Le Carpatisme - Les beaux jours et le déclin

11.
Carla Bruni, la liberté et ce qui en découle. Je ne saurai l’expliquer, mais lorsqu’il m’est loisible d'ouïr à tout hasard le crescendo courroucé du Boléro de Ravel, me viennent en toute hâte des préoccupations sur la liberté. Ainsi vois-je dans le résonnement diffus de la ritournelle infinie et retentissante une conquête permanente, un incessant déploiement de liberté qui n’en finit plus jusqu’à que, finalement, tout retombe, tout s’arrête, au bout de quinze minute. Mon dieu, me dis-je alors alarmé, la liberté aurait-elle une limite d’acier qui la rompt dans un éclat tonitruant ?! Tomberait-elle dans un gouffre brusquement, sans prévenir ? Eh bien il n’est pas faux de noter qu’après une quelconque révolte, tel mai 68 pour établir une fort habile transition, entraîne une libéralisation de la société du fait qu’on libéralise un peu plus les institutions afin que l’individu puissent jouir, en bon hédoniste, du divin plaisir. Mais voilà que, une fois conquises, ces libertés, il n’y a plus lieu de se révolter à nouveau. Et alors ? Eh bien la liberté disparaît puisque l’individu s’endort, il n’a plus même de cette volonté qui l’avait poussé à vaincre. Ainsi il devient bien le dépendant absolu et inaliénable de la loi, perdant toute responsabilité. Et la responsabilité, n’est-ce pas la liberté ? Mais comme je m’aperçois soudain que j’ai cité plus haut le nom de la première et non moins admirable dame de France, je me dois de procéder à une légère digression politique, ou du moins, sarkozyenne. Car en effet ai-je entendu par hasard que notre président avait l’ambition de faire de notre démocratie une « démocratie irréprochable. » Je ne rechigne point. Pourtant, à peine avais-je entendu cela que je décidait de sortir faire un tour dans les rues d’un charmant quartier où j’ai mes habitudes, lorsque instantanément - je ne m’y attendais pas - je tombe nez à nez avec une caméra de surveillance qui me regarde droit dans les yeux ! Effrayé par cette déconvenue, je me réfugie alors dans un bar tout à fait proche. Un peu étourdi par ma vision toujours présente, j’allume sans y prêter attention, pour ainsi dire machinalement, une cigarette. Et là ? Tous les regards se tournent vers moi. Et la propriétaire me vire fissa ; elle était même sur le point d’appeler les flics. Et je me retrouve à nouveau face à la glaciale machine qui me scrute encore. Et ma liberté dans tout ça ? Car le principal problème de la surveillance continuelle où qu’on soit, que se soit par l’intermédiaire du téléphone portable, de l’ordinateur ou du sèche cheveu, c’est qu’elle est déguisée. Ainsi j’aurai beau frapper mon ordinateur et égorger mon sèche cheveu, je n’en serai pas moins épié. D’ailleurs de ce mode d’observation peut naître la plus grande paranoïa. Qui m’observe ? Et m’observe-t-on d’abord ? Bref, personne ne se révolte parce que finalement notre liberté ne nous semble pas menacée du fait que l’ordinateur, le portable, le sèche cheveu nous apportent une liberté accrue : je peux téléphoner de partout, surfer partout dans le monde ou me sécher les cheveux.
12.
La liberté et les cons (généalogie d’une incompatibilité). Les cons se caractérisent par une incapacité totale à vivre sans lois. Ils sont effectivement de fieffés irresponsables. D’ailleurs ils nagent dans le bien-être. Ils sont satisfaits. Pourquoi donc se révolter puisqu’on est dans le plaisir se disent-ils (où ne se disent-ils pas, d‘ailleurs). Oui mais vous n’êtes pas libres bande d’ignares ! Vous êtes un peuple muselé. En vérité vous n’êtes garants d’aucunes résistances, au contraire, vous êtes les produits moraux des institutions libérales qui ne le sont plus. L’homme libre, le carpatiste, serait donc celui qui est toujours en lutte, qui ne satisfait pas dans une position établie et qui trouve sa jouissance dans le combat et non dans le repos moribonds des âmes scélérates. Vous en conviendrez, les cons sont des salauds !