Erotisme Torride, troisième coup
Résumé de l’épisode précédent : Longtemps endormis sur les amas des années passés dans le même lit, le couple que forme Maryse et Lucien semble tout à coup renaître. Alors qu’elle préparait le repas de midi, Maryse apparaît d’une beauté lénifiante à son mari, qui sent se réveiller en lui toutes les ardeurs de sa folle jeunesse. Aussi, après le repas, Maryse continue de bouleverser son époux, en faisant la vaisselle avec une grâce telle que Lucien, qui la contemplait de derrière comme on regarde un coucher de soleil, se retrouve dans un état qu’il ne se croyait plus en mesure de ressentir, et perçoit dans son cœur poindre les douce senteur de l’amour…
Maryse & Lucien : LA SERPILLIERE
« …. Le machin dans le machin…. »
Après cette bouleversante vision, Lucien éprouva le besoin de s’enfermer dans sa chambre, afin de reprendre ses esprits. L’émoustillement considérable que venait de subir son âme le faisait suer à grosses gouttes. Sans doute n’était-il pas prêt pour de tels chambardements. Il fallait qu’il s’habitue à l’amour. Ce n’était pas chose aisée. Il avait dans le cœur le même sentiment qu’ont parfois les yeux, quand la luminosité revient brusquement après une longue nuit noire, et que d’étranges jets de lumières pastellés d’esquille les rendent presque aveugles. Du reste, il était inquiet, et se devait de réfléchir : si il le gris de son existence venait d’être débarbouillé en moins de deux, il n’en était sûrement pas de même pour Maryse ; il était à parier que leur cœur ne battaient plus à la même cadence. L’un avait gardé sa régularité ménopausée, l’autre venait de s’emballer, amoureux, plein de fougue et d’espoir !... un déséquilibre qui effrayait Lucien, car en effet, quoi de pire qu’un amour à sens unique, qui n’a pour seule réponse que l’habitude résignée d’une femme dont les plus belles années sont derrière elle ? Et puis Lucien se disait que peut-être, son amour, aussi soudain qu’inattendu était peut-être fragile, superficiel : un feu de joie, qui allait bientôt finir sa danse furieuse pour retomber dans son habituelle léthargie. Alors, pour se persuader de l’assurance de ses sentiments nouveaux, Lucien décida de sortir, et de se poster en face de Maryse, avec l’espoir, fou et romantique, d’être définitivement fixé sur l’essence de ses sentiments ! Ainsi, il sortit brusquement de sa chambre, traversa en trombe le salon, se dirigea vers la cuisine (où Maryse était toujours fourrée), et alors qu’il passait par la salle à manger, il rencontra son regard ! Elle était en train de passer la serpillière. Lucien fut frappé d’étonnement. Jamais, o grand jamais, il ne l’avait jamais vu si belle, si parfaitement resplendissante, toute emprunte d’une beauté échappant à toute tentative de description : à genoux, les bras élancés en avant, elle travaillait ferme. Ses deux mains, loin devant elle, frottaient le sol avec la serpillière, dans un va-et-vient très similaire à ceux de la cuisine et de la vaisselle. Ses jambes étaient fermement pliées, et dans la puissance de son geste, elle relevait au ciel ses hanches, creusant ainsi son dos d’une cambrure de jeune fille, accentuée par sa tête prestement relevée, qui laissait entrevoir, entre son menton d’une aristocratique dignité et sa lourde poitrine pendante vers le sol et à moitié découverte, un cou d’une divine perfection. Il y avait dans son regard, comme une souffrance, étouffé muette, que semblait égayer une mèche de cheveux torsadée qui, venant du sommet de son crâne, dessinait sur son front une courbure coruscante qui s’achevait entre ses deux yeux. Sa bouche était ouverte, pour mieux respirer, et encore une fois, ses manches relevées laissaient apercevoir deux cubitus radieux, comme le firmament pur d’une nudité pudique. Lucien en tremblait paralysée d’émotion. Grand dieu : maintenant, il le savait, il l’aimait, de tout son cœur, de toute son âme ! D’un amour pur, céleste, total, qui, comme un bon vin, c’était amélioré avec la temps, dans la froideur obscur d’une cave pleine de train-train. Aussi, quand Maryse, d’un geste lent et sublime, emmena sa main droite jusqu’à son front pour en essuyer les lourdes gouttes de sueur, Lucien comprit que, bien souvent, l’amour était contagieux, et alors, il se dirigea vers elle, et l’embrassa, d’un vrai, d’un fort baiser, comme il ne lui en avait jamais donné, depuis le début de leur longue aventure ! Il le savait bien, ce sacré Lucien, que les choses ne serait jamais plus comme avant !...
FIN