Le médecin chauve
On ne fait pas la messe au médecin chauve ! Le médecin chauve, il a une bien vielle expérience, le médecin chauve, il sait de quoi il parle, le médecin chauve, il est n’est pas naïf, le médecin chauve ! Ah ! Diable de médecin chauve ! Où vas-tu, que veux tu ?! Le médecin chauve, un homme bon ? Sûrement pas ! Il a beau aller soigner les pauvres gratuitement le dimanche après-midi, du côté de Clichy-sous-Bois, personne n’est dupe ! Ah, il les aime, ses malades, ses patients ! Et les bien portants ! C’est quoi ? Les impatients ? Que manigances-tu, maudit médecin chauve ? Où vas-tu la nuit, avec ta machiavélique calvitie, dans les rues sombres et morbides de ton villages crevant l’indigence ? Que veux-tu médecin chauve ?! Avec ta maudite sacoche de l’enfer, qu’est-ce qu’il y a dedans ?… qu’est-ce que tu y caches, médecin chauve ? Quel est ton plan, médecin chauve ? Pourquoi diable tout tes patients sont-ils si souffreteux ? Pourquoi le deuil te suit toujours ? Serait-ce ton incompétence, médecin chauve ? Le serais-tu ? Incompétent ! Non ? Et tous tes diplômes, qu’est-ce ? De la couillonnade ? Avec de si belles lettres ? De si grandes écoles ? De si jolies paraphes : tout cela, ne serait que fieffées filouteries ? Tout cela ne serait qu’infectes menteries ? Vaste pantomime que tout cela ? Médecin chauve ! C’est impossible ! Mais clame-le ! Démens donc tout cela ! Réfute que diable ! Ne laisse proférer de telles infamantes calomnies sur ton compte ! Pourquoi ce silence, médecin chauve ? Pourquoi ne pas réagir ? Pourquoi laissez courir ces bruits étranges ? Qui ne dit mot, consens ! Toi, médecins chauve ! Est-il vrai que tu es un sûr antisémite ? Un vil mangeur d’enfant ? Que tu es un veule tripoteur de chat ? Un abject bouffeur de limaces ? Que tu voues une haine sans nom pour tous les troubadours ? Médecin chauve ! A ta venue vespérale, la peur nous envahit ! Réponds médecin chauve ! Réponds ! On t’a vu, cette nuit, marcher du côté de la rue des bouchers ! Tu allais fort vite ! On dit que tu revenais de chez la mère Michel ! Ses quintes de toux ne se sont pas arrangées à ce qu’on entends ! Pourquoi ne la soignes-tu pas ? Et pourquoi notre bon vieux quartier est-il le dernier d’Europe à avoir essuyé une repoussante épidémie de Peste, l’hiver dernier ? Pourquoi sommes-nous les seules pestiféré de France et de Navarre ? Pourquoi dit-on que tu traînes autour des puits, en y jetant dedans des choses saugrenues ? Médecin chauve ! Serais-tu un semeur de peste ? Voudrais-tu notre perte à tous ! Es-tu un admirateur de la mort noire ? Réponds médecin chauve ! Réponds, où la mutinerie sera inévitable ! Prouves nous ta bonne foi ! Montre nous les secrets de ton âme, et démontre la pureté de ton cœur, et celle de tes intentions, médecin chauve ! Nous souffrons de ta mine déconfite, comme de celle de nos malades ! Nous ne voulons pas mourir dans d’atroces souffrances mais dans notre sommeil ! C’est à toi que nous voulons faire confiance ! Mais tu nous fais peur ! Nous souffrons de te voir ainsi tourmenté ! Viens médecin chauve ! Explique nous ta vérité ! Explique nous tout ! Oui médecin chauve ! Nous voilons comprendre la puissance de tes actes, le mystère de tes silences, et la brillance de ton crâne ! Médecin chauve ! Ecoute pour l’amour du ciel ! Il semble que pour ta venue résonne sur la ville la dixième symphonie de Beethoven ! Miracle ! Ô Divin prodige !