Elle avait l'air beau

Publié le par Jovialovitch

         Son visage fin, long, et pur, exhalait lentement des sourires brumeux, des regards doucement nuageux et des rougeurs de nymphe fraîche éclose. Elle avait de gracieux cheveux ambrés, qui ondulaient comme des algues dorées sous les courants chauds des mers de corail, et qui s’achevaient lentement en des pointes essoufflées sur des épaules sablonneuse en forme de côtes guinéennes. Elle avait un corps chaste, brillant, des petits pieds d’enfant, et des mains blanches et habiles. En somme, elle était belle.
         Lui, il ne l’était pas spécialement. Mais sans être laid pour autant. Sortable, sans être sublime, séduisant sans être incomparable, il brillait plus par sa conversation et son esprit que par la pureté de son regard, au fond, bien conventionnelle. Auréolé d’un certain romantisme et doté d’un cœur qui s’emballe comme de rien, il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour qu’il trébuche amoureux d’elle. Ah ! Comme elle était jolie ! Comme elle lui plaisait. Son âme en était renversée, flottante, ardente, spumeuse d’un désir qui l’ébouillantait presque. Elle semblait cousue en son milieu par une folle adoration, dont elle souffrait comme d’une cicatrice tenace. Il était habité tout entier par cette dulcinée, il la sentait toujours en lui, comme un mélancolie. Ce n’était plus un sentiment qu’il avait pour elle, mais une sensation. Aussi légère que persistante, aussi vaporeuse qu’opiniâtre. Elle l’accompagnait sans cesse, comme une amertume au fond de la gorge, comme du bonheur dedans son cœur. Il était sous le charme, passionnée, mordu, lascif et pincé ; en un mot : amoureux.
        C’est donc dans cet état béat d’affection continue et non moins confidentielle qu’il vécut plusieurs années, nourrissant parallèlement dans son cœur entiché la crainte grandissante de lui avouer sa flamme, tendrement dissimulée des yeux d’autrui dans l’ombre de son torse velu. Conscient au fond de lui-même de la brûlante nécessitée de lui avouer ses sentiments fougueux, il entreprit un beau jour du mois d’Août de l’approcher. Car en effet, le culte grandissant qu’il vouait à la jeune fille ne reposait que sur la beauté glorieuse dont elle était si follement nimbée. Aussi, avait-il préférer entretenir de longs mois cet amour spontané, sans bouger, le garder fixé, brillant dans sa mémoire par l’unique souvenir qu’elle lui avait laissé, et qu’il entretenait seulement en l’observant de loin, de temps en temps. Elle était pour lui comme un astre sublime et reculé, que l’on regarde de loin à la lunette, en sachant qu’on n’y mettra jamais les pieds. Ainsi, était-elle doublement belle à ses yeux dévoués : elle était un mystère inaccessible, auquel il ajoutait une intériorité. Ce qui lui plaisait chez elle, c’est ce qu’il imaginait. Mais ça ne pouvait plus durer. Il fallait le lui dire.
        « Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! » C’est par ses grinçantes railleries que la jeune fille accueillait l’aveu de cette passion par le passionné lui-même. S’esclaffant bruyamment, boyautée de moquerie, elle humiliait, devant son céladon malheureux, l’amour qu’on lui portait. Il avait honte. Il avait mal. Celle qu’il aimait ne le méritait pas. De l’intérieur, elle sentait la souffre, et ne valait rien. Au fond d’elle-même, il s’en rendait compte, il n’y avait rien qu’un peu de vase. Voilà ce pour quoi il destinait une tendresse infinie. Voilà la beauté qui le rendait tout alangui… Une imbécile, méchante et vulgaire. Et ce qui le toucha le plus profondément, c’est qu’en se bidonnant, d’une façon aussi vexante que joviale, sa bien-aimée était encore plus belle…   

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Publié dans Nouvelles enivrées

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P
Continuez ainsi, on est loin d'en avoir plein le dos...
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L
Ah oui, Flaubert, bien vu !
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C
Jusqu'au dernier paragraphe, je trouvais que ce portrait de moi était assez réussi...<br /> Ah bon, c'était une autre ? Tant pis.<br /> Que dit-on dans ces cas-là ? D'aller se rhabiller et de sortir ?<br /> <br /> A Loïs : Je m'en voudrais de répondre à la place du Maître, mais il semblerait qu'on retrouve là les accents des grands du XIXe, aussi bien Balzac que Zola ou Hugo ou Flaubert quand il pastiche lui-même les romantiques. N'est-il pas ?<br /> Quant au dos, c'est la thématique de la semaine, on dirait. Après Degas et Lautrec là-bas, voici Ingres ici(ou me trompé-je ?)
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L
Pardonnez mon inculture mais vous pastichez qui là ?
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