Je suis Poutou

Publié le par Jovialovitch

Couloir.jpg       « Bon dieu ! 15 h 40, qu’ils disaient ! C’est déjà moins dix que j’attends toujours ! Mais enfin qu’est-ce qui foutent ? » se disait l’anxieux candidat, tendu et soucieux devant cette verte porte qui demeurait close… « Et mon oral, je le fais quand ? » Le candidat en était tout fripé d’inquiétude, de ce retard insupportable, il en était nimbé, angoisseux, d’une mortelle impression d’oppression… « Je sens que je vais tomber sur le texte que je connais pas ! » Yeux piquant de tristesse, mains tremblantes, visage pâlot, mine livide, il attendait fébrilement son tour, en tournant sans but dans les couloirs… L’angoisse était d’autant plus forte qu’une sorte de récepteur électronique machiavélique repérait systématiquement chacun de ses mouvements, et enclenchait machinalement la lumière du couloir… Un geste de trop : et hop, tous les néons s’allumaient brusquement en une symphonie pianistique, froide et perlé, qui effrayait notre héros…

       Oh ! La porte s’ouvre ! Il en sort un candidat ! Il n’est pas heureux, c’est certain… Notre candidat veut rentrer à son tour… On lui dit que non : « Encore cinq minutes » Il ressort… face déconfite. Il s’éloigne, un groupe de ses connaissances arrive à sa rencontre « Ben merde alors ? Tu n’es toujours pas passé ? » L’autre explique qu’un retard de trois quarts d’heure s’est instauré par rapport au planning… On le plaint sincèrement… Pis on va pisser un coup. Le candidat est de nouveau tout seul… Il attend… C’est long… bon dieu que c’est long ce bordel… Son ventre, il le sent lourd… Y’a quelque chose dans son torse, qui semble vouloir sortir, bouger, une bête vilaine, une tumeur qui s’agite, qui ondule toute papillotante : l’inquiétude…

       Derrière lui, il perçut une présence. Il se retourne, c’était une autre de ses connaissances. Elle était toute seule, elle. Elle semblait contente… « Alors ? Y’a du retard ?… » qu’elle lui demande gentiment, en un sourire candide qui lui fit oublier l’espace d’un soupir son appréhension tenace… Il n’a pas le temps de répondre qu’elle lui demande chichement, comme ça, s’il veut un « poutou»… Ah ! Ben ça alors, il était tout surpris, sidéré, ébouriffé notre candidat…stupéfait, de cette enfance… Quelle jolie candeur quand même : elle lui dressait son visage, en joignant loin devant ses deux lèvres rose lilas de chine, et en fermant langoureusement ses paupières légères… Sans réfléchir, notre candidat, il lui tend sa joue, en souriant… Elle lui dépose câlinement ses deux babines bariolées sur le visage, et bisoute doucement, en un Smac énamouré, qui lui enleva toute sa peur… C’est doux, c’est osé… Il sent ces deux lèvres pliées posées sur sa pommette… Cette caresse furtive, légère et éphémère, rien d’autre qu’un doux signe naïf d’amitié, tendresse anisée en flonflons à la française…

       Ah !... il en était léger, le garçon… elle retira ses badigoinces pulpeuses, et s’en alla… le laissant tout seul, pas un mot, rien, juste, un bon gros bisou, pour le courage… ça avait été furtif, mais c’était mignon… Il avait plus une pinte d’angoisse… il était sûr de lui, tout à coups, fier comme un prince… Toute de même, quelle audace… Quel culot ! C’est exaltant ! A peine un instant après, c’était son tour… Il y allait, à son oral  : « nom de dieu, ça va chier ! »

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Publié dans Nouvelles enivrées

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C
C'est ballot, j'ai beau avoir reçu 5/5 les leçons du Nouveau Roman et les critiques structuralistes, j'avons encore bien du mal à ne pas chercher l'auteur derrière le narrateur. Alors je prends quand même le risque du ridicule en exprimant ici l'espoir qu'il les a eus, ceux de l'oral. (Merci d'effacer le message s'il est vraiment nul et non avenu.)
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L
Aaaaaaah, la magie du baiser qui guérit :o)
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