L'insurgée du Père Noël
en direct des Impromptus Littéraires
Père Noël,
Puisse ma main ne pas trembler, moi qui m’apprête à ressusciter le passé ! Oh ! Vous Père Noël ! Vous mon infect guillotineur ! Vous, mon perfide tortionnaire ! Mon répugnant bourreau ! Vous, dont je meurs ! Votre simple pensée me soulève le cœur, et vous écrire me le déchire littéralement ! Car en effet, on ne sort pas indemne de trente années de bons et loyaux services avec le Père Noël, surtout, quand est sa hotte ! Peut-être m’avez-vous oublié ? Alors je vais vous rappeler un peu les ignobles sévices que vous m’avez impunément fait subir ! Pendant trois décennies, à chaque 25 décembre, vous m’avez usé la carcasse…vous m’avez effrité le pelage…amoindri le fin fond…consumé l’empaillage…Par votre faute, Père Noël, je me retrouve harassée, fatiguée, totalement déglinguée…des trous plein l’ossature, avec des rhumatismes à n’en plus finir, et, comble de désolation, épouvantable damnation, avec du cholestérol !
Alors mon cher Père Noël, vous avez beau faire le gentil barbu, le gracieux grand-père de Laponie qui se marre jovialement avec une bonhommie toujours plus attendrissante : je vous déteste ! Comment avez-vous pu profiter aussi odieusement d’une hotte sans défense ? Comment avez-vous pu être assez vil pour ma bourrer chaque année, avec autant de violence et de bestialité ?! Vous me mettiez dans le bide des tonnes et des tonnes de jouets, j’en ai encore des pesanteurs ! J’en croule encore de toutes parts ! J’étais pleine à craquer que vous m’en fourriez encore des paquets-cadeaux…mais vous me confondiez avec votre dinde, ma parole !? Je ne vois pas d'autres explications !
Ô, Enfer et damnation…comment avez-vous pu, ainsi me faire sortir…dans la nuit glaciale de l’hiver, à des kilomètres d’altitudes…derrière vos rennes…vers des pays que je ne connaissais pas…moi qui en étouffait de l’intérieur…qui aurait pu imploser à tout instant ! Une hotte, ça se traite avec respect ! Ah ! Quand j’y pense, j’aurai du faire carrière chez les vendangeurs ! Parce qu’être la hotte d’un odieux criminel comme vous, ce n’est pas une vie ! Mais ne croyez pas que je vais passer tranquillement ma retraite…sans rien dire ! Oh que non ! Parce que je vais vous dire, Père Noël, j’ai la haine contre vous ! Et je me vengerai ! La hotte aura sa revanche ! Rien ne m’empêche d’aller chez les Prud’hommes ! Non mais, je vais vous y apprendre !
Je suis d’ailleurs en train d’écrire un édito contre vous dans « Hotte Magazine » et on verra si votre image restera toujours au beau fixe ! Voilà, en espérant que cette lettre vous parviendra sans encombres, permettez moi de vous adressez, Père Noël, l’expression distinguée de mon plus profond mépris…
Signé : La Hotte du Père Noël