Vesperae Solennes pas trop cuite surtout

Publié le par Jovialovitch

Verdun--52-.jpg       Il est à la table 44, celle qu’ils appellent ici, de « Cléopâtre ». Il a choisit, il est servit. Il peut dès lors commencer à manger cet énorme morceau de viande au si tendre effluve, qui fume dans son auge, devant lui.

       Avec ses couverts argentés, miroitants comme la peau éclaboussée d’une fraîche donzelle au sortir de l’eau, il commence à scinder cette bidoche bien chaude, avec dureté et application. La lame s’y enfonce avec suavité, comme du miel sur une tartine : la chair est si tendre, nimbée d’une telle délicatesse sanguinolente, que s’en est  féérique à point. L’extérieur, est presque grillé, comme une carapace arquée, qui sent encore le feu et la braise, mais l’intérieur et comme un nuage de viande, comme un céleste baiser de charcuterie tartare : miracle culinaire providentiel qui fond dans la bouche, comme une poésie que l’on récite. Il la mange, avec passion, choyant ses papilles en émoi, gâtant ses capteurs sensoriels extasiés, comblant ses goûts gourmets littéralement subjugués : explosion béquillarde de saveurs contrastées, entre l’aménité exquise d’un tréfonds goulu et la sévérité gutturale d’un reste bâfreur. Des larmes d’émotion perlent sur ses joues débordantes d’un met qui surpasse ses souvenirs. Un musique s’échappe de son assiette, devenue salle d’opéra ripailleuse aux multiples concertos pour côtes de bœuf ; une émotion brute, comme un coup de poing entre les dents s’évapore de cette viande dodue à plein, replète comme en rêve, pouparde à souhait. Cette odeur si douce, attirante comme le parfum d’une femme fatale, lui faisait mettre la truffe dans sa gamelle, il en revoulait encore, et encore. Mâchant en décelant toutes les fragrances de chaque bouché, il vivait un instant décisif dans son existence…

       Il est à la table 44, celle qu’ils appellent ici, de « Cléopâtre ». Il demande l’addition, on la lui donne. Il peut dès lors savourer sa ruine, sa faillite. Il ne peut payer. Les sbires sont devant la porte. L’huissier devant chez lui.

       Avec son calibre argenteux, luisant comme son front humidifié par une sueur soudaine, il se met en position : ouvrant la bouche, il introduit le bout de son revolver entre ses dents. Avec dureté, il tire. La balle s’enfonce avec vigueur dans son crâne, comme du miel dans une cuillère : tout explose, jaillit de mille feux, l’intérieur est grillé, il gicle comme un orage de viande, la cervelle éclate cruellement comme un discours que l’on déclame. Ca éclabousse dans tous sens, la bidoche se désintègre, c’est un feu d’artifice sanguinolent, au milieu du restaurant : explosion nasillarde d’organes sectionnés, entre la mollesse habituelle d’un cervelet flottant et la dureté coutumière d’une concavité encéphalique caillouteuse. Des larmes de sang perlent tout autour du lui, et une musique s’échappe de sa tête trépignée, devenue salle d’opéra mortifère aux divers requiem pour crânes fendus ; une mort brutale ressort de cette face en charpie fumante tout plein, déchiquetée à point, syncopé comme il faut, retournée à souhait. Ces exhalaisons infectes de mort, puantes comme le ver blanc de larves putrides, font tomber le buste décapité dans la gamelle saignante. C‘en est finit. 

       Il était à la table 44, celle qu’ils appellent ici, de « Cléopâtre ».

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Publié dans Nouvelles enivrées

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H
J'ai...mon dieu...j'aime bien!
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V
Voilà une nouvelle pour boucher. Elles se font rares de nos jours...<br /> <br /> C'est quoi le rapport avec la photo ?
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P
Délcieusement saignant. Bravo pour l'envolée lyrique, dans la première partie j'avais presque faim. Après...heu...c'est moins délicat... sauf le style.
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