Monochrome
Le professeur entra dans la salle de classe ; perdu dans ses méditations, il ne fit point attention à l’étrange calme de ses élèves habituellement si bruyants, bien qu’il prononça en entrant un « chut ! » machinal. Il sortit ses affaires maintenant un regard évasif et flou. Il tira la chaise et s’y assit. Il tourna les pages d’un manuel et sortit la liste de ses élèves. Puis, il commença l’appel. Il répéta trois fois le premier nom. Point de réponse. Toujours imbibé de ses songes chimériques, il ne fit point l’effort de superviser visuellement son auditoire. Lorsqu’il parvint à la fin de sa liste, il conclut avec une certaine perspicacité que ses élèves ne se trouvaient pas dans la salle puisque ceux-ci n’avaient pas répondu à l’appel de leurs noms repsectifs. « Tiens donc ! » murmura-t-il. Il leva la tête, retrouvant au passage une parfaite lucidité. Le soleil de fin d’hiver illuminait des bureaux vides et des chaises inoccupées. « Tiens, tiens ! » se répéta-il par deux fois. Il réfléchit. Il se persuada qu’il se trouvait bien dans la bonne salle et que l’horaire correspondait et que tout ceci était fort étrange. « Y’aurai-t-il eu une épidémie depuis hier ! » se dit-il prenant la chose avec récréation. « C’est le retour de la Peste Noire, non ? Ou alors est-ce qu’il s’agit d’un suicide collectif ? » pensait-il avec de plus ne plus de cynisme. « Tous ces trous du cul se sont rendus compte de leur médiocrité. Ca y’est !? Enfin !! Cette bande d’ignares a eu une révélation divine ?!!» Et il s’emporta. « Espérons que d’autres vont suivre leur exemple, alors ! Ahaha ! En tous cas je dois avouer qu’aujourd’hui la classe a gagné en intelligence ! Le niveau s’en est amélioré incroyablement, ma parole ! » Et puis soudain, le professeur se tue. Au bout d’un quart d’heure, ses mains tremblaient. Son visage vira au pâle des plus maladifs. Le sourire qu’il esquissait était de douleur et jaune. Il se répétait : « et si je n’avais plus d’élèves !? Qu’ils soient tous morts ! » Rapidement, la contrariété se fit sentir. « Ils sont encore plus médiocres que je le crois ! Si ces trous du cul ignares se sont suicidés, que fais-je et que deviens-je dans ce monde voué à sa perte ?!!! Mais quelle bande d’aigrefins malodorants ! Veules, va ! » Le professeur prenait conscience du poids de sa solitude. « Salauds ! Enflures ! Pédérastes ! Emmerdeurs ! Molles testicules ! » hurlait-il à tue-tête. Il réfléchit. Des minutes s’écoulèrent. Puis après intense réflexion, il dit, d’un ton solennel : « Absence ?! » Un silence s’y succéda. Et il reprit : « Eh bien voilà ! Absence est là ! Elle est bien dans la salle ! » « Absence est présente ! » « Félicitations, Absence ! Voilà enfin quelqu’un de studieux ! Et de sage ! (…) eh bien commençons le cours ! » Un individu entra dans la pièce, étonné. « Qu’est-ce tu fous là ? » demanda-t-il « Tu n’as pas d’élèves ?!!! » Le professeur répondit : « Laisse-moi, je commence mon cours ! » « Mais à qui donc fais-tu ton cours ? » s’interrogea l’autre sur un air amusé. « Mais enfin, tu vois bien qu’Absence est là ! Laisse là travailler en paix, que diable ! » La porte se referma. Jusqu’à la fin de l’année, le professeur enseigna son savoir à Absence qui se montra assidue et particulièrement calme. Il la félicitait souvent pour sa ponctualité et pour sa présence en générale ; mais dans ces moments, il la trouvait souvent l’air absent. En vérité, le professeur était tombé amoureux d’Absence et secrètement, il lui écrivait des poèmes.
Un beau jour, les élèves réintégrèrent la classe et Absence disparue. Le professeur la chercha, mais hélas, ne la trouva point. Il en conclut que si Absence était absente, c’était sûrement parce qu’elle avait un empêchement, ou alors qu'elle ne supportait pas les élèves.......présents !