Fafouette : Vingt-quatrième - Voyou d'Absinthe

Publié le par Jovialovitch

Onomatop-e.jpg     « A l’immortalité ! » Telle est la brillante épitaphe inscrite dans le marbre séculaire du fronton de la plus noble institution du monde : l’Académie Française !… En effet, c’est bien ce vénérable cénacle qui a forgé, traversant les siècles les révolutions et les guerres, la huitième langue la plus parlée du monde… C’est bien cette institution, parmi les plus ancienne de France, et ce sont bien ses quarante membres, parmi les plus anciens de France, qui ont façonnés la langue d’oïl, au point de lui donner le visage qu’elle a aujourd’hui, celui de langue de Molière… J’aimerai justement que nous nous intéressions à présent au cas de l’un de ces immortels… Celui qui nous intéresse aujourd’hui est bel et bien mort depuis longtemps, et je dirai même, doublement mort, puisqu’en plus de ne plus être vivant, il est malheureusement tombé, lui et son œuvre décisive, dans l’oubli le plus total, ce qui constitue je crois l’une des pires injustices du millénaire dernier…  

       Car en effet, à la vue de l’œuvre fondatrice de cet académicien nommé Eusèbe Narcisse-Achille Le Tellier de Voyou d’Absinthe, et qui siégea de 1801 à 1836 au 13ème fauteuil, il est difficilement compréhensible que la postérité ne l’ait pas pris sous son aile sempiternelle… c’est ici une balourdise pitoyable que je m’efforce de rectifier à ma modeste mesure, et notamment par l’intermédiaire de cette intervention justement courroucée… Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’Eusèbe Narcisse-Achille Le Tellier de Voyou d’Absinthe, que nous nommerons désormais Voyou d’Absinthe par souci de concision, a changé en profondeur la langue française : cet homme d‘exception, au destin hors norme, s’est battu coûte que coûte jusqu’au derniers instants de son existence bien remplie, pour amener à l’achèvement le combat de sa vie ! Quel est ce combat ? C’est un combat linguistique ! Voyou d’Absinthe à lutter pendant des décennies pour qu’enfin, les onomatopées rentrent dans le mythique dictionnaire de l’Académie…

         Paf, Bing, Ouille, Aïe, Dring, plouf, pff, ouah, atchoum, ah, oh, eh, areu, Bam, Hum, Miam, Miaou, Ron, hep, Ouf, Tic, Tac, snif, meuh, smack, patatras, hip, glop, crac, cric, groin, prout, beuh… autant de mot qui se trouve aujourd’hui dans tous les dictionnaires de langues française sous l’impulsion de Voyou d’Absinthe… il est l’homme grâce auquel vous parler bien français lorsque vous prononcez ce genre d’onomatopées, que l’on pourrait facilement considérer comme vulgaires barbarismes… Voyou d’Absinthe a donc changé profondément notre langue, en introduisant dans cet admirable dialecte une notion presque rimbaldienne : le mot qui ne veut rien dire, qui n’a pas de définition, sinon ce qu’il imite… Le génie, le souffle frais et vertigineux du divin ne se sent-il pas dans cette démarche sans pareille ?

         Si, mes chers élèves, sachez-le bien, sans Voyou d’Absinthe et son œuvre monumentale, la langue française ne serait sûrement pas l’une des rares à être parlée et enseignée sur tous les continents de la terre, pas plus qu’elle ne serait l’une des langues de travail de l’ONU ou de l’union européenne, si ces petits mots n’étaient pas dans le dictionnaire… Merci à toi Eusèbe Narcisse-Achille Le Tellier de Voyou d’Absinthe, et bon vent !

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Publié dans Fafouette enseigne

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