Erotisme Torride, deuxième coup
Résumé de l’épisode précédent : un dimanche matin, Lucien regarde son épouse Maryse préparer le repas de midi. Dans un foisonnement zolien de bectances en tous genre, celle-ci, illuminée par les limpidités printanières d’un soleil chaud et généreux, retrouve une place ardente dans le cœur desséché de son mari. Lorsqu’elle se saisit d’un boudin noir avec vigueur, et qu’elle le prépare, après avoir épluché une carotte rouge dans un lascif mouvement de va-et-vient, elle déclenchera, sans le savoir, dans l’âme de Lucien, une impétueuse tempête qui emportera le couple dans les flux d’une passion inassouvie depuis trop longtemps…
Maryse & Lucien : LA VAISSELLE
« …. La main dans le machin…. »
Après le repas de midi (on avait mangé du boudin d’herbe, spécialité culinaire notable de Boën sur Lignon), le couple semblait rassasié. Mais Lucien était loin de l’être complètement. Sa contemplation silencieuse et presque honteuse de son épouse redécouverte avait éveillé en lui une faim du tonnerre de Dieu. Une soif qu’il avait oublié au fil du temps, comme il avait perdu le goût de la conquête. L’amour que son âme vouait à Maryse semblait depuis longtemps s’être étouffé, silencieusement, comme un feu de camp misérable pendant un nuit sans relève. Mais là, subitement, comme un coup de vent nommé désir, ces quelque braises suffocantes, ce charbon calciné âcre et pourri, s’était changé en un brasier infernal, où se consumait toutes ses pensées. Maryse l’obsédait, et si les flammes qui embrasaient son cœur n’avaient point encore la lourde assise d’une bûche amoureuse, au moins avaient-elles les quelques brindilles sèches qui font l’éclat du feu de joie. Aussi, tandis que Lucien la scrutait d’un regard oblique, Maryse nettoyait la table. Ses petites mains blanches prenaient chaque couvert avec une virtuosité de pianiste si déroutante qu’en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la table fût débarrassée de toutes ses fourchettes, couteaux et autres cuillers. Dès lors, Maryse tourna le dos à Lucien, et, plongeant avec volonté ses mains dans l’eau chaude et mousseuse de l’évier, elle commença à faire la vaisselle. Toujours assis sur sa chaise, Lucien pouvait la contempler ; il la voyait de dos, légèrement de côté, et cette vision le fascina. Maryse avait retroussé haut ses manches, et la chair douce de ses poignets dodues plongeant dans l’ardent liquide vaisselle, recouvrant ses avant-bras d’une écume brillante, ébroua au moins autant Lucien que les mouvement soupirants de ses hanches, qui oscillaient sensuellement de gauche à droite, au gré de ses pérégrinations plongeuses. Lucien but un verre de vin. Il sentait son acuité de mâle lui revenir, tout le feu de ses tippes lui remonter dans le cœur ; son regard, où brillait un nouvel éclat, n’était plus celui d’un vieux chat endormi mais celui d’un lynx, rapide et carnassier. Ses hanches, au dessus desquelles se balançait le nœud de son tablier blanc, lui parurent plus belles qu’au premier jour. Plus bas, il voyait un bout, tout petit, de ses mollets rebondis, que terminaient des pantoufles d’une brûlante sensualité. Lucien se sentait défaillir : « mon dieu se disait-il, comme j’aime la voir ainsi faire la vaisselle ! Comme j’aime voir ses paluches d’enfants gambader dans le torrent de cet évier, où flamboie toute la chaleur de notre amour retrouvé ! Comme j’aime la voir s’essuyer le front de ce geste si beau, si sensuel ! Comme j’aime la voir empoigner Monsieur Propre et lui faire cracher ce jus giclant du fond de son tube ! » Oui, à cet instant, Lucien comprit que les choses prenaient une tournure inattendue et que rien en serait jamais plus comme avant…
à suivre….