Le Syndrome du pisse-mémé

Publié le par Jovialovitch (à Clarinesse avec mes excuses)

         Homme de lettre à la vaste érudition, Odilon Teyssier aimerait que l’on dise de lui qu’il est un écrivain. Mais hélas, « scribouillard » le définirait mieux. En effet, ce logographe raté est unanimement considéré par la presse, les gendelettres et les lecteurs comme un indécrottable écrivaillon de bas étage. Une situation insupportable pour celui qui se voyait comme le Stendhal du vingt-et-unième… Un jour qu’Odilon Teyssier pleurait sur le génie qu’il n’avait pas en lui, il envisagea soudainement un idée éclatante dont la furieuse nitescence allait à coup sûr faire lui l’auteur pénétrant que les hommes positionneraient pendant des siècles dans leur bibliothèque entre Shakespeare et Goethe !...
       Son idée était on ne peut plus simple, et rendait le génie créateur aussi accessible qu’une vieille chaussette décrépie s’étiolant mélancoliquement sous les lattes jaunissantes d’un lit de jeune fille flétrie par une existence psychiquement conçue pour l’atroce souffrance propre aux éternels insatisfaits. Odilon Teyssier en riait de bon cœur : il fallait qu’il se mette à boire comme un trou, à godailler furieusement, à ivrogner du feu de Dieu, à s’aviner la glotte à la polonaise, et à se mettre sur la courge à la santé de Louis VI le gros. Son but était simple : il ne devait plus écrire qu’enivré, sa plume devait suer la blancas et l’Absinthe, suinter la pompette et empester la vinasse ! Et pourquoi, après tout ? Mais pour avoir le génie de Rimbaud et d’Apollinaire !

     Echec retentissant que cette expérience : non seulement, Odilon Teyssier n’écrivait pas grand chose une fois plongé dans l’ivresse (puisqu’il dormait) ; mais en plus, ce qu’il contait n’était pas fameux : cohortes désordonnées de mots sans queues ni têtes, pléiades laides qui roulaient bruyamment sur la vulgarité repue d’un rond de pelle alcoolisé... Il changea donc de tactique, et essaya la drogue, histoire de suivre Malraux, Baudelaire ou toute la trique des hachichins.... Pareil : suites longues et funeste de mots gutturaux, qui cette fois présentaient la particularité de ne pas exister dans le Littré...

       Consterné, Odilon Teyssier ne s’en découragea pas pour autant. Il se mit à l’homosexualité. Après tout, Proust, Montherlant, Wilde, Truman Capote, Jean Genet… tous de la jaquette ! Sa décision était prise ! Quelque semaine plus tard, tout le Paris homosexuel lui etait passé dessus, et pourtant, pas une belle ligne d’écrite ! Rien, aucune souffle, aucune inspiration, du mou, du réchauffé, de la littérature pour salle d’attente ! « Peut-être que c’est parce que je suis pas allé assez loin ! » se dit-il un jour. Et il alla plus loin : devenu sado-masochiste, dévergondé, dépravé, oubliant toute moralité, s’adonnant au plaisir les plus scandaleux, il voulu atteindre le génie sulfureux de Sade, d’Henry Miller ou de Pauline Réage. Mais là encore, rien n’y faisait : que du morne, de l’amère, du pas mûre. En dernier recours, il s’essayait à l’antisémitisme… « Après tout, les grands le sont souvent : Céline, Schopenhauer, Voltaire, Kant… Tous des anti-juifs chevronnés ! » 

       Encore un raté, naturellement. Remarquons que c’est avec ce genre de raisonnements sophistiques que l’on fait d’un petit écrivain raté…un alcoolique, drogué, pervers plongé dans le stupre et incarcéré pour incitations à la haine raciale. Aussi, pensant devenir par là un grand prosateur tel qu’Hemingway, Gérard de Nerval, Primo Lévi, Romain Gary ou Stefan Zweig, Odilon Teyssier se suicida dans  sa cellule, oubliant que la littérature, ça ne s’apprend pas.  

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Publié dans Nouvelles enivrées

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J
Et ça ne s'imite pas non plus...<br /> Surtout si on considère qu'un GRAND ecrivain, ça n'existe pas, il y a surtout des écrivains célèbres.<br /> C'est très occidental ça, que de croire que tout est le résultat de l'application d'une technique...
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B
Effusion (suite et fin) <br /> destinée à notre jovial hôte qui doit bien le rester et à notre Loïs à tous :<br /> J'vous adore. Parce que vous le valez bien.
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L
@Clarinesse : vous êtes belle quand vous faites de l'auto dérision :o)
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C
@ Loys 1 : Ah ben non, faut pas m'gronder ! Ouin ! (Et c'est r'parti)<br /> @ Loys 2 : Ben oui, là, j'avais quand même des circonstances atténuantes. C'est promis, j'vais copier cent fois : "Caliméro, c'est pas moi".<br /> @ Jovialovitch : Désolée encore pour avoir semé la zizanie. Le hiatus entre le patronyme du héros et le propos était d'autant plus déconcertant que votre article allait bien dans le même sens que le mien.
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J
<br /> C'est moi qui m'excuse pour avoir involontairement cracher sur votre travail, en coiffant de votre pseudonyme mon médiocre héros. C'est là une erreur sans nom qui ne m'honore point...<br /> <br /> <br />
L
@clarinesse (bis)<br /> Flûte, je viens de lire les commentaires chez vous, donc ne tenez pas compte de mon premier commentaire, j'ai lu cet article avec le nouveau nom :o))
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