Fafouette : Dix-septième - La Vérité
Un mensonge doit être sincère. Sinon, l’autre n’y croit. Et un mensonge qui n’est pas cru, ce n’est pas un mensonge : c’est une impardonnable bévue. En sommes, le gros mensonge que voilà se doit impérativement de « sonner juste ». C’est d’ailleurs souvent la vérité qui sonne faux : « Michel, je vais t’en dire la vérité ! J’en suis homosexuel ! » Michel n’en croira pas ses oreilles ; pourtant, son copain ganymède ne fera que lui dire la vérité. Autrement, le giton efféminé en question aurait très bien pu dire qu’il fantasmait sur Berthe Silva, et ça, Michel, autant ça l’aurait étonné, autant il l’aurait cru. Pourtant, c’est un gros mensonge : personne ne fantasme sur Berthe Silva (et surtout pas un homosexuel). Au fond, le mensonge est un art. Et il n’existe pas : tout mensonge dont on découvre qu’il est un mensonge n’en est forcément plus un, car la vérité se substitue à lui. Inversement, tout mensonge suffisamment habile pour garder secrète sa condition de mensonge n’existe pas non plus : personne ne sait que c’est un mensonge (sauf le menteur) puisque tout le monde pense qu’il s’agit d’une vérité. Or, la vérité et le mensonge sont bien différents. Convenez-en, bande de cuistres…
Une foule entière peut croire sincèrement à l’habile discours d’un tribun, qui ne lui dit pourtant que des gros bobards. A cet instant, elle est dupée, la foule. Faut dire, elle est souvent con, la foule. Mais parfois, la foule se rebiffe, et elle n’y croit plus à ce qu’il dit le tribun. Alors là, on dit que le foule se révolte, parce qu’elle supporte plus qu’on déguise des mensonges en vérités. Quoi de plus normal ? Mais le cas inverse est fascinant : un homme politique providentiel, d’une déontologie extrême, d’une sincérité totale, d’une éthique convulsive ne dit que la vérité à ses concitoyens. Vraiment, il leur dit tout en face, il ne leur cache rien. La foule ne le croira pas, et dira qu’il la suborne, qu’il dit des conneries, qu’il ment. Or, c’est faux : il dit vrai. Que penser dès lors ? Si la vérité est prise comme un mensonge, alors c’est que chez l’incrédule, la vérité est mensonge, comme le mensonge devient vérité chez le naïf. Par ailleurs, c’est la foule qui ment, en disant que cet homme politique ment : puisqu’en fait, il dit la vérité. Or une foule qui ment en disant que l’autre ment, dit en fait que l’autre dit vrai, puisqu’elle ment. C’est foule est donc totalement déséquilibré, au moins autant que mon texte est pertinent.
Tout cela ne nous amène qu’à une seule conclusion : le beau, qui veut dominer notre monde, encourage le mensonge, car il est le seul capable de cacher l’ignominieuse laideur d’une infecte vérité qui un jour ou l’autre, nous pétera tous à la gueule : la mort. La vérité est sombre, elle pue, elle nous chie dessus : il faut qu’on la dissimule sous le blanc manteau de l’espérance, du leurre bienheureux des ignorants ! Alors je vous le demande, bande de tricards fétides : enlevez-le, cet ignoble voile mensonger qui vous empêche de regarder votre misérable destinée dans les yeux, cesser une bonne fois pour toute de rêver et réveillez-vous ! Que la vérité vous saute sur les flancs, qu’elle en retourne vos certitudes, qu’elle en fasse jaillir un homme lucide, que qu’elle en soit sanctifiée, que son règne vienne, que sa volonté soit faite, sur la terre comme au ciel, qu’elle nous donne aujourd’hui notre pain de ce jour, qu’elle nous pardonne nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, et qu’elle ne nous soumette pas à la tentation, mais qu’elle nous délivre du mal, car c'est à elle qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles, Amen…..