Journal d'un homme par-delà sa tasse
La fumée du café aux vents était dispersée sur mon visage vaporeux tout brûlant des volutes caféinées. Ma respiration était saccadée, il aurait fallu que je bu pour m’épargner ces émanations spiralées et odorantes. Ainsi apportais-je la tasse sur le bord de mes lèvres languies ; réticentes à la chaleur qui s’en émanait. Et ma langue qui est brûlée au contact du liquide embrasé ! La douleur est atroce. Terrible. Sournoise. Mis de côté le châtiment testiculaire, sans doute l’affliction buccale est des plus hostiles. Je reposai la tasse imbécile dans la brusquerie folle des dégoûts imprégnés de haine et d’ignominie. Dans mon geste alarmé, de la substance anthracite s’éparpilla partout sur mon bureau désormais souillé par l’Abyssinie et sa merde. De la vapeur insupportable m’obstruai à nouveau le visage calciné qui s’ornait de nervures et craquelait en éclats de peau défaites. Et le vent juxtaposé s’engouffrait dans les stries desséchées de mon faciès disloqué au brouillard londonien. Le spectre de la tasse me hantait alors. Derrière le courroux des fumerolles endiablées, des odeurs de l’enfer diaprées de gris, demeurait impassible, juste là, le noir magma, sans fond, au bord de l’infini. Enfin, ma main, pour la seconde fois, encerclât lentement le récipient vindicatif, déployant avec une grâce magistrale mon index longiligne appuyé dès lors avec force et tension. La chaleur du brasier transperçait toujours la porcelaine incandescente. Ma tête s’inclina à l’arrière, la tasse s'avançait avec minutie vers mes lèvres stériles. A son contact, je ne me sentis plus guidé par la raison. Mes sens se brouillèrent et vous crûtes, ma pauvre gorge, descendre des cascades dégringolantes au travers des rocs ébréchés comme des lames écorchant ma chair sanguinolente. La tasse quitta ma main sous les spasmes râleurs d’un cri maugréé par mes cordes vocales calcinées. De fourbes giclements vinrent se déposer sur mon doigt bloqué par la anse de la chope sans pitié. Les frissons et l’agacement se démultiplièrent sous les hordes contrapuntiques de leurs logorrhées congédiantes. Les effusions gutturales et ma langue hypertrophiée étaient embaumées par les mêmes exhalaisons intempestives des embruns volcaniques de ma tasse entachée. J’en dû m’évanouir. Les velléités sentencieuses qui m’engloutissaient durent pour de longs jours de supplices inconsidérés se mouvoir et se rétracter à la lumière d’un espoir renaissant, d’un scintillement escompté sur la douleur latente, au soir du quatrième jour. Aussi, mon café demeurait quasiment inviolé depuis les premiers balbutiements du jour premier. Et pourtant. J’étreignis le récipient, certes trois jours plus tard, mais ressentais-je déjà une terrible tiédeur, et le portât avec confiance à mes lippes ragaillardies. Il butta contre mes dents d’ivoire, et le café irrité se déposa cruellement sur mon palais expirant au choc tentaculaire du bouillant bouillon impétueux. Au contact, une vocifération discordante sortie de mon palais innocent. Je compris alors que mon café ne se refroidissait pas et ne se refroidirait jamais. Déconcerté, je m’arrêtai un instant.
« Mon dieu, mais oui, c’est le signal ! »