Il faut sauver le prénom Adolphe
C’est alarmant, inquiétant, et ça semble inéluctable : le prénom Adolphe, est en train de disparaître. En 1908, il naissait sur le territoire français 586 Adolphe. Une siècle plus tard, il n’y en avait plus un seul. « A ce rythme, le prénom Adolphe ne sera plus porter par personne d’ici une vingtaine d’année», affirme les plus éminents spécialistes, qui par ailleurs s’interrogent à propos du violent délaissement subie par cet attendrissant nom de baptême : « c’est assez surprenant : on enregistre une chute vertigineuse de le popularité d’Adolphe à partir de 1945… » Et depuis cette date butoir, le déclin du prénom semble inaltérable. Un mystère sociétal qui passionne de plus en plus de sociologues, fascinés par une affaire mystérieuse qui semble trouver sa racine dans ce que certain appelle la « psychologie de la foule »….
Mais avant d’expliquer la chute de ce prénom, certains amoureux d’Adolphe, on entreprit de le sauver. Pour cela, une bande d’irréductibles, mené par Marcel Philibert, ont fondé la « ligue de défense et de promotion du prénom Adolphe » L’objectif est simple, clair et éminemment respectable : faire revenir à la mode ce magnifique prénom délaissé par des parents remplis de préjugés incompréhensibles. Le premier argument des Adolphistes, (c’est ainsi qu’ils aiment à être surnommés) est que ce prénom est très joli, et que son étymologie germanique est particulièrement reluisante : composé de deux racines, « adal » (noble), et « wulf » (loup), il évoque la pureté sublime, la dignité généreuse et la distinction élevé du roi de la forêt… La personnalité des détenteurs (chanceux) de ce prénom, par ailleurs très poétique, se résument par cette phrase, o combien enviable par tous : « Adolphe, celui qui brille » N’est-ce pas une folie de déconsidérer outrageusement ce magnifique prénom ?
Secondement, les adolphistes, réputés dévoués et charismatiques, distribuent des tracts et des messages publicitaires, dans lesquels les qualités sémantique de ce petit nom sont brillamment exposées. Par ailleurs, les grands Adolphe y sont présentés : pas moins de trois saints chrétiens s’appelaient ainsi, plusieurs grands hommes politiques de tous les pays, et aussi un immense roman de Benjamin Constant… Tous, font honneur à ce sublime prénom, aux vertus universelles : Adolphe, Adolph, Adolf, Adolfo, Adolfus, Dolfi, Адольф…. Voilà un prénom qui exalte les valeurs éthique et humaine à travers les frontières et les langues, dans une globalité tout rafraîchissante en ces temps de repli communautaire !
« Nous devons réagir ! » clame Marcel Philibert… « Ne laissons pas Adolphe se perdre dans la brume du temps qui passe ! Ne le laissons pas disparaître dans les affres odieuses de modes bâtardes et inamicales ! Luttons, pour sauver ce fleuron nominal européen d’un ignoble complot judéo-maçonnique qui vise à le liquider ! Nous devons sauver le prénom Adolphe, coûte que coûte, pour qu’à nouveau, fleurissent dans toutes les maternités du continent des Adolphe par milliers ! Sauvons Adolphe de l’extermination mes amis ! Car je vous le dis : la disparition du prénom Adolphe, et en fait un génocide ! Parfaitement ! »