La Panne et la Truffe
En direct des Impromptus Littéraires
Evariste Faluche, c’est un amoureux des bêtes. C’est bien simple, il les adore. Chez lui, il a un chien, Bilbo, qu’il s’appelle, c’est un bichon frisé. Mais il en a qu’un ! Un seul, c’est tout. Pas plus… parce que trop de bêtes, ça tue les bêtes… C’est Spinoza qui l’a dit… En somme, faut pas en abuser, des bêtes, c’est comme tout… Mais attention, il s’en occupe bien, de son chien, Evariste…déjà, il le nourrit copieusement : il a toujours de la bonne et pure bidoche, matin, midi et soir…des os qu’on diraient tombés du ciel… et une eau pure et cristalline dedans sa gamelle. Alors c’est vrai qu’Evariste Faluche, il habite en ville, dans un appartement… Et les chiens, ils sont malheureux enfermés… Mais c’est un bon maître, et il le sort souvent, longtemps, et tous les dimanches, ils s’en vont tous les deux gambader frénétiquement dans la campagne… Le petit Bilbo, il est heureux comme une quenelle ! Il dort toute la journée, il bouffe comme un lampion et dès qu’il lui prend une furieuse envie de pisser, hop, il se retrouve dehors ! Ca se voit qu’il est prospère ce chien : il a la queue toute frétillante et la truffe qui scintille… Evariste, ça lui plaît de le voir comme ça, son unique chien… Et c’est toujours avec plaisir qu’il l’emmène se promener, le soir, dans les rues humides, pendant que les gens regardent la télé…
Un jour, justement, Evariste, il l’appelle son chien, « Blibo ! Bilbo ! » qu’il l’appelle dans le couloir… Mais le chien, y vient pas. Tout de suite, ça le turlupine menu, Evariste : d’habitude le clébard, il vient tout de suite !... alors, il va voir la couchette du petit molosse, et il le trouve, couché, avachi, alangui et allongé comme une feuille d’automne… « Bilbo ! » qu’il soupire, Evariste, en s’approchant de ce petit corps poilu en blanc… Le chien il bougeait plus. Mais il respirait, faiblement… Il n’était pas mort ! Mais pas vivant non plus : il était en panne ! Evariste, il paniquait : « comment que je vais le réparer ? » Il le caresse, il le soulève, il le secoue dans tous les sens, rien à faire, le chien, il est inerte, en léthargie, comme assommé… « C’est bien ça, c’est une panne, qu’il pense tout de suite… Ah ! Il en était tout inquiet ! Il va chercher les papiers… Merde, la garantie était expirée ! Il allait falloir qu’il banque ! Et pour un défaut de fabrication, en plus !... parce que son chien, il lui était rien arrivé de mal. Ah, c’est vraiment énervant tout ça ! Pff ! Qui sait qui allait lui tenir compagnie maintenant ? Et puis de qui il allait s’occuper, lui, maintenant ? A qui il allait faire faire un gros pipi, et un petit caca ? Hein ! Pouah ! Il aurait du faire un gosse ! C’est plus cher, mais au moins, ça marche pour de bon !
Enfin tant pis, il décide de l’emmener chez le réparateur. C’était bien ça : défaut de fabrication… C’était fréquent sur cette série… Les bichons, c’est parmi les plus fragiles ! Ah, quel manque de pot ! « Ben réparez-le le plus vite possible !... qu’est ce que vous voulez que je vous dise ? » qu’il lui a dit au réparateur… Ca allait durer une semaine, le temps de remplacer le pièce, et pourquoi pas, de rafraîchir les douilles, nettoyer les esgourdes et laver le museau… Evariste Faluche, il en était pas content de cette histoire, ça arrive à personne ce genre de panne, faut toujours que ce soit pour sa pomme ! Et puis, comme il allait s’ennuyer, sans compagnie !
Une semaine plus tard, on lui rendait son chien, en était de marche… La machine à crotte était de nouveau bien rodée… Mais il avait fallut la reformater… il avait tout oublier… « Merde, je vais redevoir le dresser ! » qu’il sait dit, Evariste Faluche…