Aïdigalayou contre l'homme vulgaire
Accroupi Aïdigalayou rumine sa pensée avec frénésie dans un silence monacal. Soudain, il sent la présence au loin de l’homme vulgaire qui s’approche d’un pas vacillant.
AIDIGALAYOU
Quelle est donc cette maudite silhouette qui vient
De ce pas chancelant de et cette allure de moins que rien ?
Pourquoi faut-il qu’il trouble une fois de plus de son âme grégaire
Le penseur Aïdigalayou, ce maudit vulgaire ?
L’HOMME VULGAIRE
Penseur Aïdigalayou, accordez-moi une entrevue, je vous le prie et m’excuse auparavant d’avoir rompu votre état méditatif par mon insolente venue.
AIDIGALAYOU
Taisez-vous dont !
Et exposez votre sermon.
L’HOMME VULGAIRE
Sachez que je vous suis tout reconnaissant sieur Aïdigalayou, croyez-le bien ; et puis causer à un homme comme, que dis-je, un démiurge ! c’est pas….
AIDIGALAYOU
Ainsi donc vous n’en venez point aux faits ?
Faut-il que vous soyez un fieffé farfadet !
L’HOMME VUGLAIRE
J’y venais précieux Aïdigalayou, homme de l’ombre et des étoiles qui parsèment les cœurs, homme de savoir, errant nervalien, homme de goût, toi qui reste immobile pour te mouvoir, j’y venais.
C'est-à-dire qu’il y a là-bas au village une femme qui m’aime follement. Hélas, sa grande timidité l’empêche de me l’avouer.
AIDIGALAYOU
Tout cela est fort indisposant
Et me plonge dans un profond tourment
Ecoutez, ne jouez point les misanthropes
Et emballez-moi cette foutue salope !
L’HOMME VULGAIRE
Seigneur Aïdigalayou, la verve vous égare ! Renseignez-moi plutôt, prophète amphigourique, comme puis-je me sortir de cette inopportune et triste situation.
AIDIGALAYOU
Etes-vous au moins sur qu’elle vous aime
Cette belle et charmante bohémienne ?
L’HOMME VULGAIRE
Comment ?! Comment osez-vous douter de cela, Maître Aïdigalayou ?! Comment pouvez-vous professer telles calembredaines ?
AIDIGALAYOU
Ecoutez, si elle ne vous dit rien,
C’est qu’en vous, elle n’aime rien !
N’allez pas chercher de la timidité
Là où il n’y a que haine et satiété
L’HOMME VULGAIRE, bouleversé
Mon dieu, me voilà bouleversé ! A la place de son cœur avec le mien encré, n’y a-t-il qu’un affreux vide ? Moi qui croyait qu’elle ne vivait que pour moi ! J’ai été trompé par je ne sais quelle entourloupe satanique ! Aïdigalayou, à présent, tranchez dans le vif, saignez-moi comme un porc ; ne voyez-vous dont pas que je ne mérite plus de vivre ?
AIDIGALAYOU, flegmatique
Partez, pauvre inconscient,
Abusez d’elle si c’est tentant,
Mais surtout ne me faites pas faire l’irréparable
Saisir ma lame pour la planter, vous seriez incurable !
L’HOMME VULGAIRE, sanglotant de souffrances illégitimes
Regardez plutôt, mes sanglots sont de souffrances. (En hurlant) De souffrances illégitimes ! Fuyez-moi Aïdigalayou, tuez-moi Aïdigalayou, mais surtout, ne restez pas là. (Il hurle encore) Assassin vous ne serez point ! je vous le dis Aïdigalayou, mais, mon libérateur ! Oui, affranchissez-moi au lieu de praire délicatement loin des pensées des autres ! AHAHAHAHA ! Maudit Aïdigalayou, déshabillez-moi de ma chair humaine et médiocre, égorgez-moi ensuite et je vous enverrais une carte postale de remerciement depuis l’Au-delà. Je vous le prom…..
AIDIGALAYOU, plantant sa lame dans le ventre de l’homme
Ainsi périt L’homme vulgaire,
Et son impie âme grégaire.
Je peux me replonger dans l’immanence
Car enfin ai-je abrégé mes souffrances !