Les Carnets du dictateur, le cas de conscience

Publié le par Jovialovitch

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30 de novembre

 

Au fond, dans ma chambre hospitalière

Il y a la douleur, l’incompréhension, mon âme,

Un cœur qui pleure, la solitude, le secret médical

 

            Suis-je un despote embastillé muselé par des vieillards démocrates ? Ou seulement un extravaguant fou divaguant dans les flots démentiels d’une nuit névrotique ?  Mais ne suis-je point un dictateur interné qui divague ? Cas de conscience !

             Le cas de conscience ! L’affreux, l’ineffable, l’odieux, le catafalque de la honte, l’indésirable qui gueule et vous perce les tympans. L’angoisse du mauvais dictateur, le doute m’assaille, mais pourtant, les camps, l’oppression, la délation, tout le bordel, je ne peux pas être foncièrement mauvais. Je suis définitivement figé dans cette chambre médicale où je suis malade. Depuis cinq jours je ne voyais personne, je ne pouvais sortir, les issues étaient closes, je me sustentais de ces derniers vivres déposés sur une table à l’allure générale au demeurant fort méprisable.

            Je parvins à m’égarer ce matin du ténébreux bâtiment où j’avais passé mes dernières nuits, lutant tant bien que mal contre une ravageuse idée dont je ne sonde encore l’origine et qui susurre ma colossale nullité, qui m’avoue mes propres limites et mes incapacités, mon absolue remise en cause. Dans une atmosphère sinueuse, par une nuit non éclairée, mon ombre déambulait au travers de ruelles visuellement absurdes emplies d’un froid glacial qui me brûlait le cœur. Par je ne sais quel mystère qui restera à jamais inscrit dans l’histoire que j’allais marquer à jamais, je me retrouvais devant ma villa, la maison de mes rêves, mon chez-moi, mon intimité : mon cher bunker en parfait état. Après une contemplation vaste et émouvante de mon bien-aimé édifice, je me présentais sur le palier argumenté d’un fort élégant paillasson rose avec des paillettes sur les côtés¹, je m’aperçus alors que j’avais misérablement omit la nécessité de la clé quant à l’ouverture de mon pavillon de paix, mon fort de byzance. Fort heureusement, une double centaine d’individus devaient occuper l’intérieur. Je sonnai.

            A première vu, je ne reconnu pas l’individu scabreux et mélancolique qui vint piteusement  m’ouvrir du haut de ses un mètre vingt et de ces cent vingt kilos. Il lâcha un vulgaire : « B’jour m’sieur. » Afin de le rabaisser à une humiliante situation de honte injurieuse, je rétorqua : « Jeune individu sans âme ni émanation intellectuelle de quelque sorte, sachez que vous feriez bien de rentrer dans le champ de la civilisation au plus vite et, par là, ne plus vous adressez à votre dictateur par cette négation même des règles de la dialectique, et, par la même occasion, de moi-même. » Moins imbécile que je ne pus l’imaginer, le vorace ne se résigna pas devant un bien senti : « Vous pouvez répéter, m’sieur. » Il prit mon poing dans sa gueule et ses jambes à deux mains, je poursuivis mon chemin, ma route vers ma chambre.

            Je revis mes principaux collaborateurs qui n’avaient aucunement l’air de s’inquiéter où de se préoccuper de mon retour à la banalité déconcertante puisque comme chacun sait, j’avais frôlé à trois fois a la mort et étais tombé dans un trouble qui m’avait, il faut bien le dire, simplement traumatisé. M’étalant voluptueusement sur mon divan de soie, je sollicitais ma mémoire désuète, alors même qu’une douleur crânienne rongeait sans raison la concavité encéphalique. Tout en se mêlant, mon proche passé s’entrecoupa au gré d’illusions et de sincère vécu. C'est à cet instant, je crois, et ce pour la première fois de ma vie, que je pris conscience de mon existence.

 

¹. Le dictateur n’a jamais dissimulé un certain bon goût

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P
Il est marrant ton despote, Jovial.<br /> <br /> J'aime beaucoup sa perversion. Mais au dela ça, il y a cette peur de ramollir, de s'attendrir, de ne pas être un vilain diable.<br /> <br /> Et puis il sombre chaque jour dans une folie bien douce. <br /> <br /> Bne jrnée<br /> et merci d'être passée chez moi.<br /> <br /> PM
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