Les Carnets du dictateur, vingt-quatrièmes préludes
1 de février
L’impression que mes jambes se raccourcissent, que mes mains se dilatent, que mes os se décomposent m’hante jours et nuits. Je suis dans une phase de distorsion et pleins de convulsions. Mes muscles s’égosillent à chaque mouvement de bras et mes jambes me fuient en se disloquant. Un médecin est venu, hier m’ausculter. Dès que j’aperçu son visage, je notais une élégante moustache noire finement rasée. Séduit par le faciès délassant de cet homme, je le laissais faire ce qu’il avait à faire et contemplait son torse velu que sa chemise déboutonnée laissait choir dans un feu d’artifice d’émotion. Effaré, je m’imaginais cet homme dansant nu sous mes yeux admiratifs de volupté. Mon dieu, cet homme m’est fort séduisant me dis-je, sous les spasmes agités de mon corps frémissant. Délicatement, tandis qu’il m’étreignait le fondement, je mis ma main brûlante dans la sienne. Il la saisit et posa un baiser énamouré sur mon front abasourdi. Alors que je rédige ce journal, je note la relative assurance de cet homme qui, à la relecture, daigna m’étreindre le fondement. Voilà qui est fort curieux. Toujours est-il que son diagnostic ne me marqua guère, d’ailleurs seules des bribes parsemées me reviennent en mémoire : « glande » « infection » « cancer » « prostate » Bref, rien de bien folichon. Avant de repartir, il me réclama un bout de papier et y rédigea quelques chiffres. Le pervers, il m’avait laissé son numéro de téléphone.
Quelques jours étaient passés et un sentiment de puissance me ceignit soudainement. Non de dieu ! Voilà bien des siècles que tel force ne m’a point ceignit ! que j’me dis avec ferveur. Dans cette recrudescence précipitée, je décidais de reprendre en main les affaires du pays. Je fis appeler le ministre de la Paix qui fut fort enchanté de me revoir. Je lui fis remarqué qu’il me voyait tout les matins au petit déjeuner. « Mais vous êtes qui déjà ? » me dit-il avec ironie. A ces mots, je ne pu m’empêcher de glousser allégrement, ce qui me fit le plus grand bien, tandis que mon interlocuteur susnommé demeurait impassible. « Pince sans rire, va ! » Il esquissa enfin un léger sourire. Après un long silence, je repris la parole : « Bon écoutez moi, en tant que ministre de la Paix, il serait de votre devoir de déclarer la guerre ! » De son coté, le silence se prolongea. Il me fixait bien distinctement dans les yeux, et soudain, comme s’il eut une illumination, il sembla fort scintillant et s’agita. Ses jambes tremblaient et il bégayait. « Vous êtes troublé ma parole ! » lui fis-je. Il se reprit rapidement et m’indiqua : « Oui, effectivement, il s’agit de déclarer la guerre, me dites-vous, mon excellence. » « C'est-à-dire qu’il faudrait élargir un peu notre espace vital, vous comprenez. » « Oui, il est vrai que notre territoire ne dépasse pas en superficie celui du Luxembourg. » Un long silence se fit à nouveau. « Bon, repris-je, en vérité je vous le dis, il faudrait conquérir le monde. » « Plait-il ? » « Ecoutez mon cher, je suis particulièrement optimiste ce matin, alors veillez à ne point tenter de me déstabiliser par quelque altruistes manières discourtoises. » Il répondit : « Mais…..certainement…..néanmoins…..enfin……le ministre de la Guerre n’acceptera jamais ! » il rajouta : « Sauf votre respect, il faudrait que vous l’entreteniez afin qu’il acceptasse de ne point me mettre des bâtons dans les roues. comprenez-vous mon projet fou ? » « A la bonne heure ! Faites-moi le dont quérir, vil chenapan ! » « Monsieur est trop bon ! »
« Ecoutez jamais ! Jamais, moi vivant, je ne vous laisserais conquérir le monde ! » « Mais enfin Guy, ça ne pourra que nous profiter ! » affirmai-je flegmatiquement à mon ministre belliqueux [de la Guerre]. « Comment ! Comment ! Mais enfin quand vous aurez conquis le monde, à qui qu’on va faire la guerre ?! Hein ?! A qui ?!! A quoi que j’vais servir moi hein ?! C’est une tentative d’extermination ! » Je ne sus quoi répondre. Finalement, je lui annonçais que nous conquérrons qu’une partie du monde et puis ça ira très bien. Il me remercia pour ma gratitude. Je lui en pris. Peu de temps après, le ministre de la Paix faisait son grande retour, hurlant les insanités vulgaires dont je n’oserais te faire part, journal chéri, mon amour. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel de merde ?! Putasserie de bordel de mes deux ! Saloperie de chierie de con de ma race ! » « Enfin calmez votre verve poétique palsambleu. » lui priais-je. « Si il en est ainsi, je demande la démission ! » Je restais courtois et lui en priait. Il reprit : « Non mais attendez, j’hallucine ! Sachez que si il y a bien une chose qui m’insupporte, c’est qu’on se fiche de mon faciès angélique et purpurin ! » Après ces mots, il me quitta, claquant les trente portes blindées du bunker successivement dans un éclat tonitruant de bruit et de fureur. Étourdi par tant de clameurs, je me mis moi-même hors de moi, et dans ma haine, je déclarai la guerre à mon ministre de la Paix ! Il l’avait pas volé, celle là !