Dans les effluves malodorantes...

Publié le par Jovialovitch

ReEfK2_mouche.jpg     Dans les effluves malodorantes d’un water-closet fort fréquenté, s’étale et s’étiole la vase fangeuse… elle est partout : au fond de cette vespasienne d’inspiration turque, contre les murs maculés de giclures merdeuses, sur le carrelage souillé d’urine verdoyante, et même dans la petite fenêtre fermée, discrète et perchée haut, au sommet du sombre cagibi miasmatique de ces pouacres toilettes publiques … Il y a là, dans ce cabinet nauséeux, la pestilence au sommet de son art, rejeton champi de truanderies abominables… Des énormités fécales, bourrées et visqueuses de dégoulinures gluantes, charognes excrémentielles d’où s’échappent des bataillons de larves glutineuses qui voguent sautillantes d’étrons volumineux en raclures de vomissures… On y a chié, on y a pissé, on y dégueulé, on y saigné… porcherie sans gênes, jarre de Diogène, boiton à déjections et antre de la pourriture : ce chiotte empeste, à plein nez ! Pouah… Une fumée, nidoreuse et empoicrée s’échappe de ces sales selles, plâtreuses et composites, aux différentes teintes fienteuses : il y a là de la matière louable, bien rocailleuse, ferme et noire comme l’ébène, mais il y a aussi de la chiure écumeuse,  liquide et liquéfiée, comme celle d’un laitier…

      Ah ! Immondices !... Saloperies… Odeurs cramoisies ! Résultats barbares de parturientes tumultueuses ! Œuvres intestinales, échappées rectales, fulgurances anales dans cette caverne fécale ! Tout était là, l’horreur poreuse pleine d’exhalaisons… On se serait évanouit, tant ça puait là-dedans… Tant ça grouillait de vie… aussi ! Combien de vers laids ? Combien d’esches blèches et de vermisseaux chiches ?... Ce fourmillait de bestioles engloutisseuses, qui s’empiffraient de toute cette merde… Blanchâtres, luisantes et suantes, tatillonnant guillerettes dans ces montagnes répugnantes… Elles se tortillent, les horreurs, elles barguignent leur longue queue glaireuse dans tous les sens, les goulues, elles se roulent joyeusement dans cet océan débagoulé… Sacrés vermines… Elles dominent, les véroles, elles sont nombreuses dans ses engelures à patauger dans la bourbe…

        Mais les séraphins, les archanges maudits qui volettent en volute au dessus de cette fielleuse fange, qui survolent cet épais liquide comme autant de nuages sordides : ce sont les mouches ! Brrr ! Mouches à merde ! Diptères damnés luisants de couleurs fluorescentes… Elles sont jaunes vifs, elles sont vert émeraude, elle sont bleu purpurin ou rouge écarlate… ces cohortes colorées de bipennes bariolées !... elles se posent, sur ces pêches énormes, sur ces caques coquettes, sur ces biquettes colossales, et elle se frottent les mains… Ces maîtresses des aires, qui se posent sur terres… et « A table ! » Elles bouffent tout, les parasites, elles s’empiffrent, les pouilleuses, elles gobichonnent des paquets entiers de viles abjections, les crevardes, et se les enfoncent loin dans leur gorge, dur sur la glotte et gros sur la patate !... Ca mastique… Pleine figure, plouf !... Elles pignochent fermes !... les babines barbouillées de mouscaille. Faut s’emplir et se beurrer la raie.

         En ce moment même, dans ce lieu terrible, il y en a deux… Deux de ces mouches, qui boustifaillent, assises sur un gros tas merdeux. Elles sont là, soupant, sans savoir qu’allait avoir lieux le plus intense moment dramaturgique de l’histoire des mouches… Elles fricassent joyeusement leur limon fameux à la sauce urineuse, elles ingurgitent follement des dizaines de vers, se roulent joyeusement dans la crasse humaine… au dessert, y’aura du vomi : quel gueuleton ! Quelle bombance ! De la bonne et pure merde, du vomissement de derrière les fagots, de quoi picorer copieusement… Et cette pisse, qui dort, qui roupille, mais qui pétille ! Ah, qu’elles sont heureuses de l’avoir trouvé cette latrine ! Le pipi-room paradisiaque !...

         C’est là, dans ce décor abominable, luisant des veules senteurs de la flétrissure cadavérique, au milieu de toute cette merde, de ce vomi entassé comme une merveille du monde, de cette cuvette maudite où refoule la bile fumeuse d’égouts dégoûtants, dans cet antre châtré où gît putréfiant le bulbe même de la colique humaine, que la panse bien remplie, l’une des deux mouches ne peux retenir un puissant rot guttural, violente éructation venue du fin fond de sa chieuse tripaille : « Rhôôôôô ! » fait-il soudainement… Et la seconde mouche de répondre, outrée  : « Pas à table, Simone ! T’es dégueulasse ! »

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Publié dans Nouvelles enivrées

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S
Bouh !
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