Millenium Belgae
Vaincues, les aumônières ! Battues, les escarcelles ! Déconfites, les réticules ! Dépités, les testicules ! Ah, la guerre fut courte, la guerre fut violente, la guerre fut éclair ! La victoire est triomphe, la défaite est désastre ! C’est bien la Lune en plastique qui avait raison, quand elle prédit jadis : « Les moules gagneront ! » Et ils avaient bien tord, les balafrés de la boustifailles, quand ils s’esclaffaient bruyamment devant cette prophétique vision, robuste comme un cri sur l’an mil ! Les empires bimillénaires s’effondrent comme autant de châteaux de cartes, plein de vacuités spumescentes et d’arrivages bien frais : c’est la Fin !
Sont-ce les cris longs des Maîtres de l’Orge, que les hommes-frites ramènent de leur royaume déchu ? Sont-ce les souffles pubères de mines envahies par les flots pervers d’un Chat sans foi ni loi ? Sont-ce les ritournelles spasmodiques qui s’envolent vers les cieux caillouteux comme autant de volutes gitanes et de brelles chanteuses ? Et si ce n’est rien de tous cela, quelle est donc cette clameur bruyante et sourde, qui recouvre subitement la terre Benelux ? Quelle est donc cette imperturbable tension qui noircit finement les odes du firmament bleu, lourd comme un couvercle tricolore sur les ballotins de pralines ? Quel en est donc ce sentiment étrange qui bouleverse les vieillards monarchistes, qui les fait tomber par terre, comme le sable sur les plages lubriques du Manneken-Pis ? La terre des hommes-frites vacille ? Leur monde vingt fois centenaires n’est plus qu’un vaste cadavre immobile, comme un tournesol qui ne virevolte plus ! Ce sont bien les femmes-moules qui ont gagné la triste et terrible Guerre du Millenium ! L’instant est grave : le Secret de l’Espadon n’existe plus en tant que tel ! La scission est inévitable, l’oreille est cassée ! Un peuple entier en domine un autre, vassalisé, humilié, massacré par les supplices mélodieux d’une Histoire rhénane qui s’accélère brutalement sous le signe de la Marque jaune !
Ô Lune en plastique ! Divine et rexiste archange du mal à l’état pur, terrifiant Objectif Lune, tu les en avais-pourtant prévenu ! Pourquoi ne t’ont-ils pas cru ? Pourquoi ne t’ont-ils pas cuite ? Pourquoi n’en t’ont-ils pas frite ? Ô Lune en plastique, toi qui git et qui tourne, tu le savais, mais les hommes-frites ne te croient pas ! Que vont devenir les choux oranges, que vont devenir les choux bleus ? Il faut réagir, il faut sauver cette grande idée, utopie malheureuse qui crève sur les trottoirs enclavés d’un Ancien Monde flageolant : une ère nouvelle le recouvre, Apocalypse Millénariste qui s’exécute, doigt d’acier d’une fatalité inexorable, fatum putréfiant d’un destin qui s’envenime sur le plat-pays ! Permet à quelques hommes-frites de survivre, que les femmes-moules soient indulgentes sur le sort de l’Etat de la gaffe sacro-sainte : prions pour que le Lion ne mange pas le Coq !
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