Rencontre du deuxième type
Charly, c’est un bon gars. Bien sympathique, et tout…Il aime bien se balader dans la rue, quand ça lui chante. Là, il sifflote des chansons du passé. Il aime bien le passé, Charly. C’est un bon gars. Bien sympathique, et tout…Des fois, il s’en sort de chez lui, et il s’en va baguenauder, tout guilleret, frétillent, dans les rues sales de son quartier de merde…Vraiment, c’est un bon gars…Charly...Bien sympathique, et tout…
Un jour, qu’il se promenait, comme ça, Charly, voilà qu’il tombe nez-nez avec une personne qui lui est pas totalement inconnue…Celle-là, il l’avait déjà vu quelque part…C’est une femme…Elle aussi, elle le regarde, Charly…elle aussi, elle se dit « Bon dieu, j’le connais, celui-là ! » Alors, ils se regardent tous les deux à trois, quatre mètres de distance l’un de l’autre…Mais, ils osent rien se dire…Parce que c’est sûr que ça fait con...de se dire, comme ça… « On se connaîtrait pas, des fois ? » Dans les yeux, l’un dans l’autre, comme ça, paf !...que ça leur revient d’un coup d’un seul : « Charly ! » qu’elle crie… « Charlie ! » qu’il crie (elle s’appelait Charlie, cette dame). Ils se rapprochent, ils se font le bise, tout guillerets, frétillants….Il se disent qu’ils ont qu’à aller boire un coup au bar du coin…il dit que c’est lui qui invite….c’est un bon gars…sympathique, et tout…
Ils s’assoient, et là, c’est une avalanche désordonnée de souvenirs….une violente réminiscence…plein d’éclats de rires fantomatiques qui reviennent du passé…plein d’images et d’instants qui refont surface, depuis trop longtemps vautrés dans leur mémoire….C’est d’un seul coup, plein de danses, d’heures perdues, de films, de pièce de théâtre, de concerts, de salle de sport et de classes qui leurs explosent toutes rutilantes et bien chaudes dans la cervelle...toutes guillerettes, frétillantes… « Charlie ! »… « Charly ! »… « Qu’es-ce que tu deviens ? » Ils se sont remis…ça leur fait plaisir de se revoir…depuis le lycée… Ils ont changés…Ils étaient plus beaux avant…dans le temps…maintenant, c’est devenus des vieux…ils s’étaient perdus de vue…c’est la vie…c’était plus que de vagues tableaux embrumés qu’ils leur restaient…l’un de l’autre…c’est tout d’un coup, comme un coffre à souvenirs qu’on rouvre…une personne qu’on a jamais totalement oublié mais qui revient complètement en mémoire…un peu comme une habitude qu’on a perdue, mais qui vous revient vite...c’est ça l’amitié…on reprend vite la main....
Ils ont plein de trucs à se dire…ils se souviennent des autres…ils se remémorent leurs conneries….Pis après, ils ont fait le tour…ils parlent d’eux, avant… « Tu sais que j’étais amoureux de toi…» qu’il lui dit Charly…Elle dit qu’elle le savait bien…Y’a comme un silence…comme un regret…ils se disent que les choses auraient put se passer différemment…mieux, un peu…que leurs chemins auraient put suivre la même direction…ne pas se séparer…touts guillerets, frétillants….c’est aussi ça, l’amitié…on reprend vite la main, mais c’est jamais aussi bien qu’avant...ils ne peuvent plus rien faire tous les deux…ce ne seraient que courir après le passé…Alors ils se quittent, en se promettant de sa revoir…ils n’en feront rien…le temps est entre eux…il les sépare froidement…le passé, tout guilleret, frétillant...
Charly, c’est un bon gars. Bien sympathique, et tout…Il aime bien se balader dans la rue, quand ça lui chante. Là, il sifflote des chansons du passé. Il aime bien le passé, Charly. C’est un bon gars. Bien sympathique, et tout…Des fois, il s’en sort de chez lui, et il s’en va baguenauder, tout guilleret, frétillent, dans les rues sales de son quartier de merde…Vraiment, c’est un bon gars…Bien sympathique, et tout…