Journal d’un pithécanthrope ma foi de bien bonne humeur
Ah, c’est marrant, y’a des jours, comme ça ! On se réveille le matin, tout fringant, tout souriant, heureux comme un lapin gambadant joyeusement dans les prés verdoyant d’un été sans chasseur ! Et ben vois-tu, cher journal, j’étais comme ça ce matin ! Hop ! Tout fringant, te dis-je, veux-tu bien me croire, polisson !? Ah ! Je te taquine de mon espiègle plume ! Mais c’est pour mieux te faire partager mon soudain bonheur, ma fraîche gaieté, mon exaltation inopinée ! C’est quand même marrant, ya des jours, on se réveille avec la joie d’un croque-mort qui fait faillite, et d’autres on est triste comme un homme politique qui gagne une élection présidentielle ! Je dois dire, j’y comprends rien, c’est quand même assez mystérieux, ces histoires d’humeur !
Toujours est-il qu’en chantonnant la ritournelle-phare du fou chantant (Y’a d’la joie !), je marchais dans la venelle publique en trouvant les hommes d’une souriante élégance, plein d’espoir et d’entrain ; les femmes d’une beauté enivrante ragaillardie par des cheveux dorés qui ondulaient derrière leur blanc visage à découvert ; les enfants d’une splendeur candide et attendrissante ; les anciens d’une sagesse antiques et non moins estimable… Je remarquais, que d’affables personnages me saluaient innocemment, comme pour me remercier de l’expression béate d’optimisme qui se lisait sur mon faciès resplendissant ! Des filles, à la nymphescence agonisante, me regardaient félinement en se pinçant frénétiquement les lèvres inférieures derrière leurs charmants boutons acnéiques… Aussi, devant ces expressions enthousiastes et florissantes, je compris que j’étais beau… Cette pensée, ne me rendit que plus joyeux encore, et je courai !
Le ciel était d’un bleu purpurin… le soleil était chaleureux comme une prunelle amoureuse…l’air était frais comme de le laine dans le noir…. le chant des oiseaux battait son plein romantique…. les bourgeons, les fleurs et les filles s’ouvraient comme des astres en des pétales rose-bonbon, aux doux parfums de cannelle anisée… Courant sous les violons du vent qui soulevait doucement mes cheveux calamistrés, je riais de mon vain effort, et rentrant dans un parc publique ou jaillissaient de grands jets d’au flamboyants sur le vert émeraude d’un gazon rasé de frais pour le newlook… j’hurlai, riant, en accomplissant moult roues, qui me donnais la rare sensation d’être pétillant, et de me sentir vivre, au plus profond de moi-même, comme un violoncelle sublimé par l’archer qui le touche ! Puis, je me couchai… par terre… sur le dos, face au ciel…
C’est ainsi que j’ai ressentit la chose la plus puissante de cette journée : derrière, moi, comment dire… c’est dur à expliquer, bon dieu… bien collé à terre, je la sentais ronde sous moi…couché, je me suis sentis debout, devant le terre, j’étai collé à elle, et elle à moi, je me sentais en communion avec cette planète, comme son conducteur… elle était comme une maman, une sœur, une femme derrière mon dos, que je guidai à travers les étoiles… O Extase divine !... Pis je fus réveillé par un moustachu, qui m’a dit qu’il était interdit de marcher sur la pelouse… je l’ai embrassé, et je suis partis !