Journal d’un sociologue de l’euphorie générale
J’étais tranquillement en train de me branler sur mon bureau, quand tout d’un coup, sans que je ne puisse l’expliquer, une sorte d’herculéen souffle vandale m’a aspiré avec une blafarde bestialité, hors de chez moi : expulsé dans les airs à travers ma fenêtre défoncée, j’en retombai dans la rue, où des dizaines d’autres gens, le cul à l’air, enduraient le même camouflet incompréhensible, les hommes avec la courgette vigoureuse et le gland bien rubicond, les femmes avec la vulve velue baveuse comme une grenouille. Le ciel était d’un vermillon purpurin, comme celui des grands jours, et la rue contrastait avec une teinte bleutée qui ne lui ressemblait pas. Un liquide biscornu choyait des nues, une ondée fineuse qui en faisait mal aux vasistas : ça avait le goût de sang.
Les gens autour de moi n’y comprenaient plus rien. A peine c’étaient-ils relevés en constatant effarés l’inquiétante étrangeté de leur méconnaissable quartier que passait au milieu de la rue, un homme cul-nu, qui semblait fuir. Quelques dix secondes plus tard, une horde liquéfiée d’ouvriers révoltés en pleine érection le poursuivaient-il avec frénésie. Des éclairs verdoyants perçaient des trous dans le ciel cramoisi, et il en sortait des trompettes divines, qui poussaient aussitôt dans ce vaste opéra terrestre, la plus assourdissante des musiques wagnériennes. Par un incompréhensible mouvement de foule, les gens enragés, moi comprit, partirent de même à la poursuite de ce mystérieux personnage : notre furibonde peuplade en mouvement en voulait tous d’un coup à ce bandard spermeux qui s’en enfuyait. Les trompettes hurlaient leurs démentes colères : des bâtisses de la conurbation s’effondraient, c’était toute la masse de la cité qui lui en voulait, à ce fuyard, au point que les gens ne se reconnaissaient plus, ils ne savaient plus ce qu’ils tournaient, leur visage était pris d’horrifiantes convulsions, les mâles bandaient de plus en plus fort et des torrents jouissifs de larmes gluantes visqueuse s’échappaient maintenant des cramouilles sirupeuses des femmes lubriques. Maintenant, il pleuvait des cordes sanguinolentes, de partout couraient un afflux en folie ahuri, dans un sorte de transe joviale et jouissive, d’où il ne ressortait qu’une profonde exultation coléreuse d’où l’euphorie musicale s’exclamait. Des cailloux tombaient du ciel, écrasants des dizaines de personnes, des mares de sang naîssaient de partout, les enfants se mettaient à bander comme des taureaux en rut, les petites filles voyaient pousser leur petits seins outragesement vite.
Certains riaient d’une façon terrifiante, on se marchaient dessus, on n’avait pour seul but que d’écraser ce salaud ignoble de pleutre fuyard, que la plupart n’avait jamais vu, on en était hypnotisé, tristement obnubilé, tous à poil avec des attributs de plus en plus disproportionnées : ma bite devenait maintenant plus grosse que mes jambes, j’en perdais l’équilibre, voilà que je tombe : oh mon dieu, ya là une femme par terre, elle en écarte les cuisses comme une charogne baudelairienne, son vagin monumentale et glutineux s’ouvre devant moi, comme une fente pour les étoiles, comme un triangle sous la voie l’actée, véritable entrepôt de bidoches spumescentes à l’odeur nauséeuse : je chute, ma grande et interminable biroute, dans sa trique grandiose, pénètre à l’intérieur, et au milieu de ce spectacle de chaos et de crépuscule de la civilisation, j’en sens subitement mon fût s’emplir, j’explose, j’en joui comme un chien crasseux, j’en suis projeté à l’arrière, une avalanche de sperme s’extirpe de mon corps, je me vide : je suis comme le tuyau d’un pompier, j’en crève, c’est comme une violente colique par la queue qu’en recouvre le monde, je crie, je hurle, je…..
Le médecin me réveille : « Bon dieu, il a 43 de fièvre ! »