Journal d’un martyr de la Pignata I

Publié le par Jovialovitch

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      Ma morne existence d’acnéique lycéen pubescent est encore bien trop courte pour que son souvenir ne puisse réveiller en moi l’émoi d’un littéraire souffle autobiographique. Cependant, aussi laconique soit-elle, ma vie est un romantique trésor d’aventures toutes plus exaltantes les unes que les autres, et je m’en vais avec contentement vous conter l’après-midi la plus horrible que je n’ai jamais vécu. Tout commence dans le pays basque, contrée aussi lointaine que nationaliste, située au sud-ouest de la France, arborant de sableuse plages l’agité océan Atlantique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ma famille, composée de mes parents, Gérard et Pascale, ainsi que de mon unique petite sœur Charlie et de moi-même, y passions nos grandes vacances. Armés d’un camping-car, nous ne faisons strictement rien, sous le chaud soleil de Saint-Jean-de-Luz, et pour ainsi dire, on s’ennuyait méchamment. Je ne sais plus lequel des quatre eu cette idée formidable, mais nous prîmes conjointement la décision de faire une petite ballade à vélo, histoire de s’amuser le temps d’une après-midi ensoleillée, qui avait d’ailleurs bien commencé (il était peut-être quinze heures). Autant dire que nous étions simplement parti pour une flânerie vélocipédique d’une heure toute au plus. Dans cette agréable perspective, ma mère ne s’accommoda d’aucune provision, ni eau ni nourriture pour le goûter, ce qui n’était pas sans plaire à mon père, Gérard, qui par conséquent, n’allait se taper pendant toute la promenade un sac à dos de trois kilos qui n’arrange pas son hernie discale. Ma sœur possédait un « tamagushi », c’est-à-dire un jeu électronique dans lequel on s’occupe d’une petite bête virtuelle. Laissant l’objet dans le camping-car, l’excursion ne devait pas être trop longue, car sinon, le petit bonhomme pixellisé mourrait, chose qu’elle n’a pas manqué de nous rappeler avant le départ. Bref, nous voila partis. Tous les quatre sur nos vélos respectifs, nous pédalions avec délice sur les pistes cyclables mises à notre disposition à l’intérieur de la ville. Nous suivons un parcourt que ma mère avait à découvert dans un guide touristique avant le démarrage. Il s’agissait pour nous de suivre le plus simplement du monde les bandes jaunes.  
     Ainsi, nous entrons dans un parc dont la simple évocation me donne du baume au cœur : riant et plaisantant, la famille Teyssier écoutait le flot de la rivière, le champ des oiseaux, le bruit des roses de ce jardin à l’anglaise coloré. Sous un sol pleureur, nous passons sur un fugace pont en bois, surmontant joliment une calme rivière, le tout sous un soleil radieux et un vent aussi doux que l’après-midi idyllique que nous nous apprêtions à vivre. Mon père et moi sommes devant, ma mère nous suit avec comme toujours un certain retard, et ma petite sœur s’amuse à nous poursuivre, rappelant jovialement son désavantage : elle à des petites jambes. Suivant les bandes jaunes, nous avancions, rencontrant de nombreux vélos ainsi que des paysages variés. Au fur et à mesure que la petite promenade se continuait, nous trouvions de moins en moins de petite reine. Mais rien de bien inquiétant, disaient mes parents, qui donnaient une confiance aveugle aux bandes jaunes, tant et si bien, que nous traversions périlleusement de plus en plus de nationales fréquentées, en allant même jusqu’à pédaler pour la première fois de ma vie, à côté d’une autoroute. Bref, la ballade qui avait si bien débutée commença quelque peu à perdre de son charme, nous pédalions depuis une heure, et on ne semblait pas revenir vers Saint-Jean-de-Luz. Ayant perdu de vue les bandes jaunes, nous rentrons de nouveau sur un joli chemin, au milieu d’une forêt de pins. Nous passons bêtement devant l’entrée d’un camping, et quelques mètres plus tard sommes confrontés à un choix : devant nous se dresse hardiment une intersection. Nous avons deux directions possibles. Mon père, fier comme un pur sang espagnol donne de sa messianique sagesse le conseil suivant : prenons celui de droite ! Il est vrai qu’au-delà de toutes considérations politiques, le chemin de droite semblait moins laborieux que celui de gauche. Cependant, ce choix hasardeux démontrait une chose, nous étions perdus. Inconscients du danger, abandonnés des bandes jaunes, nous commencions à nous enfoncer dans ce chemin, qui, marqué du seau de l’infamie, pesait sur lui la main d’acier d’une fatalité inexorable : la Pignata... A suivre....

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Publié dans Journaux intimes

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