurait pas conscience. Nécessaire à notre équilibre et d’un poids important dans la conduite de l’existence humaine, cet inconscient inspirerait aux hommes leurs pulsions, leurs rêves, leurs frustrations, au point que finalement, il renfermerait la clef du drame de chaque homme. L’humanité comprend alors que son libre-arbitre est une fiction, qu’elle est déterminé par une force dont elle ignore jusqu’à l’existence et, comble d’amertume, elle entrevoie au fond d’elle-même cette atroce réalité : Je est un autre….
 
       A peine un siècle plus tard, en juin 2009, les services secrets russes captent des ondes magnétiques venues de l’espace. Ils rentrent en communication avec elles, et devant la position, les sonorités et les informations prises par des outils de hautes technologies, les scientifiques du monde entier révèlent à l’humanité l’impensable : nous sommes rentrés en communication directe avec des êtres venus d’ailleurs. A cet instant, les hommes ont la preuve irréfutable et bouleversante selon laquelle, comble de vertige, ils ne sont pas seuls dans l’univers. Ils venaient de vivre la quatrième et dernière humiliation narcissique décentralisatrice de l'histoire de l'humanité.

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Publié dans Carpatisme(s)

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