Génération Zapata (pièce tragique en IV actes)

Publié le par Jovialovitch

PERSONNAGES : Emiliano Zapata, Pancho Villa, Victoriano Huerta, Mémé.

ACTE I

 

Emiliano Zapata entre sur scène, il vient d’apprendre que Pancho Villa le trompe avec Victoriano Huerta.

 

 

ZAPATA, amer.

Ô pauvre mari déchu ! Intolérable tromperie ! Ô infâme jour ! Funeste heure ! Exècrerai-je encore pour l’éternité celui dont je souffre ! Pour l’éternité le hanterai-je comme un spectre cheminant. Dans son sommeil, dans sa mort viendrai-je, en succube soporifique, m’immiscer et entraîner souffrance infinie. Ô je rêve déjà de l’aube vengeresse et de la nuit constellée où les étoiles tomberont comme des lames étincelantes sur ses cris. Ô je rêve de ce jour où le ciel sera rouge et le soleil noir.

 

Pancho Villa entre, gêné.

 

 

Ô misérable ! Hors de ma vue, vil chenapan ! Voilà que tu ma cocufié ! Et par derrière qui plus est ! Ô déplorable et navrant personnage ! Sois maudit par mes objections éthérées en nuées d'invectives pernicieuses !

 

Zapata se met à pleurer.

 

Pense au moins aux enfants que nous aurions pu avoir !

 

 

VILLA, extatique.

Si tu avais au moins vu sa blanche moustache à Victoriano……..sa sublime calvitie ! Oh j’en chancelle encore ! Et je ne t’évoque pas sa paire de lunette ! Oh !!! Sa paire de lunette ! Toute arrondie ! Oooooooh……

 

 

ZAPATA, dans une colère folle.

Ferme cette bouche, porte des enfers, aux milles et unes  profanations blasphématoires ! Tu nous as trahi ! Trahi ! Ô Prince indétrônable des lâches et des revêches en tout genre, tu m’as….tu m’as tué ! A moi à présent ! A moi !!!!

ACTE II

 

Pancho Villa, seul dans une petite ferme retirée.

 

 

VILLA

Enfin puis-je dans ma douce métairie me la couler douce ! Enfin vivrai-je de jours heureux avec Victoriano, loin de cet emmerdeur de Zapata……..Il est pourtant vrai que je l’ai aimé comme j’ai aimé la réforme agraire ! Que je l’ai chéri comme je chérissais la réforme agraire et qu’il me chérissait comme si j’étais la réforme agraire. Mais où est passé cette âme que jadis j’aimais……..comme la réforme agraire ? Mais tout cela n’est que passé et commérages.

 

Emiliano Zapata entre discrètement derrière Pancho Villa, un couteau à la main, sur la pointe des pieds.

 

Où est-il à présent ? Dieu seul le sait. Encore en train d’incommoder une pauvre femme par je ne sais quelle mauvaise action ? Qui sait ! Des fois serait-il chez sa grand-mère ?! Ah oui ! le mardi, il va toujours chez sa grand-mère.

 

 

ZAPATA, avec force.

Plus un geste Pancho !

 

 

VILLA

Emiliano ?! Est-ce toi ? J'étais justement en train de parler de toi !

 

 

ZAPATA

Je vais te saigner comme un porc renégat !

 

 

VILLA

Mais que vas-tu faire, là ?! Tu ne le peux ! car tu condamnerais alors la mère et le père qui m’ont fait naître alors que je n’avais rien demandé à personne ! Tu ne le peux…..

 

 

Zapata plante grossièrement sa lame dans le dos du scélérat.

Silence.

 

ZAPATA, soulagé, grave.

Tout cela n’est que justice ! Et pourtant…. Un profond instinct me dit que je l’aime encore. Il était moi….. mais il a causé sa propre chute. Rien désormais ne peut plus l’atteindre sinon le sang et la vermine ! Ainsi périt en ce jour de Salut, Pancho Vi…..

 

Il regarde sa montre.

 

Nom de dieu ! Je vais être en retard chez mémé, moi !

 

Il sort.

 

ACTE III

Même lieu. Entre Victoriano Huerta.

 

 

HUERTA.

Pancho ! Pancho, my love ?! Où es-tu mon chou ?

 

Il découvre le corps ensanglanté de son chou.

 

 

Ô cruelle vision ! Damnation ! Sacrilège effronté ! N’y a-t-il donc plus aucune raison dans cette vallée de larme ?! Où es-tu pitié ? Pancho, toi, pourquoi t’a-t-on fait autant mal ? Cela me fout tout blême ! Sortilège luciférien ! J’y vois triple ! Mais….mais…..voilà une chose que je discerne parfaitement comme une amphore au soleil ! Oh, sournoise vengeance, c’est toi !

Il songe.

 

L’infecte être ! J’ai découvert le pot aux roses ! Ô mortelle pensée !

Que l’on m’éclaire ! Que l’on guide mes représailles !

 

Il se saisit du couteau de Zapata tout plein de sang qu’il trouve à ses pieds.


 

ACTE IV

 

Chez la grand-mère d’Emiliano Zapata, dans une ferme reculée.

 

 

Mémé

Alors fiston, comment que ça va aujourd’hui ?

 

ZAPATA

Mémé…..j’éspère que tu ne m’en voudras pas, mais…..j’ai tué Pancho.

 

Mémé

Ô sournoiserie ! Que déblatères-tu là avec suffisance ?! Pauvre bougre ! Pourquoi tel crime ?

 

ZAPATA

Comprend moi mémé, il m’a trompé ! Moi qui était tout pour lui et vice et versa !

 

 

Mémé

Petit garnement, va ! Je retrouve bien mon Zapata d’antan, tiens !

 

Victoriano Huerta entre par derrière sur la pointe des pieds.

 

ZAPATA

Comprend bien que de tout cela je ne suis point responsable ! Mais j’ai peur.

 

Silence.

 

Mémé

Ne t’inquiète pas, tu seras ici en parfaite sécurité….

 

Victoriano Huerta plante le couteau dans le dos de Zapata.

 

 

Mémé

Damned !

 

 

HUERTA

L’accomplissement final a ainsi eut lieu ! Mais….

 

Silence.

 

Qui vais-je devenir à présent ? Qui aura mon cœur ? Ô malheur !

 

Silence. Il regarde du coté de mémé.

 

Ô mémé ! Mémé ! Aimez-moi ! Je suis tout à vous, mémé ! Je vous en prie ! Je vous le conjure ! Ayez pitié d'un être seul ! Nous finirons nos jours ici, toi et moi. Nous ferons du tricot et nous jouerons au scrabble au coin du feu ! Ô mémé !


Mémé

Vous êtes un fieffé séducteur, ma parole. Aussi je ne renâcle point à finir dans votre édredon ! Alors c’est d’accord ! Je suis toute à vous !

 

Victoriano Huerta exulte.

 

Mais attention, à une condition !

 

HUERTA

Oui ?

 

Mémé

Que vous ne retouchiez plus jamais un poil du sombrero de mon p’tit fils !

Promis ?

 

HUERTA

Promis !

 

 

RIDEAU

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