Les Carnets du dictateur, le retour du Monomaniaque

Publié le par Jovialovitch

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12 de mars

 

            « Non ! Laisse-moi dont en paix ! Laisse l’air pur de la quiétude matinale et la rosée fraîche de l’aube distendue m’envahir les sinus ! Ne me regardez pas ! » Ce furent à peut près les paroles que je prononçai sur la moquette de ma chambre à l’intention du Monomaniaque étendu sur mon lit. « Rendez-moi mon lit, maraud ! » hurlai-je dans des postillons de haine. « Vous allez voir si je me lève ! » Mais quand bien même aurai-je voulu me relever, mes maux plantaires me figeaient sur place et rendaient impossible tout équilibre bipède. Mais ce qui m’obsédai avant tout, c’était bien ce retour impromptu et fort curieux du Monomaniaque, lui que j’avais vu sous mes yeux blafards, se décomposer, rendre l’âme à son propriétaire, et ce, il y a une semaine. « Comment se fait-il que vous soyez de retour ? » m’enquis-je alors.     Lui adressant cette parole sur le ton de l’incompréhension totale, je revis surgir de son visage ce regard qui m’avait hanté jusqu’au stade le plus évolué de sa désintégration corporelle, ne cessant de me fixer. Ces yeux donnaient, je m’en souviens, le même effet qu’un tableau ou qu’une photographie, où quelque soit l’endroit où vous êtes, il vous fixe incessamment (et dieu sait si ça a le don de m’énerver !). Je ressentais à nouveau cette périlleuse sensation. Mais m’étant rendu compte, après ces moults réflexions qu’il ne répondait point, - insolent qu’il est ! - je réitérai ma question : « Pourquoi êtes-vous revenu ? Et comment avez-vous fait surtout ? » « Je crois que vous savez autant que moi pourquoi je suis revenu ! » dit-il avec un calme dans une voix ensorcelante. « Parce que vous voulez me tuer, c’est ça !? » « Certes, mais surtout je veux vous aimer. » « Enfin M. le Monomaniaque, quand ce jeu finira-t-il ? Je sais bien que vous m’aimez, je sais bien aussi que vous voulez tuer celui que j’aime, et qui se trouve être moi, moi qui m’aime tant, mais cela vous gène-t-il vraiment ? » Et il répondit : « Je ne pourrai vivre dans l’adultère, vous le savez bien.»

            « Bon je vais être clair, sachez que je n’aime guère vos pratiques et que vous m’êtes guère rassurant. » lui fis-je comprendre sur un ton barbare mais néanmoins nécessaire. « Ainsi c’est cela. » fit-il dans une déception singulière ; mais je ne m’en laissais pas compter. « Exact ! Et si je voudrai être méchant, je vous dirai aussi que vous êtes plutôt laid et particulièrement abruti, je vous dirai aussi que le mépris que vous m’inspirez n’a d’égal que l’ampleur de votre grossière face qui s’abaisse à des lieux de l’esthétique même de l’être humain, enfin je vous dirai aussi que si j’ai pu en rencontrer des cons, des comme vous, jamais ! Mais je veux pas être méchant alors estimez-vous heureux. » A ma grand stupéfaction la lueur qui vibrait jadis dans ses pupilles s’effaça et il chiala comme une mauviette. « J’ai du y aller un peu fort » pensai-je devant ce spectacle pathétique. Il est vrai, je dois bien confesser ici, j’eus pitié de lui. Alors, je voulu le consoler : « Mon p’tit, eh, pleure pas dit donc, tu vas t’en remettre, tu rencontrera d’autres fe….., enfin d’autres personnes que tu aimeras, hein ? et puis un jour tu te marieras et puis tu seras heureux. Je viendrai à ton mariage si tu veux. Aller, maintenant, tu vas rentrer sagement à ta maison et tu pourras toujours me regardez par la fenêtre de ta chambre si tu me chéris tant. Hein ?! Aller, c’est où que ta mal ? Au petit doigt ?! Aller bisou magique, voilà ! Ouste maintenant ! » Ses sanglots se firent plus intenses mais il se leva de mon pauvre lit. Debout, il bougea sa main droite puis sa main gauche, son bras droit et son bras gauche, comme pour s’échauffer. Il tourna ensuite sa tête dans plusieurs directions effectuant des rotations et fit de même avec son bassin. Bon dieu, mais qu’est-ce qu’y fout, me dis-je, encore allongé sur le sol. Puis, il se prit les mains, les tourna tout azimut, et fini par faire tourner ses pieds posés sur leur pointe. Quand il eut fini, son regard était inondé de larmes chaudes et piquantes. Il se mit à marcher en direction de la porte et murmura : « Bon, d’accord…. » répondant ainsi à mon invitation avec malgré tout un temps de retard que je ne trouva pas du meilleur effet. Mais bref, il se dirigea vers la sortie dans une vélocité oblongue. Quand il passa à coté de moi (toujours immobile en proie à mes souffrances aux pieds), son faciès devint hargneux, et en une seconde il était devenu tout provocant. Il se jeta sur mon pauvre corps flapi, poussant un hurlement criard. Il me flanqua des poings dans la gueule avant que je le repousse comme je le puis. Je ne pouvais en tout état de cause faire usage de mes pattes, alors je le mordit et lui tordit les bras, et la tête (alouette !). Au bout d’un moment, j’allais sûrement en finir quand une armée assurant ma défense brisa la porte et ligota le Monomaniaque en moins de deux. « On en finit ? » me demanda le général. « Cela mènera à rien. Laissez-le rentrer chez lui. » affirmai-je dans mon infinie bonté, les poings serrés, le visage en sang. « A vos ordres ! »

            Sa blême silhouette s’éloignait, j’étais plongé dans mes pensées. Je pris seul la parole : « Ca y’est, tout cela est terminé. Etait-ce Marcel Belliveau ? en tous cas, j’ai du lui taper dans l’œil. Mouais, il avait l’air sacrément épris le gonze. Enfin pour l’instant, vaudrait mieux l’oublier. Ca pourra me faire que du bien. Epuisons ses histoires ! » A ma grande surprise, je parvins à me lever, mon mal de pieds étant plus supportable. Je vis que la neige tombait dehors. Je me dirigeai lentement vers la fenêtre, et quand je repoussa les rideaux de ma grand-mère, et essuya la buée glacée du carreau, m’apparu soudain, à sa fenêtre là-bas, au loin, le Monomaniaque, m’observant, immobile. Je refermerai les rideaux avec précipitation, stupeur ! et l’épiant au travers, j’avais encore l’impression qu’il me distinguait. Son regard semblait même dire : « Il reste du gigot au frigo. » « Oui, je sais !!! »

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Moi les regards suiveurs des tableaux me fichent la pétoche.
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