Journal d'un agrégé en amour

Publié le par Jovialovitch

            Question amour, moi j’y sais quelque chose. Les femmes, pour moi, c’est loin d’être un mystère. D’ailleurs je les comprends mieux que quiconque et surtout, je les connais davantage qu’elles se connaissent elles-mêmes. Tenez, par exemple, ce qu’elles recherchent chez l’homme, c’est la virilité. Et bien certaines ne s’en rendent pas compte. Me voilà donc dans une position favorable : il faut que je sois soucieux de développer ma virilité. Je sais aussi qu’en règle générale, les femmes (les hommes aussi) recherchent ce qui leur manque, ce qui leur fait défaut. Voilà qui est instructif : ainsi si j’aime une femme, l’erreur suprême serait de chercher à lui ressembler pour la séduire. Pour une femme fragile, il faudra me montrer fort, pour une femme grande, il faudra que je sois petit (prenez le couple présidentiel par exemple),…..Pourtant,  on pourrait très bien envisager de vivre avec n’importe quelle femme puisqu’il s’agit après tout d’une femme comme une autre. Enfin bref, tout ça je connais. Quant à l’amour, je sais qu’elle peut être à l’origine de la jalousie parce qu’elle est égoïste. L’homme en aimant une femme veut l’avoir pour lui tout seul. Il se dévoue à sa donzelle pour la garder à tout prit. Et ce n’est pas tout ; il n’est pas faux qu’on peut aimer et haïr en même temps. Ca je le sais aussi. Aimer une femme pour ce qu’elle représente pour moi et détester des endroits de son caractère qui m’insupportent. Tout cela est passion. En cela que l’amour échappe à la raison. Et puis aussi, l’amour n’est pas une conclusion. Ah je sais tout sur l’amour moi. Et puis aussi, quand on aime, en fait, ce n’est pas nous qui aimons. En fait il n’y a pas de cause à l’amour. J’ai compris ça aussi. Si vous voulez, lorsque je tombe subitement amoureux d’une femme, ce n’est pas moi qui tombe amoureux. Certes, c’est par mon intermédiaire, mais ce n’est pas moi qui choisis de tomber subitement amoureux. Vous voyez un peu la finesse de mon analyse ? L’amour n’est pas volontaire, c’est cela que j’en dis. Si vous voulez, au lieu de dire bêtement « Je t’aime », on devrait dire : « ça aime, via moi, quelque chose qui n’est pas toi non plus. » en s’adressant à sa tendre dulcinée. Car ce n’est pas non plus elle qu’on aime mais quelque chose en elle. Bon par contre je suis un célibataire endurci sans la moindre sexualité. Et alors ? On peut pas parler d’amour et le faire en même temps ! Ca aussi je l’ai compris. Tenez par exemple, il y a un mois à peine, j’avais rencontré une fille par hasard dans une rue. Eh bien je l’ai suivi jusqu’à chez elle, je lui ai acheté des fleurs, je les lui ai offerte et paf, elle se retrouve dans mon lit. Mais mon dieu, quelle angoisse. Je suis tombé dans un piège, que j’me disais sous mes draps en la regardant dormir. J’aime cette femme dans la plus grande déraison ! Ô seigneur. Si elle se rend compte que je la possède, que je lui ai offert des fleurs juste pour qu’elle soi à moi, à moi seul ! elle pourrait bien me tuer durant mon sommeil, la garce ! En plus, ce n’est pas elle que j’aime, mais ce qu’elle représente, ce que j’imagine d’elle. A cet instant elle me devint des plus odieuses. C’est aussi à ce moment qu’elle se réveilla. Je fis alors vite semblant de dormir. Je sentais qu’elle m’observait. Elle va me tuer que j’me disais, elle va me tuer. Et puis, elle sourit, et elle dit d’une voix langoureuse : « Je t’aime. » Je ne pus m’empêcher d’ouvrir les yeux : « Mais non tu ne m’aimes pas ! Ce n’est pas toi qui aime, mais quelque chose en toi, enfin merde c’est pas pareil, que je lui explique, tu comprend ; et d’ailleurs ce n’est pas moi que tu aimes, mais ce que je représente pour toi, espèce de conne, va ! » Je ne pus finir qu’elle était déjà toute habillée et qu’elle s’en allait dare-dare, haineuse, gémissante ; je voyais bien que je m’étais emporté. Je tentai de la retenir « Mais si je t’aime ! » « Je t’aime ! C’était une boutade ! Aaha ! J’suis un marrant moi, t’inquiète pas ! » « Enfin je ne t’aime pas mais via moi, enfin c’est presque pareil, il y a quelque chose en moi qui t’aime très fort, c’est tout, mais je peux pas trop t’expliquer parce que c’est inconscient tu vois….» Elle avait claqué la porte. C’est alors que je sentais bien que, via moi, j’avais fait le con.

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Publié dans Journaux intimes

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A
Votre "fine analyse" n'a en réalité, et vous le savez bien, rien d'innovant . Votre discours est précisément celui que tenait Schopenhauer dans "Le monde comme volonté et comme représentation" il y a déjà 2 siècles de cela . Rendons à César ce qui est à César camarade !
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A
Très juste . Il y a aussi un peu de Pascal : nous n'aimons jamais d'autrui que des qualités , puisque le "moi" est inaccessible .