Les Carnets du dictateur, l'insomnuit
25 de avril
Je l’ai ! Et je l’aime ! Ma dictatrice. Une femme longiligne, folâtre, le visage rouge sang, et surtout, ô suprême qualité, une cruauté ! Quelle cruauté ! Néronienne en tout point. L’être exquis, je le dénichais quelque part dans les irascibles tentacules urbaines peu de temps après mon arrivée en ville. A peine l’eus-je découverte que je l’entraînais à l’Hôtel de la pègre où nous discutâmes de nos aspirations communes. C’est là que m’apparu sa scélératesse mais surtout son si doux penchant féroce. Ainsi elle me fit part de son admiration pour Pol¹ (son idole) qui avait eu une grande influence sur elle et notamment durant sa jeunesse quand elle suppliciait déjà ses parents accablés. Ce qui est sur c’est qu’elle en savait long. Une vraie esthète. Je crois même qu’elle me dépassait, et de loin, sur ce plan là ; je parle bien entendu de sa culture générale. Pourtant, elle me dit qu’elle cherchait du travail et en profita d’ailleurs pour me prier de l’aider. Comme je l’informai de ma quête épique, elle comprit que j’avais pris, ces derniers temps, un peu de retrait avec le milieu despotique. Je lui ordonnai alors de me suivre au bar. Elle le fit et je soupçonnais à la vue de son visage malicieux qu’elle aimait bien se faire ordonner. Oh ça oui, qu’elle aimait. Une vraie despotomane. Nous commandâmes deux long-drink et quand l’alcool nous enhardie, nous devînmes beaucoup moins distant l’un de l’autre. Alors elle sortit de son portefeuille des photos de jeunesse. Et une notamment lorsqu’elle s’était fait pousser la moustache pour ressembler à Joseph². Bien que je ne sois pas spécialement stalinien, je lui signifiai ma grande admiration pour sa beauté charnelle. Mais comme il s’agissait d’une photographie de jeunesse et donc fort ancienne, elle se vexa et pensa que je la trouvai, aujourd’hui, beaucoup moins jolie, c'est-à-dire, fort laide. Je lui dis que cela était possible. « Eh bien, je vois que j’ai affaire à un platonicien précoce ! » répondit-elle âcrement songeant que seule l’esthétique intérieur m’intéressât. Son visage était de plus en plus nervuré à mesure qu’elle réfléchissait sur mon compte. « Tout ceci n’est que calembredaines, my love ! parlai-je alors esquissant un sourire sarcastique, bien que ce qui me plait chez toi, c’est Néron ! » A ces mots, elle rougit et voulu parler.
« Ce pourrait-ce que……
- Oui, répondis-je ?
- Ainsi vous l’avez perçu…
Elle parlait bien entendu de sa cruauté néronienne que je citais plus haut et qu’il est vrai, avais-je immédiatement saisi. Nonchalamment, nous remontâmes dans la chambre tout deux comblés avec comme seul envie le coït inéluctable. Je désirais alors ardemment, introduire mon spectre autocratique dans son espace vital. Bien sûr elle accepta parce que je l’ordonnais sans doute. Elle plaça toutefois une condition, que durant l’orgasme je la surnomme Néron et qu’elle m’appelât Philippe³. Hélas, j’en fus impuissant.
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¹ Pol Pot (1925-1998)
² Joseph Staline (1878-1953)
³ Philippe Pétain (1856-1951)