Les Carnets du dictateur, les victoires du printemps I

Publié le par Jovialovitch


10 de mai

 

            Plus encore qu’au premier jour, l'inclination réciproque nous étreint à son point culminant. L’air est pur et l’amour suffocant. J’aurai la faiblesse de penser en rédigeant ces quelques lignes insouciamment, que la passion émane au-delà même de son intériorité déjà resplendissante. Suffit-il que nos mains s’enlacent pour que tout autour de nous, tout bouge, et par une aura mystérieuse, tout rayonne et luit. Nous sommes de ces embellissements de monde, des enchanteurs de vie. Ainsi les lisières des forêts flamboient à notre seul passage. Les clairières triomphent à notre simple vue. Les oiseaux chantent et les fleurs éclosent par notre unique présence. L’herbe s’émeut sous nos pas matinaux et s'assoupit au frôlement de nos pieds noctambules. La lune diffuse ses fils de paradis sur nos visages de clair-obscur. Les étoiles filent et défilent et s’effilent par-delà nos cheveux enfilés. Les torrents jaillissent, glacials, par les brèches ouvertes aux  émanations d’éternité de nos cœurs épris. Tout n’est que lustre et splendeur dans le sillage de nos silhouettes disertes. Et le soleil au zénith nous fredonne ses refrains de nonchalance. Et comme un signe de reconnaissance, il déclame dans les forêts ramifiées, l’ombre qu’il professe sur la femme dont je meurs. Dès lors luministe, je ne regarderais jamais sur les femmes que la lumière sur leurs joues et l’ombre sous leurs yeux distraits.

            Tant que la nature s’enchantera et que nous la ferons scintiller par notre rayonnement, nous demeurerons ainsi sous les pins, dans la solitude paisible de notre douce rêverie. Toujours alors l’herbe sera notre lit et l’air l’unique couverture de notre ardeur. Et se fondront toujours à l’aube, les ébats de nos émanations consumantes. Les fleurs se parsèmeront à la tessiture de nos voix barytones. Et dans la mousse s’émoussera la douleur de nos années accessoires. Et dans les feuilles dormiront nos souvenirs étales vainement vécus encore tout brûlant d’intensité. Alors la nature étincellera encore après notre mort et nous renaîtrons. Car de ses racines les plus enfouies au plus haut de ses cimes enneigées, chaque parure répond à l’insufflation, la sublime, la céleste, la plus intense jamais proféré, l’unique, la Notre !

            Notre empire est là et nous en sommes !

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D
Mais que sont donc les années accessoires, dès lors que notre conscience demeure en éveil ?
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J
<br /> Serait-ce le côté automnal de ce narrateur printanier ?<br /> <br /> <br />